Site designed and created by Razvan Paraianu.
© Created in January 2001, Last revised: June 02, 2001

Radu Roseti

La Roumanie et les Juifs (1903)

 

 

 

 

 

 

SOURCE OF MATERIAL

Radu Rosetti. La Roumanie et les Juifs, Bucharest: Socecu, 1903.

NOTES

 

CONTENT

Préface   III

Introduction          VII

 

 

Next

 

 


PRÉFACE 

INTRODUCTION  

CHAPITRE 1 Quand et comment les Juifs vinrent s'établir en Roumanie.

CHAPITRE II Qu'étaient les Juifs qui s'établirent en Moldavie et comment ils y furent reçus.

CHAPITRE III. Action économique des Juifs en Roumanie jusqu'en 1859.

CHAPITRE IV. Genèse de la question juive en Roumanie. „L'ère des persécutions brutales” 1856—1879.

CHAPITRE V. Le Traité de Berlin. Mesures prises par le gouvernement roumain pour relever l'état matériel du paysan et pour encourager le commerce et l'industrie. ,,L'ère des persécutions légales 1879 -1900.” 

CHAPITRE VI. Dernière phase de la question juive. Campagne des Juifs contre le crédit de la Roumanie. Les émigrations. Sincerus. La loi pour l'organisation des métiers. Bernard Lazare. Le Dr. Hugo Ganz. La note américaine.

CHAPITRE VII. État moral des Juifs en Roumanie; leur action morale sur les Roumains. Etat économique actuel des Juifs. Véritables causes de l'émigration des Juifs.

CHAPITRE VIII. Les Juifs en Bucovine. Quelques mots sur la Galicie Orientale.

CHAPITRE IX. Résumé de la question. Le Sionisme. Les Juifs de Russie. Conclusion.

APPENDICE 



PRÉFACE

J'avais l'intention de publier, sur les Juifs de Roumanie, une monographie complète, contenant aussi bien leur courte histoire dans le pays que la description détaillée de leur caractère, de leurs mœurs, de leurs usages ainsi que l'exposition complète de leur activité morale et économique. Ce travail devait être appuyé sur de nombreuses pièces justificatives: documents de la première moitié du siècle passé, contrats, jugements, lettres, etc., et contenir un grand nombre d'illustrations.

Un pareil travail exigeait un temps considérable et demandait le concours de collaborateurs intelligents et actifs.

J'avais réussi à en réunir plusieurs et j'étais occupé a préparer le plan du travail lorsque les inqualifiables inventions du Roumanian Bulletin et la note du secrétaire Ilay me décidèrent à une action moins complète mais plus prompte.

Sachant où trouver, d'une part, les données me permettant d'établir le caractère de nouveaux venus, d'intrus des Juifs et, de l'autre, les données statistiques nécessaires pour mettre en lumière leur situation actuelle, possédant sur les Juifs de la Bucovine le précieux travail du Dr. Polek, je résolus de faire avec le matériel dont je disposais un exposé de la: Question juive en Roumanie.

C'est cet exposé que je présente aujourd'hui au public. Il est loin d'être aussi complet que celui que je comptais Faire, mais je crois qu'il est suffisant pour donner une idée claire et juste de la question. La hâte avec laquelle il a été fait servira, j'espère, d'excuse pour bien des imperfections. Le peu de temps que j'ai pu consacrer à la correction des épreuves, joint aux difficultés inhérentes à toute publication faite dans une langue inconnue aux compositeurs, expliquera la présence des nombreuses fautes d'impression que le lecteur ne manquera pas de constater. J'ai du, dans l'errata, me borner à n'indiquer que les erreurs de chiffres et celles qui dénaturaient le sens du texte.

On trouvera dans l'appendice deux tableaux dont les chiffres me sont parvenus trop tard pour leur permettre de trouver place dans les chapitres respectifs.

Je tiens à déclarer ici que tous les chiffres donnes par moi sont pris sur les originaux des actes officiels ou bien m'ont été fournis par les différents Ministères: leur authenticité peut être contrôlée et établie à n'importe quoi moment.

S'il m'a semblé utile de ne pas laisser plus longtemps l'opinion publique sous l'impression des calomnies répandues par les Juifs et si je crois que mon livre contribuera à prouver leur inanité, je n'en reste pas moins persuadé que la publication d'un travail tel que je l'avais primitivement conçu offrirait un grand intérêt et serait d'une incontestable utilité pour la question.

Les archives de nos administrations et de nos tribunaux contiennent une foule d'actes dont la publication constituerait, contre les Juifs, un réquisitoire écrasant, devant lequel force leur serait de baisser la tête et de ne plus fatiguer, de longtemps, les cabinets et le public des deux inondes de leurs prétentions.

Cette publication serait chose facile: II suffirait de la bonne volonté de quelques professeurs et magistrats pour choisir et copier les actes les plus intéressants. Il ne manque pas en province, Dieu merci, de jeunes gens instruits dont les loisirs pourraient être employés à ce travail.

Il serait, aussi, à désirer que les services statistiques des différents Ministères missent un soin tout particulier à se faire envoyer, par les autorités subordonnées, toutes les donnés relatives aux Juifs pouvant être rassemblées par elles. Ces données une fois arrivées à Bucarest, devraient être soigneusement contrôlées, centralisées et publiées. On répond souvent par un chiffre mieux que par des volumes d'arguments.

Ce livre m'a conté beaucoup de peine et de travail, mais personne ne sait mieux que moi qu'il ne peut et ne doit être considéré que comme un commencement dans la voie qu'a d'abord tracée M. Jean Lahovary par la publication de son excellente brochure: La Question Israélite en Roumanie. Nul ne serait plus heureux que moi de pouvoir lire bientôt quelque chose de mieux et de plus complet que le présent ouvrage.

Bucarest, 2/15 Mai 1903.



INTRODUCTION

Quiconque possède une connaissance, même succincte de l'histoire de la Roumanie, sait que ce pays a passé par plus d'épreuves qu'aucun autre en Europe.

Pendant mille ans il eut à subir le flot continuel, sans cesse renouvelé des invasions barbares. Huns, Goths, Vandales, Slaves, Avares, Bulgares, Hongrois, Cumans, Petchénègues et Tartares, le dévastèrent successivement.

Dès leur fondation, les Principautés de Moldavie et de Valachie eurent à soutenir, pour défendre leur indépendance, des luttes acharnées contre les puissants royaumes de Pologne et de Hongrie qui voulaient les soumettre à tout prix. Dans l'intervalle de ces guerres, souvent en même temps, les Roumains avaient à faire face aux fréquentes invasions de leurs terribles voisins de l'Est: les Tartares. On peut dire que tous les trois ans le pays était mis à feu à sang.

Bientôt survint un nouvel ennemi, plus puissant, plus terrible que les autres : les Turcs. Après une lutte, courte en Valachie, plus longue en Moldavie, après avoir été plusieurs fois dévastées, les deux Principautés se virent forcées de se courber sous le joug ottoman, de reconnaître la suzeraineté du Sultan et de lui payer un tribut, espérant par ce sacrifice sauver leur intégrité territoriale et leur autonomie et pouvoir vivre en paix sous une protection puissante.

Leur autonomie s'en alla lambeau par lambeau, une partie de leur territoire fut aliénée par la Porte. Elles furent fréquemment, le théâtre des guerres qui éclatèrent entre les Turcs, les Polonais, les Russes, les Autrichiens. Chaque fois les Principautés étaient affreusement dévastées, les Tartares enlevaient souvent des milliers de captifs.

En temps de paix, le peuple de ces pays n'était guère plus heureux qu'en temps de guerre. Dès le dix-septième siècle, ce qu'on persistait à appeler les trônes de Moldavie et de Valachie, étaient à celui qui en offrait le prix le plus élevé aux vizirs et à leurs favoris: c'était une véritable mise aux enchères. L'acquéreur était presque toujours un étranger, pour la plupart du temps un Grec du Phanar, ignorant jusqu'à la langue du pays. Sachant par l'exemple de ses prédécesseurs combien son règne devait être éphémère, il n'épargnait aucun moyen d'exaction pour rentrer dans ses frais, mettre de côté afin de vivre largement après sa déposition et conserver, par de nombreux présents, la bienveillance de ses protecteurs à Constantinople.

Le peuple était littéralement mis en coupe réglée. De plus, pour se concilier les grands et ne pas leur donner le prétexte d'intriguer à Constantinople en vue de leur déposition, ces princes éphémères toléraient tous leurs abus.

Cette succession de calamités, loin de diminuer l'attachement de la nation au sol du pays sur lequel elle se trouvait, ne fit que le stimuler. La nationalité roumaine est sortie intacte de toutes ces éprouves.

Quand il lui fut donné de connaître des temps plus calmes, le peuple roumain affirma sa vitalité et son droit de figurer parmi les nations européennes par les progrès rapides qu'il réalisa dans toutes les branches, par la sagesse de sa conduite politique et la volonté persévérante avec laquelle il sut triompher de tous les obstacles qui s'opposaient à l'union des deux Principautés sœurs et obtenir ce Prince étranger qui devait, enfin, lui donner la stabilité.

De même, quand le moment fut venu de secouer les chaînes du vasselage et de cimenter l'indépendance du pays avec leur sang, les Roumains, qui depuis des siècles n'avaient plus porté les armes surent, par la vaillance qu'ils déployèrent et par les qualités militaires dont ils firent preuve, mériter le respect do l'Europe.

Depuis sa fondation, le jeune Royaume de Roumanie a été, en Orient, un élément d'ordre et de progrès, sa politique un modèle de sagesse pour les nationalités voisines.

On ne saurait donc, sous aucun prétexte, contester à la nation roumaine le droit de considérer comme sa propriété exclusive le sol sur lequel, pendant plus de quinze cents ans, elle a supporté tant d'épreuves, sur lequel elle a, depuis un temps si court, réalisé tant de progrès.

Elle a le droit de veiller avec un soin jaloux au maintien de sa nationalité conservée au prix de tant de souffrances. S'il a toujours été dans ses traditions de pratiquer envers les étrangers venus sur son sol l'hospitalité la plus large, elle a le devoir impérieux de ne laisser aucun élément hétérogène usurper dans son sein une place trop considérable, de nature à nuire au bien-être de ses enfants et à mettre en danger leur avenir économique et national. Des étrangers absents aux heures d'épreuves, dont jamais ni le sang ni la sueur n'ont abreuvé le sol roumain, doivent se contenter, en Roumanie, de l'hospitalité généreuse qu'ils y trouvent: c'est aux Roumains, seuls, qu'il appartient de décider jusqu'où cette hospitalité doit aller.

Une partie considérable des étrangers jouissant des bienfaits de l'hospitalité roumaine ont élevé la prétention d'être, non des étrangers mais des indigènes établis depuis des générations en Roumanie et y ayant, par conséquent, le droit de cité qui leur serait injustement contesté. L'objet du présent livre est de montrer ce qu'il faut penser de cette prétention.


1