La force de dissuasion des Verts
Depuis leur performance européenne, les Verts se surestiment tellement qu'il
est tentant, pour Lionel Jospin, de les sous-estimer. La maladresse
avec laquelle ils brandissent, dans les chaleurs de l'été,
la menace d'un départ du gouvernement témoigne
d'une persistante immaturité politique. Sans doute conscients
que l'opinion ne comprend pas leur soudaine colère, et que
leurs sympathisants
ne souhaitent pas rompre avec la "majorité plurielle",
les dirigeants Verts tentent, ces derniers jours, de calmer le
jeu. Dominique Voynet met en garde contre le risque d'un repli
sectaire et Daniel Cohn-Bendit lui-même souligne les risques
d'une "sortie" précipitée. Après
mûre réflexion institutionnelle, la ministre de
l'Environnement a dû préciser qu'elle ne songeait
nullement à demander un référendum sur l'énergie
nucléaire...
Le Premier ministre aurait cependant tort d'en conclure
que la formation écologiste n'est qu'un tigre de papier.
Les Verts ne sont pas les radicaux de gauche. Leur "culture
de gouvernement" n'est pas telle qu'ils puissent éternellement
accepter sans broncher une politique contradictoire avec leurs
convictions les plus profondes. D'autant moins que leurs résultats électoraux aux européennes
de juin 1999 leur sont quelque peu monté à la têté:
avec 9,7% des suffrages, les écologistes français
ont doublé les "Grünen" allemands"
(6,4%). Daniel Cohn-Bendit, qui s'auto-définit comme "batard
européen", est le premier à en tirer la
conclusion que les Verts doivent s'émanciper de la pesante
tutelle socialiste.
L'enjeu stratégique, sur lequel s'opposent ouvertement
Cohn-Bendit et Voynet, est évidemment celui des prochaines
municipales. Les amis du premier veulent se compter tandis que
ceux de la seconde jouent encore, pour le moment, la carte de
l'union avec le PS. Une union qui, en toute hypothèse,
ne se fera pas à n'importe quelle condition. Le scrutin
municipal est traditionnellement favorable aux écologistes.
Dans nombre de villes, les responsables écologistes rêvent
d'en découdre avec des édiles socialistes à
leur point de vue dépassés par les nouvelles aspirations
de l'électorat.
Ce n'est peut-être pas un hasard si Dominique Voynet
a évoqué une hypothétique "explosion
nucléaire" de la majorité plurielle. Les équilibres
parlementaires empêchent les Verts de faire chuter le gouvernement
Jospin, mais nullement de mener la politique du pire. Si les
choix du Premier ministre ne leur offraient aucune satisfaction,
ni sur la plan des idées (nucléaire, immigration,
temps de travail), ni sur celui de leurs intérêts
(représentation proportionnelle), les écologistes
risqueraient de se venger terriblement aux municipales. Des listes
autonomes qui réchigneraient à fusionner au second
tour handicaperaient gravement un PS qui ne peut plus guère
compter sur le jeu des triangulaires avec une extrême-droite
désormais divisée. Occupant une place stratégique
dans le dispositif majoritaire, les Verts pratiquent à
leur manière la dissuasion nucléaire.
Eric Dupin.
Voir aussi:
LES JEUX DU CIRQUE DE LA MONDIALISATION
KOSOVO: PLUS LA GUERRE, PAS ENCORE
LA PAIX
LE SOCIALISME EUROPEEN N'EXISTE PAS
BALKANS: QUELLE VICTOIRE POUR L'OTAN
TROIS REMARQUES SUR LE CONFLIT DU KOSOVO
REFLECHIR AUTREMENT A LA GUERRE DES BALKANS
|