Lettre d'analyses politiques

édition du 15 juillet 1999 - Rédacteur en chef: Eric Dupin

Kosovo: plus la guerre, pas encore la paix

"Nous avons presque réussi à les protéger": Bernard Kouchner a eu ce mot malheureux, dans une interview au "Monde" du 5 juillet, pour évoquer les "gens du Kosovo" dont il va désormais s'occuper. Le chef de la MINUK (Mission intérimaire des Nations Unies pour l'administration du Kosovo) n'aura certes pas la tâche facile. Michel Tatu souligne, dans la lettre de la Fondation pour la recherche stratégique, qu'il s'agit d'un "chantier sans précédent", semé d'innombrables embûches. Il note, en particulier, que la zone de déploiement des forces russes reste sujette à discussion. Les rivalités qui minent le camp albanais poseront d'autres problèmes. La naissance, début juillet, d'un "Parti de l'Union Démocratique" issu d'une fraction de l'UCK est révélatrice du choc des ambitions concurrentes.
Un mois après la fin des frappes aériennes sur la Yougoslavie, le bilan de cette opération militaire demeure sujet à critiques dans certaines sphères occidentales. James Carroll, dans le "Boston Globe", conteste aujourd'hui encore l'opportunité d'une intervention militaire sous forme de bombardements qui ont exacerbé les violences et les haines. Cette guerre non déclarée ne semble pas, en tous cas, avoir été gagnée sur un terrain purement militaire. Le magazine américain "US News and World Report" indique que les experts de la KFOR ont été surpris, en traversant le Kosovo, par la modestie des dommages infligés par les bombardements alliés: moins d'une vingtaine de chars serbes dans la province alors que l'OTAN prétendait en avoir détruit plus d'une centaine.
Pourquoi Slobodan Milosevic a-t-il cédé après avoir fait preuve d'un rare entêtement ? Les meilleurs experts avouent leur perplexité, comme François Heisbourg. Devant les sénateurs, le président du Centre de politique de sécurité de Genève y voit la conjonction de plusieurs phénomènes dont l'évolution de l'état du pays, le rôle de la Russie ou encore la menace d'une intervention terrestre. Heisbourg pointe aussi les diverses erreurs commises par l'OTAN sans aller aussi loin que Thierry de Montbrial, directeur de l'Institut français des relations internationales (IFRI), dans sa critique du fondement même des bombardements de l'Alliance. Celui-ci rappelle que le texte de Rambouillet avait une forme d'ultimatum innacceptable pour tout pouvoir à Belgrade et qu'il est faux de prétendre que la question humanitaire posée par l'attitude serbe ne pouvait être résolue d'une autre manière. Montbrial pointe les lourdes responsabilités qui pèsent désormais sur ceux qui ont décidé de tranformer la zone des Balkans en protectorats. Sur le terrain, les forces internationales sont, au demeurant, impuissantes à ce que le Kosovo ne soit à son tour happé par le processus des partitions géographiques, comme le rapporte le magazine américain Salon. Serbes et Albanais du Kosovo sont plus que jamais séparés par un mur de violence.

Eric Dupin, le 15 juillet 1999.
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Voir aussi:

LE SOCIALISME EUROPEEN N'EXISTE PAS

BALKANS: QUELLE VICTOIRE POUR L'OTAN

TROIS REMARQUES SUR LE CONFLIT DU KOSOVO

REFLECHIR AUTREMENT A LA GUERRE DES BALKANS
 

 

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