L'Indonésie
sous l'oeil électronique
"Bienvenue au ministère des
Affaires étrangères de la République fasciste
d'indonésie !" Des hackers sympathisants de la cause
du Timor Oriental, sous brutale occupation indonésienne
depuis 1976, ont réussi à pirater le site officiel. Il y ont publié
une photo (non truquée !) du ministre Ali Alatas tendant
un index suggestif à l'adresse des manifestants indépendantistes
du Timor.
Internet fait partie de la panoplie
des militants de cette cause. Leur combat ne s'arrêtera,
hélas, pas avec la proclamation, le 4 septembre, de l'écrasante
victoire indépendantiste au référendum d'autodétermination
du 30 août. Avant même ce scrutin à haut risques,
rapportait The Industry Standard, Jose Ramos Horta,
un de leurs leaders, avait menacé le gouvernement indonésien
de représailles électroniques en cas de non-respect
du verdict populaire. Des centaines de jeunes hackers attachés
à la cause timorienne seraient prêts à attaquer
les systèmes informatiques vitaux de l'Indonésie
en cas de violation de la démocratie. Une menace prise
très au sérieux à Djakarta. L'internet fourmille
de sites qui content la tragédie subie par le Timor Oriental.
"23
ans d'occupation, 200.000 morts", résume brutalement
l'un d'entre eux.
Cet activisme cybernétique tranche
avec l'indifférence qui a longtemps entouré le
drame de ce petit bout de la planète. La pression reste
cependant de mise tant le retour à la paix est hypothétique.
"La violence est prévisible, mais elle est évitable",
répète le groupe Human Right Watch. Cette violence, qui a
vainement cherché à terroriser la population avant
le scrutin et menace désormais de se déchaîner,
est le fait de milices fanatisées qui bénéficient,
souligne MoJo Wire, de la complicité d'une
large fraction de l'armée indonésienne. Leur haine
s'enracine dans un climat de guerre civile créé
par une immigration forcée d'une centaine de milliers
d'indonésiens sur ce territoire et sur la collaboration
avec l'occupant d'une minorité des autotchtones.
Les miliciens n'ont rien à craindre.
Ils se moquent éperdûment des dégâts
causés par leurs exactions sur la réputation internationale
du quatrième pays le plus peuplé de la planète.
Tout dépend désormais de la fermeté du pouvoir
indonésien et de la vigilance internationale.
A Djakarta, la situation politique
n'est pas d'une simplicité biblique. Le nouveau président
Yussuf Habibie semble sincèrement désireux de sortir
du guépier timorien. Ses premiers gestes après
être arrivé au pouvoir en 1998, rappelle The Jakarta Post, ont été de
relâcher certains prisonniers politiques et de reconnaître
au Timor Oriental le droit à l'autodétermination.
Mais, précise CNN, ce dirigeant encore fragile doit compter
avec la puissance d'une armée soucieuse de maintenir à
tout prix la cohésion d'un pays composé de 13 000
îles et où l'on parle 250 langues. Jonathan Head,
un des journalistes qui suit depuis le plus longtemps ce dossier
pour la BBC ne cache pas son inquiétude pour
l'avenir du Timor Oriental, quand bien même si son indépendance
serait enfin reconnue. Il rappelle que la population de ce bout
d'île était déjà gravement divisée
avant la main-mise indonésienne.
La communauté internationale
devra-t-elle intervenir en cas de bain de sang ? L'éditorialiste
portugais du Diaro
de Noticias le souhaite visiblement en regrettant que l'ONU
se soit contentée de faire confiance aux forces armées
indonésiennes pour assurer la paix civile. A l'inverse,
le quotidien australien Sydney Morning News assure que c'est à
l'Indonésie elle-même de régler le problème.
Ce n'est en tous cas pas la "cyber-culture" qui suffira
à apaiser les esprits.
Eric Dupin.
Voir aussi:
LA FORCE DE DISSUASION DES VERTS
LES JEUX DU CIRQUE DE LA MONDIALISATION
KOSOVO: PLUS LA GUERRE, PAS ENCORE
LA PAIX
LE SOCIALISME EUROPEEN N'EXISTE PAS
BALKANS: QUELLE VICTOIRE POUR L'OTAN
TROIS REMARQUES SUR LE CONFLIT DU KOSOVO
REFLECHIR AUTREMENT A LA GUERRE DES BALKANS
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