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Radu Roseti

La Roumanie et les Juifs (1903)

 

 

 

 

SOURCE OF MATERIAL

Radu Rosetti. La Roumanie et les Juifs, Bucharest: Socecu, 1903.

NOTES

 

CONTENT

CHAPITRE IX. Résumé de la question. Le Sionisme. Les Juifs de Russie. Conclusion.      355

Appendice            371

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End

  


TABLEAU LXIV        Terres affermées, d'une étendue supérieure à 50 hectares, par district et nationalité des fermiers, en Moldavie.

TABLEAU LXV        Corporations existant dans les villes de Dorohoĭ, Botoşanĭ, Hîrlau, Fălticenĭ, Piatra, Tg.-Niamţ, Bacău, Tg.-Ocnei, Focsani, Bîrlad, Vasluĭ, Husi, Falciu et Iaşĭ, en 1831.

 


CHAPITRE IX. Résumé de la question. Le Sionisme. Les Juifs de Russie. Conclusion.

Résumé des griefs des Julfs qui se réduisent à trois.

Des faits exposés dans les chapitres IV, V et VI de cet ouvrage, il résulte que si on fait abstraction du pathos, de la déclamation et des exagération contenus dans les dénonciations des Juifs contre la Roumanie et les Roumains, leurs griefs réels se réduisent aux suivants:

1. Les Juifs en Roumanie sont traités comme des étrangers et non comme des indigènes.

2. Les Roumains se refusant à édicter des mesures de nature à permettre aux Juifs d'obtenir l'indigénat rapidement, d'une manière certaine, les obligent arbitrairement et contrairement aux usages des nations civilisées à demander l'indigénat individuellement aux Chambres ce qui, vu le mauvais vouloir mis par ces dernières, rend leur naturalisation très-lente.

3. Les Roumains ont pris une série de mesures législatives destinées à arrêter, d'un côté, les progrès faits par les Juifs dans la conquête des positions économiques du pays, à pousser et à encourager, de l'autre, les Roumains vers les métiers, le commerce et l'industrie.

Les Juifs n'ont en Roumanie aucun droit historique à l'égalité civile et politique.

Nous avons vu dans les chapitres I, II et III, quand les Juifs sont venus dans les aucunes pays, comment ils s'y sont multipliés et quelle a été la situation qui leur y a été faite par les Roumains dès le commencement.

Habitant anciennement le pays en nombre infime, nous ne les voyons partager ni les luttes aussi sanglantes que glorieuses ni les épreuves terribles par lesquelles il a été donné au peuple roumain de passer autrefois.

Dans l'œuvre de réédification, de résurrection dont est sortie la Roumanie moderne, ils n'ont pas eu la moindre part.

Leur immigration date du premier partage de la Pologne (l772). Cette immigration devient torrentielle après la conclusion de la paix d'Andrianople (1828) et ne perd ce caractère qu'à la suite des mesures draconniennes édictées contre eux en 1839. Cette immigration continue jusque dans les dernières années du dix-neuvième siècle.

Pendant cette période de plus d'un siècle, les Roumains n'ont pas perdu une occasion pour accentuer aussi bien le caractère de race étrangère des Juifs et la manière frauduleuse dont ils se sont introduits dans le pays que le danger qu'ils présentaient pour la nation roumaine. Le Règlement Organique, les lois et les dispositions édictées et appliquées sous le régime réglementaire en sont la preuve.

La situation légale des Juifs en Moldavie est résumée par l'article des des Instructions du 1-er Juillet 1839: [317]

„Les Juifs ne possédant dans la Principauté d'autre droit civil que celui de faire le commerce et de payer la contribution qui revient à l'État, aucun Juif ne sera empêché de quitter le pays . . .”

Les Roumains n'ont jamais trompé les Juifs sur ce qu'ils avaient à attendre d'eux. Lorsque le régime règlementaire fut remplacé par le régime dit conventionnel, la situation des Juifs ne changea pas. L'article 46 de cet acte accordait aux chrétiens, seuls, la jouissance des droits politiques. [318]

C'est en vain que les Juifs voudraient tirer de la suite de l'article 46 un droit pour eux à l'indigénat: la Convention dit simplement que: „la jouisseance de ces droits pourra être étendue aux autres cultes par des dispositions législatives.”

Cette extension, loin d'être obligatoire, est purement facultative et laissée à l'appréciation des Roumains.

L'absence de droit à l'indigénat est, du reste, admirablement illustrée par le texte de la pétition des notables juifs de Jassy au Caimacam Balsch [319]. On sait qu'ils y sollicitaient l'abolition de la disposition contenue dans le Règlement Organique, excluant la nation juive habitant la Moldavie des privilèges dont jouissaient les chrétiens et se gardaient bien d'appuyer leur requête sur des droits quelconques.

De 1858 à 1878 rien n'est venu changer la situation légale des Juifs, au contraire: l'article 7 de la Constitution de 1866 les empêchait d'obtenir comme les autres étrangers la naturalisation par voie individuelle.

En 1878, les puissances signataires du Traité de Berlin, par une immixtion absolument non justifiée dans les affaires intérieures de la Roumanie, exigèrent que: „les nationaux de toutes les puissances, commerçants ou autres, fussent traités en Roumanie, sans distinction de religion, sur le pied d'une parfaite égalité.”

Le traité ne stipulant pas que les Juifs obtiendraient la naturalisation en bloc, les Roumains, comme de juste, s'en tinrent à la lettre de l'article 44.

L'article 7 de la Constitution fut modifié et les Juifs purent, tout comme les autres étrangers, obtenir la naturalisation individuelle, à la suite d'un vote de la Chambre. On sait que ce fut le point de vue roumain qui finit par obtenir gain de cause devant l'Europe. Les Juifs, après le Traité de Berlin, continuèrent tout comme avant à être des étrangers en Roumanie.

Il est donc bien établi qu'aucune loi du pays, qu'aucun acte international n'a jamais conféré aux Juifs la qualité de nationaux mais que, bien au contraire, tous ceux dans lesquels il est fait mention de leur nom concourent à les qualifier d'étrangers. Les Roumains sont donc pleinement en droit de les considérer comme tels.

Quels sont les services rendus au pays par les Juifs qui les autorisent à se récrier contre cet état de choses?

Quant au deuxième grief des Juifs, je ne saurais mieux y répondre qu'en reproduisant textuellement ce que M. Lahovary dit à ce sujet: [320]

Le droit des Roumains de ne pas accorder l'égalité civile et politique aux Juifs est incontestable.

La véritable question à résoudre est donc celle-ci:

Un peuple, maître incontesté de son territoire, a-t-il l'obligation d'ouvrir ses frontières et d'accorder in globe le bénéfice de sa nationalité à une population étrangère, différent de lui par sa race, sa langue, ses mœurs et sa religion, lorsqu'on fait la différence de mœurs et de religion doit être pour de longues années encore un obstacle à la fusion des deux races, et lorsque le nombre des nouveaux venus est tellement considérable par rapport à l'étendue du territoire et au chiffre de la population indigène, que celle-ci se trouve menacée dans un avenir rapproché de se voir submergée, dépouillée du pouvoir politique et même de la propriété du sol, au profit d'une race étrangère.

Il nous semble que la réponse à la question posée ne saurait être douteuse. Chaque peuple est maître de se montrer libéral ou parcimonieux en ce qui touche l'admission des étrangers dans la cité. Il y a là une question qui ne peut être résolue qu'en tenant compte des circonstances particulières propres à chaque pays. De là l'infinie variété des lois qui règlent chez les différents peuples de l'ancien et du nouveau monde les questions relatives à l'acquisition et à la perte de la nationalité. [321]

Les uns, ayant à peupler et à mettre en valeur

d'immenses territoires, ne se sentant menacés par aucun danger dans leur indépendance et leur nationalité, se montrent accueillants et aussi larges que possible.

Tels sont les États de l'Amérique du Sud; la Bolivie, la République Argentine, le Brésil, entre autres, se contentent en général d'un stage de deux ans ou même d'une année pour accorder la naturalisation; d'autres se montrent plus avares de leurs nationalité. Ainsi en Allemagne, la naissance sur le territoire allemand d'un étranger n'a pas d'influence sur sa nationalité, ne lui donne pas le droit d'acquérir par une simple déclaration de volonté et indépendamment de l'intervention publique la nationalité allemande; il en est de même en Autriche, en Hongrie, en Suisse, en Norvège. [322]

La Roumanie, pour des raisons dont nous espérons faire comprendre la gravité, a adopté en cette matière un système restrictif; le fait dé la naissance sur son territoire ne confère pas la naturalisation, qui ne peut être accordée que par le pouvoir législatif.

Un autre point de droit qu'il convient de fixer est celui-ci:

Le fait qu'un étranger établi dans un pays a perdu sa nationalité d'origine, lui donne-t-il un droit quelconque à la nationalité du pays où il lui a plu de lixer sa résidence?

Par exemple un Allemand, un Autrichien, un Hongrois [323] qui a résidé sans interruption en France depuis dix ans et qui aux termes de la législation de son pays a perdu sa nationalité d'origine, est-il par là même devenu citoyen français?

Est-il besoin de dire qu'aucun pays n'a jamais accepté une pareille théorie? Qu'aucune législation n'a reconnu à des étrangers le droit exorbitant de s’installer dans le pays de leur choix et d'y acquérir la qualité et les droits de citoyens sans la volonté ou contre la volonté des pouvoirs publics et de l'autorité souveraine?

De ce principe incontestable découlent souvent des conséquences fâcheuses, malheureuses même pour ceux qui se seront mis dans cette situation: d'avoir perdu leur nationalité d'origine, sans en avoir acquis une nouvelle.[324] Mais quel droit lé se, quel grief légitime peut invoquer contre le pays où il s'est établi ce lui qui s'est volontairement mis dans cette situation?”

Il n'y a rien à ajouter à ces considérations: aucun principe du, droit public des nations, aucun usage universellement reconnu, n'oblige les Roumains à accorder aux Juifs l'indigénat en masse.

Mais il y a plus que cela: les Roumains ont des raisons très-sérieuses pour le leur refuser.

L'une de ces raisons me parait être d'une importance capitale; je veux parler de l'inassimilabilité des Juifs.

Inassimilabilité des Juifs. Le Sionisme.

Cette question a jadis été traitée avec autant de compétence que de rigoureuse logique par Portalis[325] et jusque vers le milieu du siècle passé il était en général admis que le Juif n'était pas assimilable aux nations européennes, que pour lui la nationalité et la religion étaient deux choses inséparables.

Le libéralisme outré, illusionniste qui prit le dessus dans l'opinion publique européenne après 1830, ne pouvait manquer de prendre en main la cause dés Juifs. Il proclama leur assimilation parfaite; aidé par les efforts de la hante banque il réussit, dans un espace de temps relativement court, à faire adopter ses vues par les gouvernements les plus conservateurs de l'Europe.[326]

(Il est utile de remarquer que ces idées étaient grandement facilitées par le nombre minime des Juifs habitant les pays qui s'étaient trouvés à la tête de ce mouvement: la France et l'Angleterre).

Une réaction ne tarda pas à se produire pourtant quand on s'aperçut avec étonnement que les Juifs restaient Juifs. Ils s'en défendirent bien, mais il ne fut pas difficile de prouver leur solidarité, leur tendance à former un État dans l'État, leur poursuite d'intérêts purement juifs.

Ces tendances, d'abord cachées, ne tardèrent pas à se manifester au grand jour justifiant, à près d'un siècle de distance, les allégations de Portalis.

Un courant de plus on plus fort s'établit parmi les Juifs de tous les pays, les poussant à unir leurs efforts pour se refaire une patrie dans la terre promise de leurs aïeux. Il ne cachent du reste nullement leurs intentions: des congrès ont été et sont tenus chaque jour. Il est de notoriété publique que des délégués du peuple juif se sont abouchés avec le Gouvernement ottoman afin de le sonder et de voir s'il serait disposé à entrer en pourparlers avec eux pour la vente de la Palestine.

Ce courant d'idées qui s'appelle le Sionisme tend de plus en plus à remplacer l'Alliance Israélite Universelle: les organes du Sionisme peuvent, aujourd'hui être considérés comme les organes du peuple juif.

J'ai déjà dit plus haut que je ne puis trouver aucun mot de blâme pour ce mouvement, qui me parait au contraire, digne de tout respect.

Le spectacle que nous offre ce peuple dispersé depuis près de deux mille ans chez les autres nations et qui, en dépit de toutes les persécutions du moyen-âge (réelles celles-là), a su résister à toutes les tentations et conserver intactes sa foi et sa nationalité, est réellement admirable. En cherchant a recouvrer le pays de ses pères et à y fonder un Etat deux milles ans après en avoir été banni et dispersé à tous les vents, il prouve sa vitalité, son énergie ainsi qu'une persistance en lui du sentiment national qui touche à l'incroyable.

Mais, d'un autre côté, ce mouvement si incontestablement noble et beau prouve combien la race juive est in assimilable même après un contact deux fois millénaire avec les nations les plus cultivées et les plus avancées de la terre.

Le mouvement sioniste n'est pas parti des Juifs de Roumanie et de Russie, mais bien de ceux de France, d'Angleterre, d'Allemagne et d'Italie, c'est-à-dire de ceux jouissant des mêmes droits que les citoyens chrétiens de ces pays.

Bernard Lazare, un des chefs du judaïsme moderne, remercie lorsque le rabbin a dit: qu'avant d'être français, socialiste ou républicain, Lazare était Juif.

Quand la nation puissante et généreuse qui, la première, a reconnu aux Juifs établis sur son territoire, les droits qu'elle accordait à ses enfants chrétiens, quand la France, une des nations qui se trouve à la tête de la civilisation moderne, n'est pas parvenue à assimiler les quelques milliers de Juifs perdus dans la proportion insignifiante de 1,4 sur 1000 au milieu du reste de la population, on voudrait nous faire croire qu'il suffirait que la Roumanie concède l'égalité politique aux Juifs qui forment, en Moldavie, 10 % de la population, pour en faire des Roumains?

Ce serait passer par dessus toutes les bornes de la crédulité permise!

Les Roumains savent bien qu'ils n'assimileront jamais les Juifs: que là ou Anglais, Français, Italiens et Allemands ont échoué tout en ayant une tâche incomparablement plus facile puisque la proportion des Juifs au reste de la population était infiniment moindre, ils ne peuvent avoir la prétention de réussir. Ils se refuseront énergiquement à faire ce dangereux essai.

La France avec ses quarante millions de Français, sa pléthore de capitaux et ses millions de baïonnettes, peut se permettre sans danger d'avoir 50 a 60000 citoyens qui sont Juifs avant d'être Français.

Mais ce jeu pourrait devenir funeste à la Roumanie qui, avec ses six millions d'habitants, sa population rurale pauvre et ses petits moyens de défense, pourrait, à un moment donné, chèrement expier la folie d'avoir concédé les droits politiques, c'est-à-dire les moyens de lui nuire, à un quart de million de gens dont le cœur ne lui est pas acquis, dont les intérêts et les aspirations pourraient être d'accord avec ceux de ses ennemis.[327]

Le sionisme aboutira ou, ce qui est plus probable, il aura été une utopie de plus, nous lui devrons en tous cas d'avoir été une preuve décisive de l'inassimilabilité du Juif.

Devoir impérieux des gouvernements roumains de prendre des mesures pour protéger les intéréts économiques roumains.

Quant à leur troisième grief, constitué par l'ensemble de mesures légales dont il est question au chapitre V, il me semble que leur modération, leur utilité et leur légitimité ont été suffisamment établies: je ne fatiguerai plus le lecteur en revenant sur elles.

Nous avons vu, dans le Chapitre VII, que ces mesures n'empêchent pas les Juifs d'avoir, dans la vie économique de la Roumanie, une part incomparablement supérieure à celle à laquelle leur nombre leur donnerait droit.

Nous avons constaté que si, dans les dernières années, la situation matérielle de beaucoup d'entre eux laisse beaucoup à désirer, celle de la classe inférieure des habitant chrétiens les villes est bien pire. Bernard Lazare a dû reconnaître qu'en Galicie, où il n'existe aucune mesure restrictive à leur égard, leur misère est plus grande qu'en Roumanie. Hugo Ganz lui-même a dû convenir que la misère des Juifs de Roumanie n'est nullement dûe à la législation roumaine mais bien à des causes inhérentes à l'organisation de la société juive.

Il me semble encore utile de relever que, en les prenant, les divers gouvernements roumains n'ont pas seulement usé d'un droit incontestable mais qu'ils se sont surtout acquittés d'un devoir impérieux.

En effet, le premier devoir d'un gouvernement est de veiller à maintenir intactes le patrimoine national et l'indépendance nationale. Peut-on concevoir pour l'intégrité de ce patrimoine et de cette indépendance un danger plus redoutable que l'accaparement de toutes les positions économiques d'un État par un élément étranger, arrivé dans le pays récemment, contre le gré des nationaux, en fraude? Pour préserver l'élément national, autochthone, formant plus des quatre-vingt-quinze centièmes de la nation, de ce désastre équivalant à son anéantissement, les mesures les plus énergiques deviennent légitimes.

Celles qui ont été prises depuis 1878 jusqu'à aujourd'hui ne sont évidemment qu'un minimum et constituent une preuve éclatante de la modération et de l'humanité de la nation roumaine.

Il a été facile à l'Angleterre, à la France et à l'Italie, dans la population desquelles les Juifs entrent pour une proportion variant de 1,2 à 2,4 pour mille, de vouloir imposer à la Roumanie de recevoir dans la sein de la nation un élément étranger dont la proportion au reste de la population, dans la partie du pays qu'il a envahie, est de plus de dix pour cent. Mais que feraient les Français, en voyant...

„un certain nombre de départements envahis par une race étrangère, professant une religion, qui, sauf de rares exceptions, met obstacle aux mariages entre les deux peuples et par suite à la fusion des races; qu'on se figure Paris comptant 400000 habitants Israélites venus d'Allemagne; Lyon, Bordeaux, le Havre, Marseille, ayant une population aux 2/3 étrangère et voyant la population française écroître chaque année, le commerce passant dans ces villes, dans la proportion de 85 à 92%, entre les mains des nouveaux venus?”[328]

Il me parait probable que les mesures prises pour arrêter l'invasion et protéger les intérêts économiques des Français seraient incomparablement plus énergiques et plus complètes que celles que les Roumains ont prises pour se défendre contre les Juifs.

Il n'est guère douteux, toujours dans l'hypothèse énoncée plus haut, que nous aurions assisté et que nous assisterions à des excès autrement graves que ceux dont se plaignent les Juifs de Roumanie et que le chiffre des victimes de ces excès ne se bornerait pas aux deux Juifs noyés à Galatz — par des soldats turcs.

La France qui contient environ 54000 Juifs, c'est à-dire 1,4 Juifs pour 1000 Français possède un parti antisémite nombreux et gagnant chaque jour du terrain, que serait-ce donc si ses départements du Nord comptaient cent fois plus de Juifs qu'ils n'en contiennent aujourd'hui et si les Juifs avaient accaparé toute l'industrie et tout le commerce de ces départements?

État des Juifs en Russie.

Mais pourquoi donc est ce uniquement la Roumanie que les Juifs dénoncent? En Russie il y à 5187000 Juifs soumis à un régime autrement dur que celui sous lequel ils vivent en Roumanie.[329]

Parqués dans les villes et les bourgs de quelques gouvernements, ils ne peuvent habiter le reste de l'Empire que sous certaines conditions assez difficiles à remplir. Frappés de toutes les interdictions dont ils se plaignent en Roumanie, supportant les mêmes charges que tous les autres sujets de l'Empire, ils sont, de plus, soumis à des taxes spéciales et à des règlements rigoureux qui, suivant l'expulsion de Reinach, en font les serfs de la police.

Les excès anti-juifs dans l'Empire voisin sont fréquents et sanglants [330].

Je n'ai nullement l'intention de critiquer les mesures prises par le gouvernement russe pour enrayer les progrès des Juifs: je suis certain qu'il les a adoptées parce qu'elles répondaient à une nécessité impérieuse et je me borne à constater qu'elles créent aux Juifs une position beaucoup plus défavorable que celle qui leur est faite en Roumanie.

Il résulte de cette situation des Juifs en Russie, situation dont, je le répète, je ne discute pas le bien fondé, que la Roumanie, si elle abrogeait les salutaires mesures de défense prises par elle, s'exposerait au danger d'une nouvelle invasion, semblable à celle qui a suivi la paix d'Andrinople. Les Juifs de Russie s'empresseraient d'émigrer en Roumanie où, avec un sol plus fertile et un climat plus doux, ils trouveraient un régime politique beaucoup plus libéral. Vu la facilité de communications existant actuellement, il serait, très-difficile d'empêcher une pareille immigration sans élever autour du pays une véritable muraille de la Chine, faite de règlements de douane et de police, qui soulèveraient contre la Roumanie un haro général.

Conclusions.

Les Roumains se garderont bien de se départir des sages mesures adoptées depuis 1878 jusqu'à nos jours: elles ne sont pas seulement justes et légitimes, elles forment pour eux une condition de leur existence nationale.

Les Juifs doivent se résigner à l'idée qu'ils sont et demeurent des étrangers en Roumanie où ils sont venus sans être appelés et contre la volonté des Roumains. Ils n'obtiendront le droit de cité que par voie de naturalisation individuelle et dans la mesure que les Roumains jugeront nécessaire.

L'exemple de la Bucovine est sous nos yeux: il est trop éloquent pour ne pas nous servir de leçon.

Il peut paraître préférable au gouvernement autrichien de voir en Bucovine les Juifs parlant l'allemand (?) y être l'élément dominant plutôt que les Roumains, anciens maîtres du pays. Les efforts de tout gouvernement roumain, au contraire, doivent tendre à ce que ce soient les Roumains qui, dans leur propre pays, restent l'élément dominant.

Si ces conditions leur paraissent trop dures, c'est dans l'émigration qu'ils doivent chercher un remède efficace à leurs maux. Tant le pays que les Juifs y gagneront.

Qu'ils soient bien persuadés que les dénonciations, les calomnies, les intrigues, aussi bien que les déclamations sur la base de principes soi-disant humanitaires ne serviront à rien. Les gouvernements qui se succéderont au pouvoir en Roumaine, à quelque parti qu'ils appartiennent, veilleront à assurer aux Juifs la protection des lois existantes, ils préviendront, réprimeront et puniront sévèrement toute brutalité envers eux. Mais, entre les intérêts vitaux de la nation roumaine et l'avantage des Juifs établis en fraude sur son territoire, ils ne sauraient hésiter: il y va de l'avenir de la nation roumaine et, par conséquent:

Salus rei publicae suprema lex.

Fin

APPENDICE

TABLEAU LXIV Terres affermées, d'une étendue supérieure à 50 hectares, par district et nationalité des fermiers, en Moldavie.

 

Ce tableau nous montre que dans la Haute-Moldavie les Juifs ont accaparé la plus grande partie des fermages.

La différence en leur faveur est surtout énorme si on compare les étendues exploitées par eux avec celles exploitées par les Roumains dans les districts de grande culture, comme Botoşanĭ, Dorohoĭ et Iassy. L'étendue totale exploitée par des fermiers juifs est de 45,57% de la surface totale affermée en Moldavie, tandis une celle exploitée par des fermiers roumains n'est que de 39,13%.

Et les Juifs osent pourtant prétendre qu'on les empêche de faire de l'agriculture et d'exploiter des terres!

 

TABLEAU LXV Corporations existant dans les villes de Dorohoĭ, Botoşanĭ, Hîrlau, Fălticenĭ, Piatra, Tg.-Niamţ, Bacău, Tg.-Ocnei, Focsani, Bîrlad, Vasluĭ, Husi, Falciu et Iaşĭ, en 1831.

Ce tableau est la même que celui de la page 102, corrigé et augmenté des villes de Piatra et Tg. Niamţ que je n'ai pu retrouver que très-tard.


[317] V. ci-dessus, p. 82,

[318] D. A. STURDZA. Op. cit. VII, p. 313.

[319] V. ci-dessus, p. 115.

[320] J. LAHOVARY. Op. Cit., p. 10 et suiv.

[321] V. sur ce point Fuzier herman: Répertoire du Droit Français. V. XXVIIT. Nationalité-Naturalisation.

[322] FUZIER HERMAN. Op. cit., No. 1534.

[323] FUZIER HERMAN. Op. cit. N-os. 1555, 1556, 1583, 1606.

[324] LAURENT. Principes de Droit Civil. I, p. 477.

[325] Voici le texte du rapport de Portalis au Conseil d'État à l'occasion de la convocation du Grand Sanhédrin (1806) par Napoléon 1:

«L'assemblée constituante avait cru que pour rendre les Juifs bons citoyens il suffisait de les faire participer indistinctement et sans condition à tous les droits dont jouissent les citoyens français, mais l'expérience a malheureusement prouve que si l'on n'avait pas manqué de philosophie, on avait manqué de prévoyance et que dans certains mi-lieux on ne peut se permettre de promulguer de nouvelles lois qu'au-tant que l'on a travaillé avant tout à préparer et à former de nouveaux hommes.

L'erreur vient de ce qu'on n'a voulu voir qu'une question de tolérance religieuse dans le problème à résoudre sur l'état civil des Juifs en France.

Les Juifs ne sont pas simplement une secte mais un peuple. Ce peuple avait autrefois sun territoire et son gouvernement, il a été dispersé sans être dissous; il erra sur le globe entier pour y cher-cher une retraite et non une patrie, il existe chez toutes les nations sans se confondre avec elles, il ne croit vivre que sur une terre étrangère.

Cet ordre de choses tient à la nature et à la force des institutions judaïques. Quoique tous les États aient, en général, un même ob-jet, celui de se conserver et de se maintenir, chaque État en a pourtant un qui lui est particulier.

L'agrandissement était l'objet de Rome; la guerre celui de Lacé-démone; la culture des lettres celui d'Athènes; le commerce celui de Cartage et la religion celui des Hébreux.

C'est dans la nature d'une telle législation que les philosophes et les savants ont cherché l'explication de sa durée. Un comprend en effet que, quand chez un peuple la religion, les lois, les mœurs et les usages de la vie sont la même chose, il faudrait pour opérer quelque révolution dans les opinions et dans les coutumes de ce peuple, pou-voir changer à la fois toutes les institutions et toutes les idées reçues dont il se compose. Cela ne se peut, nous en avons en quelque sorte la preuve dans l'éternité même du peuple dont nous parlons.

La religion n'est ordinairement relative qu'aux choses qui intéressent la conscience , chez les Juifs la religion embrasse tout ce qui fonde et régit la Société.

De là les Juifs forment partout une nation dans la nation; ils ne sont ni Français, ni Allemands, ni Anglais, ni Prussiens, ils sont Juifs.

De même que les Juifs sont moins une secte qu'un peuple, il suit qu'il n'était pas prudent de les déclarer citoyens sans examiner s'ils pouvaient et s'ils voulaient même franchement le devenir; il suit encore qu'il ne saurait être déraisonnable ou injuste de soumettre à des lois exceptionnelles une sorte de corporation qui par ses institutions, ses principes et ses coutumes, demeure constamment séparée de la société générale.

En assimilant sans précaution les Juifs à tous les autres Français, on appelé une foule de Juifs étrangers qui ont infesté nos départements frontières et on n'a point opéré sur la masse des Juifs plus anciennement établis en France, les heureux changements que l'on se promettait du système de naturalisation qui avait été adopté. A cet égard les circonstances présentes parlent suffisamment d'elles mêmes». (A. DE boisandré. Napoléon antisémite, p. 7).

[326] Il ne sera peut-être pas inutile de rappeler ici que, dans beaucoup d'États européens, l'émancipation des Juifs est de date relativement récente.

Cette émancipation a été complète:

En Suède, et en Sardaigne eu 1848.

En Danemark eu 1849.

En Prusse en 1850 (Les Juifs restant exclus des fonctions publiques).

En Saxe et au Wurtemberg et dans 26 autres. États allemands en 1856.

À Hambourg eu 1861.

À Francfort en 1864.

En Angleterre ils n'ont pu entrer au Parlement qu'en 1858 et les fonctions supérieures ne ont été accessibles qu'en 1860.

En Autriche et en Hongrie en 1867.

Dans toute la confédération de l'Allemagne du Nord en 1869.

En Bavière et dans les autres États allemands en 1871.

En Suisse en 1874.

Chacun de ces États a émancipé ses Juifs an moment qu'il a jugé opportun et lorsqu'il a été certain que cette émancipation ne présentait pas de danger pour le reste de la nation.

Sauf l'Autriche-Hongrie, tous les autres pays ne possédaient qu'un nombre de Juifs insignifiant par rapport an total de'la population.

La population autochtone était, de plus, partout dans une situation matérielle rendant cette mesure sans danger. Partout le commerce, les métiers et l'industrie étaient aux mains des indigènes.

[327] Ce qui se passe en France même prouve combien la Roumanie a eu et a raison de se refuser aux naturalisations en masse.

D'après la loi de 1889, tout individu né dans une colonie française devient Français par ce fait même. À la suite de cette mesure, un grand nombre d'Italien set d'Espagnols habitant les provinces de Constantine et d'Oran sont devenus citoyens français, mais, connue les Juifs établis en Roumanie, ils ne se sont point assimilés aux Français. Et maintenant la presse libérale et républicaine s'émeut du danger que présente pour l'élément français en Algérie la présence en de cet élément étranger par le cœur mais français par les droits. Voici ce qu'on lit dans le Temps du 24 Février 1890:

,,La Question Algérienne. Gravité de la question des naturalisés.

Grave question; la plus grave assurément de toutes les questions algériennes . . . la plus menaçante: la plus difficile à résoudre. Elle est le produit de la loi de 1889 sur les naturalisations appliquée à notre colonie...

...Donc, depuis 1889, par le seul jeu de la loi, auto-matiquemont en quelque sorte, tout individu se trouve naturalisé à sa naissance, s'il appartient aux deux premières catégories et à sa majorité s'il appartient à la troisième...

...Si en passant brusquement de la colonne „Étrangers” dans la colonne „Français”, cea naturalisés contractaient des sentiments d'une affection sincère pour la France, il n'y aurait qu'à se réjouir de cet accroissement de la famille française,

Mais il n'est pas présumable qu'il en soit ainsi pour tous. Les étrangers sont répartis en Algérie par grands groupes, ceux de la province de Constantine sont surtout Italiens, ceux de la province d'Oran sont presque exclusivement Espagnols. Continuant à vivre au milieu de leurs compatriotes d'origine, et à parler leur langue, faut-il s'étonner si le cœur d'une partie des naturalisés ne bat point parfaitement à l'unisson du patriotisme français?

On voit maintenant quelles ont été les conséquences de la loi de 1889...

Dès maintenant les naturalisés sont assez nombreux pour peser d'un poids décisif dans la vie politique du pays. Ils disposent déjà des élections dans plusieurs communes; ils on disposeront promptement dans beaucoup d'autres. Il suffit pour cela de laisser jouer les naturalisations...

Dans la voie où elle est lancée, l'Algérie marche à une situation ou l'élément français sera livré au bon plaisir de l'élément naturalisé et où le loyalisme d'une colonie acquise par 30 années de guerre et d'immenses sacrifices d'hommes et d'argent, reposera sur des fils d'étrangers. En peut-on imaginer de plus angoissante? Et avions nous tort de dire, en commençant, qu'il n'est pas de question plus grave?”

Et M. Jean Lahovary (Op. cit., p. 48) auquel j'emprunte cette citation continue:

„Qu'ajouter à ces paroles:

Peut-on mieux décrire le danger des naturalisations en masse d'éléments non assimilés? El si de patriotiques angoisses viennent assaillir le cœur des Français quand il est question d'une simple colonie, que dirons nous, nous Roumains, lorsqu'on nous demande de livrer à des fils d'étrangers les destinées d'une partie de la patrie, de l'antique domaine d'Etienne-le-Grand? Chose étrange! Le même journal français qui sent si vivement, qui décrit si vigoureusement le danger que court l'Algérie, prend parti contre nous, lorsque nous nous défendons contre le même danger, bien plus redoutable chez nous, il approuve l'initiative de M. Hay et souhaite, sans trop l'espérer, qu'il soit possible de défendre efficacement avec l'art. 44 du Traité de Berlin, les principes fondamentaux de la civilisation moderne. (Le Temps du 30 Septembre 1902). Défendre l'Algérie est bien, défendre la Roumanie, c'est violer les principes de la philosophie moderne.”

Dans une note de la même page. M. Lahovary observe à juste raison: Qu'il y a bien plus d'affinité entre un Espagnol, un Italien et un Français du Midi, tous catholiques, laboureurs et vignerons, qu'entre un Juif polonais commerçant ou trafiquant, et un Roumain, agriculteur avant tout. De plus, en Algérie, les mariages mixtes peuvent en pou de temps amener la fusion des différents éléments ethniques; en Roumanie la différence de religion met obstacle à cette fusion.

[328] J. LAHOVARY. Op. cit., p. 46.

[329] „En Russie, il faut distinguer entre la Pologne (les dis gouvernements de la Vistule), le „territoire” et le reste de l'empire. En Pologne, les Juifs, au nombre de 1 million environ, sont frappés des mêmes incapacités que les autres sujets non orthodoxes (qui composent la grande majorité de la population) mais l'ancienne législation polonaise n'a guère été aggravée.

Cette législation, relativement indulgente, leur permet de s'établir où ils veulent, d'exercer toutes les professions (sauf celle d'avocat); elle les exclut des conseils communaux. Indispensables à la vie économique d'une nation qui n'a pas de classe bourgeoise. les Juifs de Pologne détiennent le commerce et la plupart des métiers; ils sont artisans, colporteurs, fabricants, et débitants d'alcool, prêteurs d'argent. Leur costume, leur langage, leur vie talmudique les distinguent des autres habitants dont ils partagent cependant le sentiment national. Les communautés sont fortement organisées (système du Kahal), la littérature et l'imprimerie hébraïques sont Hérissantes.

Le „territoire juif” est cette partie de la Russie propre dont le séjour est permis aux Israélites par la loi de 1835, plusieurs fois modifiée depuis. Ce territoire se compose de quinze gouvernements, pour la plupart découpés dans les anciennes annexes de la Pologne. Même dans ce territoire, les Juifs ne peuvent pas ha-biter à moins de 50 verstes de la frontière ni hors des villes et bourgades, expression élastique dont le sens officiel a souvent varié. En vertu des lois de Mai 1882 et de divers textes plus ré-cents, les Juifs ne peuvent ni acheter ni louer ni prendre à hypothèque ou môme gérer des immeubles ruraux, il leur est dé-tendu de se livrer au commerce les dimanches et jours de fête chrétiens.

La proportion des élèves des écoles secondaires ou spéciales, dans les universités, est strictement limité et varie de 3 à 10%. Aucun bureau ne doit avoir plus de 10% d'avocats juifs; à Odessa il ne doit y avoir, que 25% de courtiers juifs. Certaines écoles, certaines professions leur sont complètement interdites: les Juifs ont été exclus des fonctions publiques, des compagnies de chemins de fer et de navigation, de toutes les fonctions électives et du droit d'y élire; le service militaire est obligatoire mais les Israélites ne peuvent aspirer à l'épaulette. Le culte, libre on théorie, est soumis à des règlements vexatoires et à des impositions variées: tant pour la viande koscher, tant, pour les bougies du Sabbat, tant pour la calotte de prière.

Par l'effet de cette législation, digne du moyeu âge, plus de 2 millions do Juifs, peut être 3, vivent entassés dans un petit nombre de villes où ils constituent parfois la majorité, ordinairement le tiers ou la moitié de la population. C'est un immense ghetto où ils s'étiolent et succombent à la tâche dont ils se contentent (il y a 300000 artisans juifs dans le territoire).

Dans les juiveries de Vilna, de Berditchev, d'Odessa, la plu-part des habitations sont des masures où l'encombrement est effroyable, le dénuement profond, le typhus endémique. Néanmoins cette malheureuse population, pour qui le pain quotidien est un problème continuel, ne cesse de s'accroître par la fécondité naturelle à la misère et le refoulement des Juifs chassés des autres provinces de l'Empire; l'émigration en Roumanie, en Occident, en Turquie, en Amérique (États-Unis, République Argentine, colonies de Hirsch), quelques proportions qu'elle ait prises depuis quelques années (50000 têtes par an) est tout-à-fait insuffisante pour faire de l'air dans cette vaste et misérable fourmilière.

En dehors du territoire, le séjour de l'Empire russe n'est permis qu'a un petit nombre de catégories de Juifs privilégiés. Ce sont notamment les diplômes académiques, les citoyens héréditaires ou honoraires, les marchands de la première guilde, les artisans habiles (autre terme élastique fécond en controverses), les colons des colonies agricoles, les sages-femmes, les filles publiques (!), les Caraïtes. A ces privilèges légaux s'étaient ajoutés dans la suite du temps et par l'effet de tolérances administratives quantité de familles non autorisées, débordant hors du territoire surpeuplé: on évaluait le nombre total des Juifs habitant hors du territoire à un demi-million. L'exécution rigoureuse des lois de 1882 a fortement diminué ce nombre, en particulier les villes saintes, Kiev, Moscou, ont été purgées de leur population juive, mais l'application complète de ce système de refoulement serait une entreprise aussi chimérique que barbare.

En général, la situation légale des Juifs russes, régie par une quantité de lois, d'ukases de circulaires etc., non abrogés et contradictoires, est, sur bien des points, obscure et mal définie, cette incertitude de la législation favorise l'arbitraire administratif la vénalité des fonctionnaires de tous ordres qui exploitent odieusement le Juif tout en exigeant de lui les marques extérieures de respect sons peine d'amende; le Juif est, comme on l'a dit, le serf de la police. Une population aussi misérable, aussi opprimée, ne saurait être ni très-éclairée, ni offrir une haute moralité; le Juif russe est cependant loin d'être aussi dégradé que le fait croire au premier abord son aspect minable, son jargon, son attachement aux vieux usages, aux vieilles modes. Il n'est ni ivrogne, ni débauché, ni malfaiteur; sa fidélité héroïque à sa religion (même aux époques de persécution aigne le nombre des convertis ne dé-passe pas 1200 à 1300 par an) est son honneur et son soutien moral. Les reproches si variés adressés aux Juifs par l'antisémitisme officiel — usuriers, cabaretiers, empoisonneurs, fripons, accapareurs, mauvais soldats, parasites, inaptes à l'agriculture, révolutionnaires, particularistes, ignorants, malpropres, — sont pour la plupart mal fondés, exagérés.” (Théodore REINACH, dans la Grande Encyclopédie à l'article Juifs, XXI, p. 276).

Il est bien entendu que, si je cite ce tableau de la situation des Juifs en Russie, faite par un Juif, je ne m'associe nullement aux jugements portés par lui sur les autorités russes et les motifs qui oui dicté les mesures incriminées. Nous autres Roumains des nous avons des raisons pour n'accepter ce que les Juifs disent, sur le compte des gouvernements qui se défendent contre eux, que sous bénéfice d'inventaire.

Je ferai de plus observer que les accusations portées contre les autorités russes ne sont guère qu'une répétition de celles qu'ils mettent à la charge du gouvernement roumain.

[330] D'après des nouvelles de source officielle le nombre des Juifs: hommes, femmes et enfants, tués ou blessés lors des derniers troubles de Kicheneff, à été de près de cinq cents. Des cruautés inouïes ont été commises, des yeux ont été arrachés, des langues coupées et pourtant, M. Hay n'intervient pas eu faveur des Juifs de Russie, le rabbin Krauskopf n'exige pas que les États-Unis déclarent la guerre au Tzar!

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