Kosovo: plus la guerre, pas encore la paix
"Nous avons presque réussi à les protéger":
Bernard Kouchner a eu ce mot malheureux, dans
une interview au "Monde" du 5 juillet, pour évoquer
les "gens du Kosovo" dont il va désormais s'occuper.
Le chef de la MINUK (Mission intérimaire des Nations Unies
pour l'administration du Kosovo) n'aura certes pas la tâche
facile. Michel Tatu souligne, dans la lettre de la
Fondation pour la recherche stratégique, qu'il s'agit
d'un "chantier sans précédent", semé
d'innombrables embûches. Il note, en particulier, que la
zone de déploiement des forces russes reste sujette à
discussion. Les rivalités qui minent le camp albanais
poseront d'autres problèmes. La naissance, début
juillet, d'un "Parti de l'Union Démocratique"
issu d'une fraction de l'UCK est révélatrice du
choc des ambitions concurrentes.
Un mois après la fin des frappes aériennes sur
la Yougoslavie, le bilan de cette opération militaire
demeure sujet à critiques dans certaines sphères
occidentales. James Carroll, dans le "Boston Globe",
conteste aujourd'hui encore l'opportunité d'une intervention
militaire sous forme de bombardements qui ont exacerbé
les violences et les haines. Cette guerre non déclarée
ne semble pas, en tous cas, avoir été gagnée
sur un terrain purement militaire. Le magazine américain
"US News and World Report" indique que les experts
de la KFOR ont été surpris, en traversant le Kosovo,
par la modestie des dommages infligés par
les bombardements alliés: moins d'une vingtaine de chars
serbes dans la province alors que l'OTAN prétendait en
avoir détruit plus d'une centaine.
Pourquoi Slobodan Milosevic a-t-il cédé après
avoir fait preuve d'un rare entêtement ? Les meilleurs
experts avouent leur perplexité, comme François Heisbourg. Devant les sénateurs,
le président du Centre de politique de sécurité
de Genève y voit la conjonction de plusieurs phénomènes
dont l'évolution de l'état du pays, le rôle
de la Russie ou encore la menace d'une intervention terrestre.
Heisbourg pointe aussi les diverses erreurs commises par l'OTAN
sans aller aussi loin que Thierry de Montbrial, directeur de l'Institut
français des relations internationales (IFRI), dans sa
critique du fondement même des bombardements de l'Alliance.
Celui-ci rappelle que le texte de Rambouillet avait une forme
d'ultimatum innacceptable pour tout pouvoir à Belgrade
et qu'il est faux de prétendre que la question humanitaire
posée par l'attitude serbe ne pouvait être résolue
d'une autre manière. Montbrial pointe les lourdes responsabilités
qui pèsent désormais sur ceux qui ont décidé
de tranformer la zone des Balkans en protectorats. Sur le terrain,
les forces internationales sont, au demeurant, impuissantes à
ce que le Kosovo ne soit à son tour happé par le processus des partitions géographiques,
comme le rapporte le magazine américain Salon. Serbes
et Albanais du Kosovo sont plus que jamais séparés
par un mur de violence.
Eric Dupin, le 15 juillet 1999.
.
Voir aussi:
LE SOCIALISME EUROPEEN N'EXISTE PAS
BALKANS: QUELLE VICTOIRE POUR L'OTAN
TROIS REMARQUES SUR LE CONFLIT DU KOSOVO
REFLECHIR AUTREMENT A LA GUERRE DES
BALKANS
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