Lettre d'analyses politiques

édition du 21 septembre 1999 - Rédacteur en chef: Eric Dupin

 
L'Empire de la faux (de la mort)
et du marteau (de la justice)

    Record létal légal pulvérisé ! Les Etats-Unis battent cette semaine le record annuel d'exécutions capitales détenu par l'année 1997 (74 mises à mort). Le Death Penalty Information Center estime à une centaine le nombre d'exécutions pour la dernière année du millénaire. La tendance est presque régulièrement croissante depuis le rétablissement de la peine de mort en 1976.
    "Il est absolument nécessaire de mettre fin à l'inutile recours à la peine de mort", suppliait Jean-Paul II, au Mexique, le 24 janvier 1999. Mais les Américains se moquent, comme de leur première bulle, de cette injonction papale, rapportée dans l'excellent site consacré à la peine de mort par Sophie Fotiadi. Le gouverneur de l'Arkansas a refusé de gracier Mike Gardner et Alan Willett comme l'avait demandé spécialement le pape. Exécutions le 8 septembre. 
    Avec 173 mises à mort, le Texas est l'Etat qui tue légalement le plus grand nombre de personnes. Son gouverneur, Georges Bush Junior, candidat républicain à la prochaine élection présidentielle, a "fêté", le 10 septembre, la centième exécution de son mandat. Il s'agissait, comme dans la grande majorité des cas, d'une "injection létale". En août dernier, la chaise électrique s'est néanmoins déchargée en Alabama. Un nouveau Kennedy fut alors frappé par le malheur. Simplement, il se prénommait Victor et était noir. Condamné à mort par un jury totalement blanc du meurtre d'un Blanc, Victor Kennedy avait attendu 17 ans dans les fameux "couloirs de la mort".
    L'examen de la carte du monde de la peine de mort met en évidence l'exception étasunienne. Le pays le plus riche du monde est le seul de la fraction développée du globe à persister dans cette pratique barbare. Il n'est véritablement concurrencé que par la Chine. La moitié des contrées sont abolitionnistes, en fait sinon en droit. Sur le continent américain lui-même, les Etats-Unis sont très isolés. Saluons le Costa Rica qui a supprimé la peine capitale en... 1877.
    Le poids de l'opinion publique, particulièrement lourd aux Etats-Unis, est pour beaucoup dans cette résistance. Contrairement à ce que l'on croît souvent, les Américains ont tendance à être de plus en plus favorables au châtiment suprême. L'actualité de mort qui submerge leurs médias prédispose peu à une réflexion sereine. Le 17 septembre, un jury propose la peine de mort pour l'assassin d'une fillette de sept ans. Le lendemain, les agences de presse racontent l'histoire d'un gamin de onze ans (mais seulement six ans d'âge mental - nous précise-t-on) qui a descendu, au calibre 22, un jeune homme de 18 ans.
 Encore ces broutilles sont-elles peu de choses par rapport à la glorieuse saga des serial killers. La liste des "multiple shootings this year" compte déjà onze pluri-homicides. On se souvient, fin juillet, des neufs victimes d'un malchanceux boursicoteur sur internet. Le 19 septembre, 10 000 personnes ont pleuré les sept personnes assassinées dans une église baptiste du Texas. Le gouverneur Bush, encore lui, était présent. Le tueur devait être un partisan de la peine de mort puisqu'il s'est suicidé, tout comme le spéculateur dépressif.
    Tout ceci dépasse votre entendement ? Visitez le site quelque peu nauséabond consacré aux crimes les plus tordus. On y apprend que "les tueurs en série sont généralement des hommes blancs, hétérosexuels, âgés d'une vingtaine ou d'une trentaine d'années qui ont des problèmes sexuels et un faible estime d'eux-mêmes". Un portrait-robot dangereusement banal ! Les conseils que donne un spécialiste de l'éducation dans le "Dallas Morning News" - un quotidien au cœur de l'actualité du crime - ne sont guère plus originaux. "Les familles qui restent unies et qui ne connaissent ni la drogue, ni l'alcool, ni les sévices sexuels" procurent un heureux sentiment de sécurité à leurs enfants. Certes.
    Plus attristant encore est le voyeurisme morbide de nombre d'Américains. Le célèbre hébergeurs de pages personnelles Geocities, récemment racheté par Yahoo !, offre de placer sur son site une petite fenêtre "crime watch" qui avertit les visiteurs des dernières horreurs. Ceci est présenté comme un "gadget". God bless America !

Eric Dupin.

Voir aussi:
L'INDONESIE SOUS L'OEIL ELECTRONIQUE

LA FORCE DE DISSUASION DES VERTS

LES JEUX DU CIRQUE DE LA MONDIALISATION

KOSOVO: PLUS LA GUERRE, PAS ENCORE LA PAIX

LE SOCIALISME EUROPEEN N'EXISTE PAS

BALKANS: QUELLE VICTOIRE POUR L'OTAN

TROIS REMARQUES SUR LE CONFLIT DU KOSOVO

REFLECHIR AUTREMENT A LA GUERRE DES BALKANS 
 

 

SITES CLEFS

Death Penalty Information Center: le grand centre d'information américain

La peine de mort: le meilleur site français

La situation des pays selon Amnesty International

la carte du monde de l'abolitionnisme

Les Américains et la peine de mort analysé par "Canal Ipsos"

Le "site du crime", à ne pas mettre sous tous les yeux
 
 
 

 

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