Lettre d'analyses politiques

édition du 4 septembre 1999 - Rédacteur en chef: Eric Dupin

L'Indonésie sous l'oeil électronique

    "Bienvenue au ministère des Affaires étrangères de la République fasciste d'indonésie !" Des hackers sympathisants de la cause du Timor Oriental, sous brutale occupation indonésienne depuis 1976, ont réussi à pirater le site officiel. Il y ont publié une photo (non truquée !) du ministre Ali Alatas tendant un index suggestif à l'adresse des manifestants indépendantistes du Timor.
    Internet fait partie de la panoplie des militants de cette cause. Leur combat ne s'arrêtera, hélas, pas avec la proclamation, le 4 septembre, de l'écrasante victoire indépendantiste au référendum d'autodétermination du 30 août. Avant même ce scrutin à haut risques, rapportait The Industry Standard, Jose Ramos Horta, un de leurs leaders, avait menacé le gouvernement indonésien de représailles électroniques en cas de non-respect du verdict populaire. Des centaines de jeunes hackers attachés à la cause timorienne seraient prêts à attaquer les systèmes informatiques vitaux de l'Indonésie en cas de violation de la démocratie. Une menace prise très au sérieux à Djakarta. L'internet fourmille de sites qui content la tragédie subie par le Timor Oriental. "23 ans d'occupation, 200.000 morts", résume brutalement l'un d'entre eux.
    Cet activisme cybernétique tranche avec l'indifférence qui a longtemps entouré le drame de ce petit bout de la planète. La pression reste cependant de mise tant le retour à la paix est hypothétique. "La violence est prévisible, mais elle est évitable", répète le groupe Human Right Watch. Cette violence, qui a vainement cherché à terroriser la population avant le scrutin et menace désormais de se déchaîner, est le fait de milices fanatisées qui bénéficient, souligne MoJo Wire, de la complicité d'une large fraction de l'armée indonésienne. Leur haine s'enracine dans un climat de guerre civile créé par une immigration forcée d'une centaine de milliers d'indonésiens sur ce territoire et sur la collaboration avec l'occupant d'une minorité des autotchtones.
    Les miliciens n'ont rien à craindre. Ils se moquent éperdûment des dégâts causés par leurs exactions sur la réputation internationale du quatrième pays le plus peuplé de la planète. Tout dépend désormais de la fermeté du pouvoir indonésien et de la vigilance internationale.
    A Djakarta, la situation politique n'est pas d'une simplicité biblique. Le nouveau président Yussuf Habibie semble sincèrement désireux de sortir du guépier timorien. Ses premiers gestes après être arrivé au pouvoir en 1998, rappelle The Jakarta Post, ont été de relâcher certains prisonniers politiques et de reconnaître au Timor Oriental le droit à l'autodétermination. Mais, précise CNN, ce dirigeant encore fragile doit compter avec la puissance d'une armée soucieuse de maintenir à tout prix la cohésion d'un pays composé de 13 000 îles et où l'on parle 250 langues. Jonathan Head, un des journalistes qui suit depuis le plus longtemps ce dossier pour la BBC ne cache pas son inquiétude pour l'avenir du Timor Oriental, quand bien même si son indépendance serait enfin reconnue. Il rappelle que la population de ce bout d'île était déjà gravement divisée avant la main-mise indonésienne.
    La communauté internationale devra-t-elle intervenir en cas de bain de sang ? L'éditorialiste portugais du Diaro de Noticias le souhaite visiblement en regrettant que l'ONU se soit contentée de faire confiance aux forces armées indonésiennes pour assurer la paix civile. A l'inverse, le quotidien australien Sydney Morning News assure que c'est à l'Indonésie elle-même de régler le problème. Ce n'est en tous cas pas la "cyber-culture" qui suffira à apaiser les esprits.

Eric Dupin.

Voir aussi:

LA FORCE DE DISSUASION DES VERTS

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