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Radu Roseti

La Roumanie et les Juifs (1903)

 

 

 

 

SOURCE OF MATERIAL

Radu Rosetti. La Roumanie et les Juifs, Bucharest: Socecu, 1903.

NOTES

 

CONTENT

Chapitre VIII. Les Juifs on Bucovine. Quelques mots sur la Galicie Orientale           329

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TABLEAU LVII        Accroissements successifs et comparés des habitants chrétiens et juifs de la Bucovine, de 1769 à 1900 2).

TABLEAU LVIII        Population chrétienne et juive des villes et des bourgs de la Bukovine, en 1880 et en 1890

TABLEAU LIX        Nombre comparé des grands propriétaires chrétiens et juifs en Bucovine, en 1870, 1880, 1890 et 1900 3).

TABLEAU LX        Nombre comparé des électeurs chrétiens et juifs du collège des grands propriétaires, à la Diète de la Bucovine, entre 1870 et 1900 .

TABLEAU LXI        Accroissement comparé du nombre des avocats chrétiens et juifs en Bucovine, de 1865 à 1900.

TABLEAU LXII        Accroissement comparé du nombre des médecins chrétiens et juifs en Bucovine, de 1888 a 1900.

TABLEAU LXIII        Délits auxquels les Juifs on été le plus sujets en Bucovine de 1882 à 1885.


CHAPITRE VIII. Les Juifs en Bucovine. Quelques mots sur la Galicie Orientale.

Premiers recensements autrichiens.

La Bucovine formait autrefois la partie supérieure de la Moldavie.

L'Autriche l'occupa pendant la guerre russo-turque de 1769—1774 et, en 1775, elle réussit à se la faire céder par la Porte.

Le recensement fait en 1776 par l'autorité militaire autrichienne chargée de l'administration de cette nouvelle province, constatait qu'en 1769, au moment où la guerre russo-turque éclata, il y avait en Bucovine 206 familles juives comprenant un total de 986 âmes [262], 298 familles comprenant 1346 têtes avaient immigré depuis la guerre mais avant l'occupation autrichienne et 146 familles, avec 574 têtes, avaient immigré depuis cette occupation et jusqu'en 1776. La Bucovine comptait donc en cette dernière année 650 familles juives comprenant un total de 2906 âmes.

Voici la proportion des Juifs aux chrétiens dans les principales bourgades de la Bucovine en 1776.

 

Familles

Âmes

 

Chrétiens

Juifs

Juifs

Czernowitz

178

112

495

Sadagora

180

45

180

Suczawa

76

55

218

Wiznitz

65

60

208

 

Le nombre des familles formant la population totale de la Bucovine étant de 17500, la proportion des Juifs aux chrétiens était donc de 37 pour 1000.

Le nombre des Juifs en Bucovine inquiète le Conseil Supérieur de la Guerre.

Cette proportion, bien modeste en comparaison de celle d'aujourd'hui, parut inquiétante au Conseil Supérieur de la Guerre sous l'autorité duquel était placée l'administration de la Bucovine.[263]

Il est juste d'ajouter, qu'en la même année, on comptait 812 Juifs en Silésie, 337 dans la Basse-Autriche, 389 dans Görz et Gradisca, 37 dans le Tyrol et 1398 dans les Vorlande, ce qui fait, on tout 2973 Juifs soit seulement 67 de plus qu'en Bucovine. [264]

Il va sans dire qu'en Bucovine alors, comme plus tard en Moldavie, les Juifs s'étaient surtout jetés sur le débit des spiritueux qu'ils commençaient à monopoliser à leur profit et que le nombre des cabarets, aussi bien dans les campagnes que dans les villes, augmentait à vue d'œil.

Afin d'enrayer leur immigration, il fut sévèrement défendu aux propriétaires et aux communes de recevoir des Juifs étrangers sur leurs terres ou sur leurs territoire et de leur affermer des moulins ou des cabarets. [265]

Recensement de 1780.

Le nouveau recensement, effectué par Enzenberg en 1780, donna un total de 26062 familles dont 1609 étaient juives.

L'énorme accroissement de la population chrétienne était dû à une forte immigration de Roumains de la Moldavie et de la Transylvanie d'un coté et de Ruthènes de la Pologne russe de l'autre. Mais quelque grand qu'ait été ce mouvement d'immigration, celui des Juifs avait été plus fort car leur proportion était montée à 41 pour 100U.[266]

Première expulsion de Juifs

Effrayé de cet afflux de Juifs, Enzenberg donna les ordres les plus sévères pour empêcher l'entrée des Juifs mediants (Betteljuden) en Bucovine et demanda des instructions au Conseil Supérieur de la Guerre. [267]

Celui-ci lui répondit de faire un dénombrement exact des Juifs se trouvant dans la province et de chasser du pays ceux qui ne s'y trouvaient pas au moment où éclata la guerre russo-turque, en 1769.[268]

Enzenberg, à la suite de ces ordres, fit procéder à l'expulsion de 305 familles de Juifs, comprenant 1210 têtes, récemment immigrées en Bucovine et ne pouvant justifier de l'exercice d'aucune profession. [269]

Rescrit de Joseph II.

Sur ces entrefaites, l'empereur Joseph II avait écrit au Comte de Blümegen le fameux billet, en date du 13 Mai 1781, par lequel, dans le but de rendre les membres de la nation juive, si nombreuse dans les pays soumis à sa couronne, des sujets utiles à l'État, il décidait de leur accorder un traitement plus honorable et de lever une grande partie des restrictions vexatoires et humiliantes qui pesaient sur eux. [270]

Ordres donnés à Enzenberg; sa perplexité; réunion de la commission d'officiers.

Le Conseil Supérieur delà Guerre, influencé par cet événement, écrivit à Enzenberg dans une première communication, de n'expulser que les Juifs mendiants qui se trouvaient en Bucovine.

Bientôt après, un second ordre l'invitait à chasser du pays tous les Juifs mendiants qui étaient venus s'y établir depuis 1769. [271]

C'est en présence de ces ordres peu clairs que le général, perplexe, résolut de demander l'avis d'une commission d'officiers qu'il convoqua à cet effet. [272].

Nous avons vu dans le II-me Chapitre de ce travail comment ces officiers, imbus des idées philosophiques de l'époque, se prononcèrent avec décision contre toute nouvelle expulsion de Juifs, tout en stigmatisant leur rapacité et leurs procédés usuraires et en reconnaissant le tort qu'ils causaient à la population rurale au point de vue moral et. Matériel. [273]

Mécontentement du Conseil Supérieur de la Guerre.

Loin d'approuver les théories humanitaires des officiers de Czernowitz, le Conseil Supérieur de la Guerre à Vienne, s'empressa de répondre au rapport d'Enzenberg par des remontrances sévères qui s'adressaient tant au général qu'à ses officiers.

Voici quelques passages de ce document: [274]

„… on ne peut considérer comme sujets de l'Empereur les Juifs de la Bucovine entrés dans cette province par la ruse et 1a fraude. Ces Juifs doivent être considérés et traités comme dcs étrangers dont la tolérance à l'intérieur ou l'expulsion au-delà des frontières ne dépendent que du bon vouloir du souverain du territoire sur lequel ils se sont glissés à son insu, sans permission préalable et, à proprement parler, contre ses désirs et ses intentions.

L'absurdité des prétextes invoqués par les individus auxquels l'administration a demandé son avis n'en saute que mieux aux yeux et leur attire des reproches sévères et pleinement mérités pour la manière défectueuse de comprendre leur devoir qu'ils ont manifestée au sujet d'une affaire de service…

L'administration a fait elle-même des propositions relatives à la nécessité qu'il y a de mettre un frein au débit des spiritueux, aux moyens à employer pour faire perdre aux habitants l'habitude des visites fréquentes et prolongées qu'ils font aux cabarets et de les pousser, au contraire, à améliorer et à étendre leurs cultures; ces propositions, enfin, avaient rapport aux moyens de remplacer les cabarets actuels par des auberges bien ordonnées.

Le Conseil y a répondu en donnant à l'administration aussi bien ses avis que les pouvoirs nécessaires à l'exécution de ces réformes. . .

 . . . tout le genre de vie et la façon de gagner leur existence des Juifs devra se transformer selon les désirs de Sa Majesté, conformément aux quels l'administration devra prendre les mesures nécessaires pour les amener à l'exercice de professions utiles telles que l'agriculture et les métiers. L'administration devra prendre, contre ceux des Juifs qui ne voudront pas renoncer à leur penchant pour les moyens de gain nuisibles à la communauté usités par eux jusqu'a-présent, les moyens de correction nécessaires. Et au cas où l'emploi de ces moyens de correction aussi, demeurerait sans succès, elle devra en donner connaissance au Conseil en y joignant la liste nominale des familles juives qui auraient montré de la désobéissance aux ordres de Sa Majesté. . .”

Plainte des Juifs contre Enzenberg. Délégation juive à Vienne.

La décision du Conseil de Guerre, jeta, comme de raison, la consternation parmi les Juifs. Mais, chose étrange, ce fut à Enzenberg qu'ils s'en prirent.

Deux délégués des Juifs de la Bucovine[275] présentèrent à l'Empereur, le 26 Juillet 1782, une pétition par laquelle ils accusaient l'administrateur de la province d'avoir agi à leur égard arbitrairement et brutalement en expulsant 372 familles de Juifs, tous honnêtes gens, soit originaires du pays soit l'habitant depuis longtemps.

Ils ajoutaient que le général était décidé à expulser de Bucovine tous les Juifs qui s'y étaient établis postérieurement à 1771, qu'il avait voulu empêcher par la force les délégués porteurs de la pétition à l'Empereur de se rendre à Vienne et, enfin, qu'il avait annoncé que passé un délai de trois mois, le droit de tenir des cabarets dans les villes de Czernowitz, Sereth, Suczawa et Câmpulung serait retiré aux Juifs. Ils terminaient en demandant qu'on fit une enquête sévère et que, jusqu'au moment où elle serait terminée, les Juifs expulsés fussent rappelés et qu'il leur fût permis ainsi qu'à ceux restés dans la province de continuer à exercer les métiers auxquels ils étaient accoutumés.

Justification d'Enzenberg, comment il caractérise les Juifs.

Le Conseil de Guerre, ayant mis Enzenberg en demeure de se justifier des accusations portées contre lui, celui-ci le fit sans peine, prouva que loin d'avoir procédé arbitrairement, il n'avait jamais fait qu'exécuter les ordres du Conseil de Guerre et qu'il avait même mis beaucoup de mesure et de modération à ces opérations.

Il caractérisait, enfin, sévèrement la mauvaise foi manifeste des accusations portées contre lui. [276]

Le Conseil de Guerre adressa, à la suite de la réponse d'Enzenberg, un rapport à l'Empereur dans lequel il commence par exposer le dommage moral et matériel causé par les Juifs à la Bucovine.[277]

„ . . . les Juifs ont accaparé tout le commerce de la Bucovine par leur procédés usuraires. Le com-merce principal des Juifs présentait, de plus, le double inconvénient que, d'une part, la consommation de l'eau-de-vie et d'autres articles faisait annuellement sortir du pays une somme considérable d'argent et que, de l'autre, l'usage de cette boisson était désastreux pour les mœurs et la santé du peuple.

Pour venir à bout de ce mal il était urgent de prendre des mesures énergiques et, en premier lieu, de débarrasser le district de tous les Juifs sans aveu, étrangers et fainéants et, deuxièmement, d'affermer le droit de débit (des spiritueux) dans les villes et dans le district de Câmpulung, à des fermiers spéciaux, par enchères publiques. Il était, enfin, nécessaire de détourner les Juifs restants du commerce usuraire tellement nuisible au pays ainsi que de toutes les occupations se rapprochant de l'oisiveté, et de les transformer par conséquent, conformément aux ordres de Votre Majesté, en membres utiles de l’État...”

Puis, le Conseil, après avoir réfuté les griefs exposés par les Juifs dans leur plainte, demande à l'Empereur d'ordonner que les Juifs demeurés en Bucovine soient graduellement amenés à gagner leur vie sans exploiter les autres habitants du pays, par l'agriculture et les métiers et de décider que les deux députés se trouvant à Vienne fussent reconduits dans leur province.

Les délégués juifs renvoyés en Bucovine sous escorte.

L'Empereur ayant approuvé les conclusions de ce rapport, les deux délégués furent reconduits à Czernowitz sous la surveillance de l'autorité et le Conseil de Guerre répéta avec plus de détails les ordres antérieurement donnés à Enzenberg. [278]

Classification des Juifs.

Celui-ci fit donc procéder à la classification des Juifs de la Bucovine. C'est-à-dire qu'il fit procéder à l'inscription de chacun d'eux dans l'une des trois catégories suivantes: agriculteurs, artisans et commerçants. [279]

392 Juifs furent inscrits comme agriculteurs, 111 comme négociants et 101 comme artisans; 68 ne purent être inscrits dans aucune de ces trois classes, soit parcequ'ils étaient trop âgés, soit parcequ'ils étaient au service des synagogues ou à celui des écoles.

Réclamation des Juifs.

Aussitôt que cette classification fut connue, les Juifs adressèrent à l'administration une pétition[280] par laquelle ils suppliaient:

„qu'on ne les forçât pas à devenir agriculteurs mais qu'il leur fut permis de continuer à gagner leur vie comme par le passé, au moyen du libre débit des boissons spiritueuses (freie Propination) dans les villes et dans les campagnes, au moyen de l'affermage des terres et du commerce auquel ils étaient habitués . .

Il leur était impossible de pratiquer l'agriculture à cause des fêtes juives qui tombaient justement dans le fort de la saison agricole...” [281]

Leurs offres.

Ils terminaient on offrant de payer au trésor, au cas où leur supplique serait agrée, une contribution annuelle de cinq mille ducats. [282]

Cette requête fut, naturellement, repoussée par Enzenberg qui, en même temps qu'il on rendit compte au Gouverneur-Général de la Galicie, à Lemberg, lui adressait un rapport minutieux sur la situation et la manière dont il avait classifié les Juifs. [283]

Rapport de Enzenberg.

On peut voir qu'il avait destiné à l'agriculture les Juifs qui ne possédaient pas un capital suffisant pour exercer un commerce, ainsi que ceux d'entre eux qui ne connaissaient aucun métier ou aucune profession. Dans cette catégorie entraient naturellement tous les cabaretiers et tous les fermiers, au nombre de 392.[284] Mais, afin de ne pas dégoûter les Juifs de l'agriculture et pour ne pas avoir l'air de vouloir de cette façon les chasser à toute force du pays, on eut soin de leur assurer les avantages suivants:

Ils ne devaient être établis que dans des villages situés dans des cantons fertiles; il leur était permis, pendant les deux premières années, d'avoir des valets chrétiens; ceux qui avaient en ce moment d'autres entreprises étaient autorisés à attendre l'expiration de leurs contrats pour embrasser l'état agricole.

Toutefois, Enzenberg ne cachait pas au Commandement Général qu'il y avait très-peu de probabilité de voir les Juifs embrasser la profession agricole en nombre considérable.

Les Juifs ne veulent pas cultiver la terre.

„On a inscrit dans la classe des commerçants, continuait le Général, ceux des Juifs, au nombre de 109, qui sont réellement en état d'exercer un commerce tant soit peu considérable, utile à la communauté ou du moins ne lui étant pas nuisible. Quant au trafic usuraire par le moyen duquel le veau était vendu pendant qu'il se trouvait dans la vache, l'agneau dans la brebis, le miel et la cire pendant qu'ils se trouvaient encore sur les prés, il cessera de lui même, car les usuriers de ce genre seront forcés ou de s'adonner à un commerce honnête ou de devenir paysans.

J'ai sévèrement défendu le colportage auquel se livrent principalement les Juifs et les Arméniens, principalement, enclins à ce commerce pernicieux qui fait de nombreuses victimes surtout parmi les montagnards si bons et si crédules.

Étant donné le manque d'artisans et d'ouvriers habiles, je me suis efforcé de ne pas amoindrir le nombre des Juifs exerçant des métiers et ceci d'autant plus volontiers que leurs enfants seront, à l'avenir, mieux instruits: le travail manuel, jusqu'à-présent méprisé par les Juifs, étant honoré et protégé, il est à espérer que même le Juif possédant quelques moyens n'aura plus honte de destiner ses fils à ces professions... .” [285]

Enzenberg terminait son rapport en répétant qu'il

lui semblait douteux qu'on pût parvenir à transformer des Juifs en laboureurs: il était certain qu'ils préféreraient émigrer plutôt que de mettre la main à la charrue.

Un terme de six semaines ayant été accordé aux

Juifs destinés à l'agriculture pour embrasser cette profession, 255 familles sur les 392 qui y avaient été destinées déclarèrent préférer l'émigration. [286]

Seconde députation des Juifs à Vienne. ils émigrent plutôt que de devenir lahoureurs.

Une seconde députation à Vienne pour demander à l'Empereur de revenir sur cette mesure étant demeurée sans succès, les 255 familles réfractaires à la classification commencèrent leur exode dans les derniers jours de Juillet1783. [287]

Mais le nouvel ordre des choses, surtout la défense de vendre des spiritueux, ne convenant pas du tout à ceux qui étaient restés en Bucovine, l'émigration continua pendant les deux années suivantes.

Grande diminution du nombre des Juifs.

Tandis que le rapport de Enzenberg, du 14 Mai 1783, donne pour l'année 1782 un total de 747 familles juives contre 26766 familles chrétiennes, nous voyons dans le Rationarium Provinciae du 25 Février 1786, compte-rendu de l'état de la Bucovine rédigé par Enzenberg, qu'il n'y restait plus que 175 familles juives sur une population totale de 29102 familles. La classification avait donc eu pour effet de diminuer le nombre des familles juives habitant la Bucovine, de 572 en 4 ans. [288].

Mais, malgré la sévérité avec laquelle l'administration continuait à appliquer les dispositions les concernant, ils ne tardèrent pas à se glisser de nouveau dans la province.

Ils se glissent de nouveau en Bucobine.

En 1780 leur nombre s'élevait dejà à 308 familles, soit un accroissement de plus de 76%. [289]

Mesures diverses et recensements jusqu'en 1816.

L'administration civile succédant à l'administration militaire en Bucovine, continua à mettre des obstacles, non seulement à l'immigration Juive, mais même à l'accroissement naturel de cette race. On ne permettait à un Juif de se marier que si, simultanément, une famille Juive quittait la Bucovine ou bien disparaissait d'une manière ou d'une autre. Les Juifs tenant des cabarets par l'aide de personnes interposées ainsi que ceux qui n'avaient pas payé leur contribution pendant neuf mois, étaient impitoyablement expulsés. [290]

Le recensement des Juifs de la Bucovine pour 1788 accuse 300 familles juives avec 2126 âmes (344 hommes mariés, 351 femmes mariées, 339 garçons et 330 filles au-dessous de 12 ans, 197 garçons et 144 filles au-dessus de 12 ans, 282 domestiques hommes, 88 domestiques femmes et 51 indigents dont 11 hommes et 40 femmes.

Par rapport à leur situation matérielle, ils étaient classifiés de la manière suivante: 280 chefs de famille appartenant à la 1-ère classe, 26 à la II-me, et 51 à la III-me; 3 étaient passés comme indigents. [291]

Le recensement de 1789 nous donne 359 familles Juives avec 2072 âmes (341 hommes mariés, 352 femmes mariées, 353 garçons et 351 filles au-dessous de 12 ans, 182 garçons et 121 filles au-dessus de 12 ans, 248 domestiques hommes, 78 domestiques femmes et 40 indigents dont 10 hommes et 30 femmes. 279 chefs de famille étaient inscrits dans la I-ère classe, 26 dans la II-me classe et 51 dans la III-me classe; 3 étaient indigents. [292]

Une nouvelle réglementation, en 1790, relative aux Juifs, leur permit l'entrée de la Bucovine. Quoique ce nouvel ordre des choses augmentât les restrictions par rapport à leurs mariages, il eut pour effet une augmentation immédiate de la population juive de la Bucovine.

Le recensement de 1791 accuse 525[293] familles juives répandues sur toute l'étendue de la province mais res-sortisant des deux communautés juives de Czernowitz et de Suczawa et se répartissant ainsi qu'il suit:

 

                                                          l-ère Cl            II-me Cl.                III-me Cl.                Indig.

Czernowitz 355 familles                  210                         14                            28                    3

Suczawa  170                                 130                          12                            22                    -

 

En 1795, il y a 500 familles juives.

En 1797, il y eu a 589, se répartissaiit ainsi qu'il suit: [294]

 

                                                          I-ère Cl    II-me Cl.                III-me Cl.                Indig.

Czernovitz 319 fam.                        293              35                            30                            41

Suczawa   190                                133              14                            17                            4

 

En Avril 1802, de nouvelles restrictions sont mises eu vigueur: on ordonne le renvoi d'une partie des Juifs immigrés depuis 1786. (L'augmentation du 1-er Nov. 1780 au 15 Mai 1802 avait été de 473 familles, soit de plus de 153 %).[295]

Pour une raison ou pour une autre il fut sursis à l'exécution, du moins en partie.

Il y avait, eu 1807, 613 familles juives réparties de la manière suivante:

145 Chefs de famille s'adonnant à l'agriculture, dont 112 faisant partie de la communauté de Czernowitz et 33 de celle de Suczawa et 498 commerçants[296] et industriels classés comme il suit:

        I-ère Cl    II-me Cl.            III-me Cl.                Indig.

Czernovitz             351                 207          74                            22                            48

Suczawa               147                  94            20                            10                            17

L'expulsion décidée en principe en 1802, ne fut exécutée qu'en 1810, ce qui fit tomber le nombre des familles juives habitant la province à 500 familles.

Nouvelle classification en 1816.

A partir de 1810 on laissa demeurer les Juifs se trouvant déjà en Bucovine mais on n'en laissa plus entrer de nouveaux. Ils furent divisés en deux classes: altangesessene (établis depuis longtemps) dont les ancêtres avaient déjà habité le pays ou qui y étaient venus antérieurement à 1786 et: neueingewanderte, ceux qui avaient immigré postérieurement à cette date.

En 1817, il y avait en Bucovine 1031 familles juives dont 682 altangesessene et 349 neuangesessene. [297]

la défense d'immigrer fut sévèrement maintenue.

En 1821, il y avait 1117 familles juives, comprenant 6077 âmes. La population totale de la province s'élevant à 235272 âmes, les Juifs entraient donc pour 1,4% dans ce total.

En 1827, il y en avait 7828 contre 270773 chrétiens, soit une augmentation de 22% pour les premiers et de 16% pour les seconds.[298]

Déplacement dans l'interieur des Juifs habitant près des frontières.

Emu de l'accroissement rapide du nombre des Juifs en Bucovine, le gouvernement autrichien, fit dé-placer dans l'intérieur du pays ceux d'entre eux qui habitaient à une distance de la frontière inférieure, à trois milles (22 1/2 kilomètres).

Introduction en service militaire.

En 1830, on ne trouve que 1726 familles juives avec 7726 âmes, c'est-à-dire un nombre inférieur à celui constaté en 1827. Cette diminution est attribuée par le Dr. Polek au recrutement introduit en Bucovine en 1830.[299]

Recensement de 1816.

Le recensement de 1846 constate que la Bucovine comptait en cette année 371131 habitants dont, 13581 Juifs. [300]

C'était un accroissement de 100358 âmes: soit 37 % pour les chrétiens pendant période 1827—1840 et de 3750 âmes soit plus de 48 % pour les Juifs pendant la même période. la proportion des Juifs aux chrétiens, qui était d'environ 2,9 % en 1827, était montée à 3,1% en 1846.

Levée des obstacles mis à l'entrée des Juifs 1818. Accroissements successifs de 1848 à 1900.

Les obstacles mis à l'immigration des Juifs en Bucovine cessèrent d'exister, de fait, à partir de 1848, aussi leur accroissement devint-il colossal à partir de cette année. Il y en avait 14581 en 1850, 29187 en 1857, 47754 en 1809, 67418 en 1880[301], 8271 7 en 1890[302], 96150 en 1900[303] ce qui nous représenté un acroisement de 731%, en 54 ans.

L'accroissement comparé des chrétiens et des Juifs de la Bucovine, de 1789 à 1900, est donné par le tableau ci-dessous.

TABLEAU LVII Accroissements successifs et comparés des habitants chrétiens et juifs de la Bucovine, de 1769 à 1900. [304]

 

Le trop plein des Juifs de Galicie et beaucoup de leurs coreligionnaires de Pologne et de Russie se ruèrent sur la Bucovine, où ils étaient encore en nombre relativement peu considérable aussitôt qu'elle leur fut ouverte. Ils y trouvaient un sol plus fertile, un climat plus doux et une population qui, grâce aux sages mesures en vigueur ayant jusqu'alors rendu l'accès de la province si difficile aux Juifs, n'avait encore été exploitée qu'avec modération.

Les villes étant promptement remplies, ils ne tardèrent pas à se déverser sur les campagnes. En 1880 il n'y avait plus, dans toute la province, que 11 villages qui fussent exempts de Juifs. [305]

Dans 26 villages, les Juifs forment plus de 10% de la population. (a Neu-Itzkani 49.1 %, à Rozna 36,9%, à Nepokoloutz 28,6%, à Slobozia 24,5%, à Wizenka 24,5%, à Neu Zuczka 23,1%).

Et pas un de ces Juifs ne travaille la terre.

Voici un tableau nous montrant les nombres respectifs des habitants chrétiens et Juifs des villes et des bourgs de la Bucovine en 1880 et en 1890. Les chiffres pour 1900 ne sont pas encore connus.

TABLEAU LVIII Population chrétienne et juive des villes et des bourgs de la Bukovine, en 1880 et en 1890 [306]

 

Disparition du dernier Juif la boureur.

C'est en 1848 que disparut le dernier Juif laboureur de la Bucovine, dernier reste des 137 Juifs laboureurs demeures dans le pays après la classification de Enzenberg. En revanche presque tous les cabarets sont tenus par eux.[307]

Les Juifs et les cabarets.

La patente du 7 Mai 1789 avait enlevé aux Juifs le droit de tenir des cabarets tant dans les villes que dans les campagnes; on ne tolérait qu'un seul cabaret juif, pour les Juifs voyageurs. En vertu de cette même disposition, il leur fut défendu de demeurer dans les auberges ou d'y servir en qualité de gérants.

Mais ils trouvaient pourtant moyen d'éluder la loi. En 1809 toutes les auberges de la Bucovine étaient tenues par des Juifs.[308] L'accroissement du nombre des cabarets depuis 1848 suivit la même marche ascendante que celui des Juifs. Sur les 1804 débits de vin, bière et eau-de-vie existant en 1885, en Bucovine, 95% étaient tenus par des Juifs.

Les Juifs peuvent acheter des terres. 1860

C'est en 1862 que la première terre, Kamena, tomba entre leurs mains: depuis, le nombre des grands propriétaires juifs augmente en Bucovine d'année en année.[309]

Le tableau ci-dessous nous permet de constater la rapidité avec laquelle il s'accroît.

TABLEAU LIX Nombre comparé des grands propriétaires chrétiens et juifs en Bucovine, en 1870, 1880, 1890 et 1900. [310]

 

Si, eu 1860, on permit aux Juifs des provinces occidentales de l'Empire de posséder des terres sans condition, leur acquisition par les Juifs de la Galicie et de la Bucovine fut sujette à certaines conditions de culture qui ne furent abolies qu'en 1867.

Il résulte du tableau ci-dessus que, de là où la proportion des terres appartenant à des Juifs était de 0% en 1860, elle était de 2,23% en 1870, de 7,14% en 1880, de 14,76% en 1890 et de 18,4% en 1900.

la grande propriété tend à passer aux Juifs.

Cette tendance des grandes propriétés à passer entre des mains juives parait être en croissance. Il y a en ce moment beaucoup de terres hypothéquées à des Juifs, dont la vente ne saurait être longtemps différée et qui certainement ne seront pas achetées par des chrétiens.

Il faut tenir compte du fait que près de 30% du nombre des terres de la Bucovine est immobilisé entre les mains du fonds religieux qui est une institution d'État et dont les terres sont presque complètement inaliénables, sans quoi le nombre des terres possédées en ce moment par des Juifs serait encore plus grand.

Il est tout naturel que l'influence et le rôle politique des Juifs ait crû en proportion des terres possédées par eux. De là où, eu 1860, il n'y avait pas un seul électeur juif dans le Collège de la grande propriété, il y en a en ce moment 31 sur un total de 150 électeurs, soit 20%.

Tableau des électeurs de la grande propriété.

Voici du reste un tableau montrant la manière dont leur nombre a augmenté depuis 1870.

TABLEAU LX Nombre comparé des électeurs chrétiens et juifs du collège des grands propriétaires, à la Diète de la Bucovine, entre 1870 et 1900.  [311]

 

Il est probable qu'aux élections de la Diète, en 1904, le nombre des électeurs juifs du collège des grands propriétaires s'élèvera à 40.

Les Juifs et la petite propriété.

La Bucovine ne possède pas, pour la protection de la petite propriété, les salutaires mesures de protection qu'on trouve à l'article 7 de la loi rurale roumaine: le paysan bucovinien peut aliéner sa parcelle de terre. [312]

Aussi résulte-t-il des registres d'hypothèque que, les propriétés des paysans, dans beaucoup do districts. sont grevées d'hypothèques envers des Juifs jusqu'à concurrence de 60 à 70% de leur valeur. Les ventes aux enchères de semblables parcelles sont fréquentes. Mais les Juifs acquéreurs ne les gardent pas longtemps entre leurs mains, préférant les revendre à des paysans aussitôt qu'ils peuvent par ce moyen réaliser un bénéfice. Le paysan ne pouvant, on général, payer comptant, le Juif conserve un privilège sur la terre jusqu'au moment où le prix en est complètement acquitté.

Le commerce et les métiers exclusivement aux mains des Juifs.

Le commerce en Bucovine est outre les mains des Juifs bien plus complètement encore qu'en Moldavie. Dans les villes les commerçants chrétiens ne sont que de rares exceptions, dans les campagnes il n'y en a point. L'énorme majorité des artisans est également composée de Juifs.

Les entreprises industrielles sont, pour la plupart, entre leurs mains, toutes les maisons de banque sont juives.

Les Juifs et les profestions libérales.

Ils ont complètement accaparé les professions libérales.

Voici un tableau montrant l'accroissement du nombre des avocats en Bucovine depuis 1865. [313]

TABLEAU LXI Accroissement comparé du nombre des avocats chrétiens et juifs en Bucovine, de 1865 à 1900

 

On voit donc combien a été grande la prévoyance du législateur roumain quand il a décidé que, seuls, les Roumains pourraient exercer la profession d'avocats et combien cette précaution est justifiée.

S'il en avait été autrement, il n'y aurait plus d'avocats roumains en Moldavie car les Juifs qui y ont le monopole des affaires, n'auraient pas manqué d'imposer aux gens avec lesquels ils sont en relation des avocats juifs.

Voici maintenant un autre petit tableau donnant l'accroissement du nombre des médecins, en Bucovine, depuis 1888. [314]

TABLEAU LXII Accroissement comparé du nombre des médecins chrétiens et juifs en Bucovine, de 1888 a 1900

 

Puissance Juifs.

Sur les six journaux paraissant à Czernowitz, quatre dont l'un est imprimé eu caractères hébraïques, sont entièrement entre les mains des Juifs, les deux autres ont des collaborateurs juifs[315]

Les Juifs, maîtres absolus de la Bucovine sous le rapport économique, voient leur influence politique grandir de jour en jour. Le jour où ils y représenteront l'élément prépondérant en tout n'est pas éloigné. Ils ont de nombreux représentants dans la Diète et dans tous les conseils communaux de la province. En dehors de l'administration, où on ne les trouve qu'en nombre infime, les services de l'État en sont remplis: principalement la magistrature et l'administration financière.

Les Juifs tendent à se faire considérer comme élément ethnique à part.

Jusqu'à-présent leur tactique consistait à se confondre avec les Allemands et c'est à cette tactique qu'ils ont dû d'être émancipés en 1860, le Gouvernement autrichien ayant voulu par ce fait augmenter la prépondérance de l'élément allemand vis-à-vis des autres nationalités. Depuis quelque temps la tendance de se manifester comme élément ethnique à part est évidente.

Ils ont fondé dans toutes les villes et les bourgs les plus considérables des associations nationales juives, portant sur la porte de leurs locaux une enseigne sur laquelle, au-dessous d'une inscription hébraïque, on lit ces mois: Judischer Nationalverein. (Association nationale juive). [316]

La jeunesse juive de la Bucovine ne cache du reste pas ses tendances à ne plus être considérée comme faisant partie de l'élément allemand, mais de former une nationalité à part, officiellement reconnue par l’État, de même que les autres éléments de la province: Roumains, Allemands, Polonais, Ruthènes.

On voit donc que même en Bucovine, où ils ont absolument les mêmes droits que les autres habitants, loin de s'assimiler, la tend an ce autre fois dissimulée des Juifs à former un élément à part, dévient de jour en jour plus manifeste.

Niveau moral des Juifs. Criminalité.

Leur niveau moral n'est pas plus élevé en Bucovine qu'en Roumanie et qu'en Russie. Leur rapacité et leur manque de scrupules y sont les mêmes.

Chez les Juifs de la Bucovine, comme chez ceux de la Roumanie, les crimes de violence sont rares, infini-ment plus rares que chez les habitants des autres races, les crimes et délits de tromperie, en revanche, sont infiniment plus nombreux, ainsi qu'il résulte du petit tableau ci-dessous.

TABLEAU LXIII Délits auxquels les Juifs on été le plus sujets en Bucovine de 1882 à 1885.

 

Comme preuve de leur avidité, je citerai le fait suivant qui m'a été rapporté pas plusieurs prêtres âgés et dont l'exactitude n'est point mise en doute en Bucovine.

Rapacilté des Juifs.

Au commencement et vers le milieu du siècle passé, un certain nombre d'églises était la propriété de la famille possédant la terre sur laquelle elles étaient situées et il arrivait qu'il n'y eût pas d'autre église dans le village situé sur ce domaine ou bien que l'église du village eût brûlé ou bien se trouvât en réparation. Quand la terre était affermée à un Juif, celui-ci prétendait (quand il n'y avait pas de clause formelle contraire dans la contrat de ferme) que l'église lui était affermée aussi et ne permettait pas que le service divin y fût célébré s'il ne recevait, au préalable, un prix de location pour cette occasion.

En Moldavie le fermier juif eut certainement été malmené, en Bucovine le peuple avait de l'autorité une peur trop salutaire pour se porter à ces excès.

A cause du nombre énorme des cabarets tenus, tous, par des Juifs, l'alcoolisme fait en Bucovine des ravages effrayants. Mais depuis quelque temps, grâce aux efforts intelligents de l'excellent clergé orthodoxe de cette province, il y a un mouvement très prononcé contre l'alcool. Ce mouvement est surtout considérable parmi les Roumains des districts de Radautz, Suczawa, Gura-Humora et Câmpulung (Kimpolung).

Les paysans s'engagent formellement, devant le prêtre, à ne plus boire d'eau-de-vie et ils n'en boivent plus. Dans certains endroits il font enterrer solennellement l'eau-de-vie, par le prêtre. A Dorna-Watra l'alcool possède même un très-joli tombeau que tous les visiteurs des bains de cette localité ont pu voir.

Il est naturel qu'en pareille occasion le Juif cabaretier ne soit pas content: car, pour lui, c'est la ruine, aussi font-ils leur possible pour pousser les paysans à violer leur engagement solennel. C'est-là une lutte souvent très-vive entre le prêtre et le Juif. Je dois dire que, jusqu'à présent, c'est le prêtre qui a l'air d'avoir le dessus.

*

les juifs dans les villages de la Galicie

Si la puissance des Juifs est grande en Bucovine, s'ils sont bien prêts d'avoir tout en mains dans cette province, ils le sont encore bien plus dans la Galicie Orientale: on peut dire que là tout leur appartient. L'état de choses qui régne dans la région de Stanislau et de Kolomea est réellement incroyable.

Les Juifs ont non seulement accaparé presque toute la propriété urbaine et une bonne partie de la grande propriété rurale, mais ils ont même exproprié un grand nombre de paysans. Grâce, tant à leurs procédés usuraires qu'à l'absence des mesures protectrices de la loi rurale roumaine, ils possèdent dans beaucoup de villages les parcelles d'un grand nombre de paysans.

Ces malheureux sont réduits à-présent à prendre en ferme des Juifs les terrains leur ayant autrefois appartenu. Les Juifs n'étant pas agriculteurs, les leur afferment volontiers pour nu prix exorbitant que le paysan arrive rarement à payer. Pour rentrer dans ses fonds, le Juif ajoute à ce reliquat le compte de cabaret du paysan el achète le travail de celui-ci à bas prix pour toute la saison agricole suivante. Une fois le contrat fait, ce travail est revendu par le Juif, à un bénéfice énorme, à un fermier ou à un propriétaire de Moldavie.

Le paysan vend son travail au Juif à raison de 12 florins (environ 25 francs) par mois, plus la nourriture pour l'homme, et fi florins (environ 12 francs 50 centimes) plus la nourriture pour la femme, le garçon de moins de 15 ans ou la fille. Le Juif revend ce travail en Moldavie pour un prix variant entre 45 et 60 francs par mois pour les hommes suivant la demande, plus la nourriture et les frais de transport, aller et retour.

Ce sont ces malheureux paysans ruthènes qu'il aurait fallu montrer à Bernard Lazare et au Dr. Gauz:

maigres, hâves, abrutis par la misère et l'alcoolisme, de véritables hilotes au vingtième siècle.

Il faut entendre ce qu'ils racontent sur les spéculations et les tromperies des Juifs, Et il y en a plusieurs milliers qui, chaque année, viennent travailler dans les districts de Dorohoĭ, Botoşanĭ, Suczawa. Un nombre bien plus considérable voit son travail vendu en Galicie et dans le Nord de la Hongrie. Dans les villages, il ne reste guère que le nombre de travailleurs strictement nécessaire pour la culture des champs, très-improductifs d'ailleurs.

Enseignement résultant de la situation des Juifs en Bucovine.

Si j'ai fait sur les Juifs on Bucovine cette longue digression paraissant sortir quelque peu du cadre de mon travail, c'est que la Bucovine présente le spectacle atténué et en miniature de ce que serait la Roumanie si elle n'avait pas pris les salutaires mesures dont se plaignent les Juifs.

Il résulte, en effet, du tableau que tant que les Juifs n'ont pas obtenu, l'égalité civile et politique, c'est-à-dire avant 1860 leur proportion à la population a été bien moindre qu'en Moldavie, malgré que tous les obstacles à leur entrée dans la province eussent été levés depuis 1848.

C'est une prouve que le terrain en Bucovine leur était moins favorable qu'en Moldavie.

Du moment où il obtiennent l'égalité civile et politique, leur nombre s'accroît rapidement et leur proportion à la population totale devient bientôt supérieure à celle dans laquelle ils se trouvent eu Moldavie.

Nous sommes donne fondés de conclure que si la Roumanie avait fait la faute d’accorder aux Juifs l'égalité politique, elle présenterait en tout le même spectacle que présente la Bucovine: celui de l’omnipotence des Juifs.

Il est même probable que la situation serait encore pire et les Juifs plus puissants par ce qu'ils seraient plus nombreux. Car la Roumanie leur offrait infiniment plus d'attraits, plus d'avantages, plus d'occasions et de facilités de gain que la Bucovine.

La Roumanie est un État indépendant tandis que la Bucovine n'est, qu'une province, la Roumanie a un sol plus fertile, des produits plus variés, un climat plus doux, elle se trouve plus près de la mer et sur les bords d'un grand fleuve, donc plus d'entreprises fructueuses à avoir, plus d'affaires, plus de genres de spéculations, une plus grand facilité pour l'écoulement des produits, une champ d'activité plus étendu. En Roumanie les impôts étaient moindres, la vie à meilleur marché.

La haute classe beaucoup plus riche, plus dépensière, plus avide de jouissances, plus insouciante que celle delà Bucovine, ayant plus d'occasions pour se ruiner. Tout concourait pour faire affluer en Roumanie les Juifs de Pologne et de Galicie.

En Bucovine, le nombre des Juifs a plus que triplé depuis 1857 (96150 au lieu de 29187): en Roumanie il aurait plus que décuplé: les ghettos de la Pologne, de la Galicie et de la Russie se seraient déversés sur nous et nous aurions, sans aucun doute, en ce moment, dans notre pays, plus d'un million de Juifs.

Non seulement qu'il n'y aurait plus un commerçant roumain dans le Royaume, mais la moitié de la propriété foncière et toutes les professions libérales seraient entre les mains des Juifs: médecins, avocats, architectes, tout serait juif car, ayant la puissance entre leurs mains, ils auraient tôt fait de supprimer toute concurrence roumaine. Enfin, une partie considérable de la représentation nationale (toute celle des villes) serait juive.

A moins que même la longue patience du peuple roumain ayant fini par être épuisée, l'Europe ne se fût réveillée un beau matin avec la nouvelle d'une explosion de colère de sa part auprès de laquelle les Vêpres Siciliennes et la Saint Barthélemy seraient des jeux d'enfants.


[262] Dr. I. POLEK. Statistik des Judenthums in der Bukowina, dans la Statistische Monatschrift, herausgegeben von der k. k. Central-Commission XV, p. 248. Voyez aussi: dr. F. v. zieglauhr. Ge-schichtliche Bilder aw der Bukowina sur Zeit der österreichischen Militär-Verwaltung. Sonder-Abdruck ans den Bukowiner Nachrichten. V, p. 6.

[263] POLEK. Op. cit., p. 248 et suiv.

[264] Ibid., ibid.

[265] Ibid., ibid.

[266] Ibid., p. 25.

[267] Ibid., ibid. ZIEGLAUER. Op. cit. V. p. 1.0.

[268] POLEK. Op. cit. p. 251.

[269] Ibid., ibid.

[270] ZIEGLAUER. Op. cit. p. 7. Voyez aussi la note 2, à cette page.

[271] Ibid., p. 9 et 10.

[272] Ibid., p. 11.

[273] Voyez plus haut, p. 60.

[274] ZIEGLAUER. Op. cit., p. 34 et suiv.

[275] Ibid. ibid.. p. 38 et suiv.

[276] Ibid. ibid., p. 45 et suiv.

[277] Ibid. ibid., p. 58 et suiv.

[278] Ibid. ibid., p. 61.

[279] Ibid. ibid., p. 66 et suiv.

[280] Ibid. ibid., p. 68 et suiv.

[281] Ibid. ibid., p. 69.

[282] Ibid. ibid.

[283] Ibid. ibid., p. 71.

[284] Ibid. ibid., p. 72.

[285] Ibid. ibid., p. 73.

[286] Ibid. ibid., p. 75 et suiv.

[287] Ibid, ibid., p. 81 et suiv.

[288] Ibid. ibid., p. 91.

[289] POLEK. Op. cit., p. 253.

[290] Ibid., p. 251.

[291] Ibid., ibid.

[292] Ibid.. ibid.

[293] Ibid., p., 255.

[294] Ibid. ibid.

[295] Ibid. ibid.

[296] Ibid. ibid.

[297] Ibid. ibid.

[298] Ibid. p. 257.

[299] Ibid. ibid.

[300] D'après une communication qu'a bien voulu me faire le Dr. Polek.

[301] POLEK, Op. Cit.

[302] Die Oesterreichisch-Ungarische monarchie in wort und

bild. Die Bukowina. Vienne 1889, p. 178.

[303] D'après les chiffres du recensement officiel de 1900 publiés par le journal: Desteptarea, de Czernowitz, du 14/27 Novembre 1902.

[304] Ce tableau résume les chiffres officiels donnés plus haut, dans le texte du chapitre.

[305] POLEK, op. cit., p. 259.

[306] Ce tableau est dû a l'obligeance de M. le Dr. I. Polek qui l'a formé sur la base des chiffres officiels.

[307] POLEK, op. cit., p. 259.

[308] Ibid., p. 262.

[309] Ibid. ibid.

[310] Je dois ce tableau à l'obligeance de M. balan, qui occupe le poste de Landtafel-Director dans la chancellerie de la Diète de la Bucovine.

[311] Ce tableau est également dû à obligeance de M. BALAN.

[312] Les Juifs se rendent parfaitement compte de l'obstacle que cette disposition met à leurs pratiques usuraires en Moldavie; nous les voyons dénoncer la loi rurale dans toutes leurs réunions roumanophobes, comme il résulte de l'affiche suivante, annonçant qu'une réunion juive aura lieu à Suczawa pour protester contre les persécutions des Juifs en Roumanie:

 

GLAUBENS UND GESINNUNGSGENOSSEN!

Zur Genüge sind ei em Jeden von uns die Qualen und Leiden bekannt, welche unsere Glaubensgenossen in dem benachbarten Lande Rumänien zu ertragen haben. Auf der einen Seite wirtschaftlich allen Chieanen unterworfen, werden sie andereseits auch moralisch zugrunde gerichtet. Puralgesetz, Handwerkergesetz u. a. sind darnach eingerichiet den Juden ganz die Existenz zu rauben, so dass sie es vor-ziehen, das liebgowordene Land zu verlassen und aussichtslos in die weite, Welt auszuwandern.

 Dieser kühnen Verzweiflungstat unserer Mitbrüder muss Einhalt geschehen.

Wir müssen sprechen!

Ueberall soll das Los der Juden in Rumänien und die Vergewaltigung seitens dieser Regierung bekannt werden.

Zu dein Zwecke laden wir Euch, werte Glaubens- und Gesinnungsgenossen, zu der am

MONTAG, DEN 20. APRIL 1903 UM 7 UHR ABENDS in der

 GROSSEN SYNAGOGE

 stattfindenden

VERSAMMLUNG

ein, in der sicheren Ueberzeugung dass keiner von Euch ausbleiben wird, da es sich um das Wohl eurer bedrückten Glaubensgenossen in Rumänien handelt.

TAGESORDNUNG.

1. Besprechung der rumänischen Judenfrage.

Referenten: Dr. DISCHE und Dr. FINKLER.

2. Annahme einer Resolution.

VEREINSLEITUNG

des Vereines „Zion” in Suczawa.

Voici la traduction de cette pièce:

Campagnons de croyance et d'opinion!

Les tourments et les souffrances qu'ont à supporter nos coreligionnaires dans la Roumanie voisine ne sont que trop connus de vous tous. Soumis à toutes les chicanes au point de vue économique, ils sont d'un autre côté, ruinés moralement aussi. La loi rurale, la loi sur les métiers etc., sont combinées de manière a ravir les moyens d'existence aux Juifs, de façon qu'ils préfèrent abandon-ner le pays qui leur était devenu cher et d'émigrer à l'aventure dans les pays lointains.

Il est nécessaire de mettre un frein à cette résolution désespérée prise par nos frères.

Nous devons parler!

Le sort des Juifs en Roumanie ainsi que la violence que leur fait le gouvernement de ce pays doivent être connus de tous.

C'est pourquoi nous vous invitons à la

RÉUNION

qui aura lieu lundi le 20 Avril 1903 à 7 du soir dans la grande

synagogue.

Nous sommes persuadés qu'aucun de vous n'y manquera, étant donné qu'il s'agit du sort de nos coreligionnaires opprimés de Roumanie.

ORDRE DU JOUR:

1. Discussion de la question des Juifs de Roumanie.

Rapporteurs: le Dr. Dische et le Dr. Finkler.

2. Adoption d'une résolution.

 

Direction

de l'Association „Sion” à Suczawa.

 

 

[313] Ce tableau a été formé en prenant les chiffres donnés par le Cernowitzer Kalender de CZOPP, et le Bukowinaer Haus-Kalender, aux années respectives.

[314] Ce tableau a été formé sur la base des données fournies par le Czernowitzer Kalender de CZOPP.

[315] POLEK, Op. cit., p. 268.

[316] L'auteur de ce travail a vu de ses yeux ces écriteaux à Sadagora et à Campulung.

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