CENTRE D'ETUDES SUPERIEURES D'ØSTFOLD
Français des Affaires et Commerce International
Renaud Soufflot de Magny

LA MEDIOCRE PERFORMANCE DES SONDAGES
DERNIER COMMENTAIRE AVANT LE SCRUTIN
SONDAGES NATIONAUX
SONDAGES REGIONAUX

La gauche progressera nettement par rapport aux régionales de 1992.
Dans de nombreuses régions, il sera impossible de dégager une majorité absolue.
(9 mars 1998)

DES ELECTIONS PEU MOBILISATRICES

Le moins qu’on puisse dire est que la campagne n’a guère passionné les Français. L’institut Ipsos a même constaté un désintérêt croissant pour ces élections régionales ! Alors qu’en novembre, 72 % des personnes interrogées se disaient très ou assez intéressées, elles n’étaient plus que 67 % en janvier et 60 % dans la dernière enquête publiée (réalisée du 27 février au 2 mars). D'après l'enquête CSA du 5 mars, ils étaient même 56 % à se déclarer peu ou pas intéressés par la campagne.


(Source: Ipsos)

Toujours selon Ipsos, à deux semaines du scrutin, moins de la moitié des sondés pouvaient citer la date exacte du vote (le 15 mars) et une majorité pensait voter en deux tours (alors qu’il s’agit d’un scrutin proportionnel en un seul tour). Cette faible mobilisation des électeurs peut s'expliquer par les faibles pouvoirs dont disposent les régions françaises, mais aussi par une certaine "décrispation" de l'opinion. Si on ne peut parler d'"état de grâce" (la gauche bénéficie davantage d'une bienveillance mesurée que d'un enthousiasme débridé), force est de constater que Lionel Jospin est jusqu'ici parvenu à se préserver de la forte impopularité qu'avait connu son prédécesseur à Matignon.

UNE NECESSAIRE PRUDENCE DANS L'INTERPRETATION DES SONDAGES

Certes, il convient d'interpréter avec prudence les résultats des sondages ci-dessous. Le manque d'intérêt pour la campagne (laissant présager une forte abstention) et le fort taux d'indécision interdisent de prendre ces chiffres pour argent comptant. Cela est encore plus vrai pour les sondages régionaux ou départementaux, souvent réalisés plusieurs semaines avant le scrutin, parfois sur des échantillons assez modestes (exemple des enquêtes CSA dans les départements d'Ile-de-France : des échantillons d'environ 600 personnes ont été interrogées fin février). De plus, les subtilités du mode de scrutin (proportionnelle départementale) font qu'une distribution des voix au niveau régional ne se traduit pas directement par une répartition identique des sièges.

Sans avoir de valeur prédictive, les sondages n'en sont pas moins des indicateurs intéressants de l'état des rapports de force. Leur examen, combiné à d'autres éléments d'appréciation, permet de dégager quelques tendances.

LA DEFAITE ANNONCEE DE LA DROITE CLASSIQUE

Les précédentes élections régionales, en 1986 et 1992, avaient constitué des votes-sanctions pour la gauche. Il y a six ans, celle-ci avait connu une défaite cinglante. Elle était notamment concurrencée sur ses marges par des mouvements écologistes alors en pleine expansion. La droite modérée, avec seulement 37,5 % des suffrages devait parvenir à faire élire les siens à la tête de 20 régions sur 22 en métropole.

Or cette fois-ci, la gauche se présente unie à la bataille. La majorité plurielle (Parti socialiste, Parti communiste, Verts, Mouvement des citoyens, Parti radical de gauche) fait liste commune dans beaucoup de départements. Le vert de l'écologie a beaucoup pâli : les Verts de Dominique Voynet ont clairement choisi leur camp, Génération Ecologie de Brice Lalonde flirte avec l'UDF. Certes, les amis d'Antoine Waechter continuent vaillament de prôner une "écologie indépendante", mais ils rencontrent un écho dérisoire. Quant au mouvement "Chasse, pêche, nature et tradition", ses motivations le distinguent nettement des autres formes d'écologie.

Cette stratégie unitaire de la gauche ouvrira-t-elle un espace à l'extrême gauche ? Certaines enquêtes promettent à celle-ci de bons scores dans le Nord-Pas-de-Calais, en Haute-Normandie ou en Ile-de-France (avec pour CSA une pointe à 8 % en Seine-Saint-Denis, où Arlette Laguiller affrontera le ministre communiste de la jeunesse et des sports Marie-George Buffet).

Quoi qu'il en soit, la "gauche de gouvernement" semble en passe de transformer l'essai des législatives. Pour la première fois depuis longtemps, une élection intermédiaire s'annonce plus comme un vote de confirmation que comme un vote de mécontentement. La droite classique ne s'est toujours pas remise de l'"autodissolution" du printemps 1997. Même si elle ne recule pas sensiblement en voix par rapport aux précédentes régionales, elle devra faire face à l'unité retrouvée de la gauche et tout indique qu'elle perdra certains de ses fiefs.

La question n'est donc pas vraiment : qui va gagner les élections ? Mais plutôt "Quelle sera l'ampleur de la victoire de la gauche" ? Au vu des résultats des législatives et des sondages, nul ne serait vraiment surpris de voir tout le sud-ouest repasser à gauche. En Haute-Normandie comme en Picardie, la droite est aussi très menacée. Rien ne garantit non plus qu'elle conservera les trois régions les plus grandes : l'Ile-de-France (où le porte-parole de la majorité Dominique Strauss-Kahn et son candidat à la présidence Jean-Paul Huchon affrontent Edouard Balladur), Rhône-Alpes (Jean-Jacques Queyranne contre Charles Millon) ou Provence-Alpes-Côte-d'Azur (Michel Vauzelle contre François Léotard).

PAS DE MAJORITE ABSOLUE

Dans cette dernière région plus que dans tout autre, la partie se joue à trois. Si le souhait de Jean-Marie Le Pen de présider PACA semble illusoire, le Front national pèsera lourd (il peut raisonnablement y envisager des scores de 20-25 %). Au niveau national, un score proche de 15 % serait un résultat de consolidation pour un parti qui, dans bien des régions, sera à même de rendre impossible la création de toute majorité absolue.

Sondages nationaux
EVOLUTION DES INTENTIONS DE VOTE
   IPSOS
Le Point
23-24/01
(852-)
SOFRES
Le Monde/TF1
12-13/02
(1000)
CSA
La Croix
20-21/02
(1003)
SOFRES
TF1/RTL
27-28/02
(1000)
IPSOS
Le Point
27/02-2/03
(1463)
CSA
La Croix
5/03
(1000)
 Extrême gauche  2  3
4
5,5 4 2
 Gauche plurielle  43 43
40
38 40 42
 Divers écologistes  5  6
2
3 2,5 3
Divers
2
3 4
 Droite modérée  36 32
37
36 35,5 35
 FN  14 16
15
14,5 14 16
      (Abstentions, blancs, nuls: 38 %)   (Certains d'aller voter: 71 %.
Parmi eux:
NSP: 20 %
Choix définitif: 61 %)
(Abstentions, blancs, nuls: 37 %)

D'après les enquêtes ci-dessus, la "majorité plurielle" (PC, PS, Verts, radicaux et chevénementistes) pourrait réaliser un score proche de celui obtenu lors des législatives anticipées de mai-juin, ce qui constituerait un très net progrès par rapport au vote-sanction des régionales de 1992. Le Front national semble désormais bien ancré autour de 15 % des voix. (9 mars 1998)

Sondages régionaux

 AQUITAINE
 CSA
Express / F3 / Inter
28/02
(1005)
Extrême gauche  3
Gauche plurielle 46 Union: 35
PC: 5
Verts: 6
Divers écologistes 1
Divers 7 CPNT: 6
Autres: 1
Droite modérée 31 Union: 30
Divers droite: 1
Front national 12
  (Abst., blancs, nuls: 36 %)

 BRETAGNE
IFOP
Le Télégramme
23-24/02
(801)
 CSA
Ouest-France
25/02
(805)
Extrême gauche  6  3
Gauche plurielle  39 44
Divers écologistes  5 4
Divers  4 Régionalistes: 2
Autres: 2
3
Droite modérée  38 Union: 34
Divers droite: 4
40
Front national  8 6
  Abst., NSP : 20 % (Abst., blancs, nuls: 49 %)

 BASSE-NORMANDIE
 CSA
Ouest-France
25/02
(802)
Extrême gauche  2,5
Gauche plurielle 42
Divers écologistes 2
Divers 3,5
Droite modérée 41
Front national 9
  (Abst., blancs, nuls: 49 %)

 HAUTE-NORMANDIE
 SOFRES
Paris-Normandie
3-4/03
(700)
Extrême gauche  7
Gauche plurielle 40
Divers écologistes 2,5
Divers 2
Droite modérée 33
Front national 15,5

 ILE-DE-FRANCE
IPSOS
Le point

30-31/01
(1000)

 CSA
Express/
F3/Inter
7/02
(1005)
SOFRES
Figaro

25-26/02
(700)

Extrême gauche  5  4  6
Gauche plurielle  38 37  33
Divers écologistes  6 7  5
Divers      1,5
Droite modérée  37 38  38,5 Union: 35
Divers droite: 3,5
Front national  14 14  16
  NSP: 28 %
Choix définitif: 56 %
Abst., blancs, nuls: 34 %  

 ILE-DE-FRANCE
Par département
Paris

 CSA
F3/Parisien
24/02
(805)

Seine-
Saint-Denis
CSA
F3/Parisien
26/02
(608)
Val-de-
Marne
CSA
F3/Parisien
27/02
(601)
 Essonne

CSA
F3/Parisien
27/02
(600)

Hauts-
de-Seine
CSA
F3/Parisien
28/02-2/03
(601)
Yvelines

CSA
F3/Parisien
28/02-2/03
(616)

Seine-et
Marne
CSA
F3/Parisien
3/03
(605)
Val-
d'Oise
CSA
F3/Parisien
3/03
(600)
Extrême gauche  4  8  6  2  2  5  2  3
Gauche plurielle 42  44  45  47  38  33  38  45
Divers écologistes 3  4  5  6  3  7  4  5
Divers 0  0,5  1  1  0  0  0  2
Droite modérée 38  25,5  29  26  44  39  41  27
Front national 13  18  14  18  13  16  15  18

 LANGUEDOC-ROUSSILLON
 CSA
Express / F3 / Inter
23/02
(1001)
Extrême gauche  1
Gauche plurielle 45 Union: 30
PC: 11
Verts: 4
Divers écologistes 1
Divers 4 CPNT: 3
Autres: 1
Droite modérée 30 Union: 28
Divers droite: 2
Front national 19
  (Abst., blancs, nuls: 40 %)

 NORD-
PAS-DE-CALAIS
 CSA
Express / F3 / Inter
11/02
(1015)
Extrême gauche  6
Gauche plurielle 46 Union: 37
Verts: 9
Divers écologistes 2
Divers 1
Droite modérée 30 Union: 30
Divers droite: 1
Front national 15
  (Abst., blancs, nuls: 40 %)

 PAYS-DE-LA-LOIRE
 CSA
Ouest-France
26/02
(1002)
Extrême gauche  3,5
Gauche plurielle 35,5
Divers écologistes 5
Divers 4
Droite modérée 44
Front national 8
  (Abst., blancs, nuls: 49 %)

 PROVENCE-ALPES-
COTE D'AZUR
 CSA
Express / F3 / Inter
24/02
(1010)
Extrême gauche 1
Gauche plurielle 39 Union: 14
PS-PC: 18
Verts: 3
"Weygand": 4
Divers écologistes 4
Divers 1 CPNT: 0,5
Autres: 0,5
Droite modérée 32 Union: 30
Divers droite: 2
Front national 23
  (Abst., blancs, nuls: 45 %)

 
 PROVENCE-ALPES-
COTE D'AZUR
Par département
IPSOS
Le Point/La Provence/Nice-Matin
19-24/02
Alpes-
Maritimes
(804)
Bouches-
du-Rhône
(803)
Var

(802)

Vaucluse

(804)

Lutte ouvrière 1,5 1    
Gauche plurielle 28 PC-PS-V: 26
DivG: 2
 43 PC-PS: 30
"Weygand": 9
Verts: 4
 31,5 Union: 27
"Weygand": 4,5
 42 PC-PS: 36
"Weygand": 2
Verts: 4
Divers écologistes 6 (MEI-GE) 1,5 5,5 2
Divers 3,5 CPNT: 1,5
Autres: 2
1  4 CPNT: 3
Autres: 1
 5 CPNT: 4
Autres: 1
Droite modérée 34 Union: 31
Divers droite: 3
 32,5 Union: 30
Divers droite: 2,5
 35 Union: 30
Divers droite: 5
26
Front national 27 21 24 25
  NSP: 24 %
Choix définitif: 58 %
NSP: 20 %
Choix définitif: 60 %
NSP: 25 %
Choix définitif: 55 %
NSP: 30 %
Choix définitif: 53 %

 RHONE-ALPES
 CSA
Express / F3 / Inter
19/02
(1006)
Extrême gauche  4
Gauche plurielle 40 Union: 38
Divers gauche: 1
Verts: 1
Divers écologistes 5
Divers 1
Droite modérée 34 Union: 31
Divers droite: 3
Front national 16
  (Abst., blancs, nuls: 34 %)


A quoi sert un Conseil régional ? Comment élit-on ses membres ?
Les enjeux de ces élections sont-ils locaux ou nationaux ?
Les sondages des grands instituts, au niveau national comme au niveau régional
Regards sur quelques points chauds
Journaux, instituts de sondage, conseils régionaux,... Quelques bonnes adresses
Les estimations du dimanche 15 mars au niveau national, régional et départemental
Les résultats remis en perspective, l'élection des présidents de région

Retour à la page d'accueil sur les sondages d'opinion

Les opinions exprimées dans cette page ne représentent pas forcément les vues du Centre d'études supérieures d'Østfold et n'engagent que son auteur.
De synspunktene som står her er ikke nødvendigvis representative for Høgskolen i Østfold. Jeg alene er ansvarlig for innholdet.
© Renaud Soufflot de Magny, 1998

1