
liens
vers :
Le site
anglais de la Fondation Bannister
Le site canadien de la
Coalition Canadienne Contre la Peine de Mort
Le site
allemand de Petra Richter (1)
Le site
allemand de Petra Richter (2)
Le site
très actualisé de Rick Halperin
Le site d'Amnesty
International
Le site des Familles de Victimes
pour une Réconciliation
Le site de
"Lamp of Hope"
Le site
Suisse alémanique de Walter Giger
Le site de
Nanon Williams en anglais pour l'instant
lisez la campagne que nous lançons,
avec l'aide de la mère de Nanon, pour l'aider à obtenir
un second procès
NOTE: ce
site ouvre sur le site du Révérend René Mulkey (emails
possible pour les prisonniers)
Le site
excellent et très informé (mais en anglais) de Richard
Dieter
Le site
d'ABC News sur l'actualité de la peine de mort aux USA
(en anglais)
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Stop Barbarie |
 |
...STOP DEATH PENALTY !!! |
RICK HALPERIN

UNE EXECUTION
par
Rick Halperin, Texas.
Mes
amis,
Ce mercredi 29 avril 1998, jai assisté à
lexécution de Franck Mc Farland à Huntsville. Ce
qui suit est une sorte de tentative pour vous transmettre
le difficile message de ce que jai vu et dont
jai fait la rude expérience.
*****
Laissez-moi vous rappeler dabord que Franck Mc
Farland a été condamné à mort pour lassassinat
de Terri Lynn Hokanson le 1er février 1988. Avant de
mourir, elle a déclaré à la police quelle avait
été violée et poignardée par deux hommes.
Lorsqu'il a été condamné à mort, Franck avait 24 ans.
Cest lui, le premier, qui ma écrit, et notre
correspondance na pas cessé. Il maintenait et a
toujours maintenu être innocent.
Quand nous avons constaté que la date de son exécution
avait été fixée et quelle risquait fort
dêtre sérieuse, Franck a demandé à me voir avec
sa soeur, Dawn.
*****
Lorsque nous nous sommes rencontrés, le samedi qui
précédait son exécution, nous avons pu parler quatre
heures durant. Nous avons parlé de tout, mais ce qui
ma le plus
marqué, cétait sa façon de dire je suis
prêt à mourir, ce sera un soulagement que de quitter
ces dix années de Couloir de la Mort. Il ma
alors parlé des sévices réguliers dont souffrent les
prisonniers: Une torture, répétait-il.
Comme exemple, il ma simplement raconté la
visite, un jour, de membres de sa familles et son retour,
après, dans sa cellule pour découvrir que des gardiens
y étaient entrés et avaient détruit jusquau plus
petit objet personnel quil pouvait avoir. Il
ma également dit quil était courant
dêtre attaché pendant que 5 ou 6 gardiens vous
assommaient de coups: Ils nous regardent comme des
animaux, mais agissent de façon plus cruelle que si nous
étions des bêtes.. Si je suis exécuté mercredi, ce
sera pour moi un voyage de retour vers ma maison , vers
la terre de mes ancêtres; ce sera aussi: partir
dici.
Cest alors quil ma demandé
dêtre là, derrière la vitre, mercredi. Il ne
voulait pas dassistance morale: il voulait que sa
mort serve, quon la raconte, quon en discute.
Franck voulait devenir un instrument
déducation des hommes.
A 21h30, les gardiens sont venus nous dire que
lentretien était terminé. Franck a alors demandé
à sa soeur, enceinte de six mois, de ne pas assister à
lexécution. Je lui ai souhaité une grâce, une
suspension dexécution. Mais jai également
précisé que si rien ne se passait pour entraver le
cours de la justice, alors je le verrai
mercredi soir.
Rien ne vînt empêcher la mort de faire son travail,
alors jai suivi les conseils de Dawn qui me
demandait dêtre à Huntsville ce mercredi vers 15
heures pour rencontrer laumonier de la prison.
*****
Comme il faisait beau à Dallas, ce mercredi matin 29
avril 1998! Javais des pensées printanières, mais
sur la route je savais que jallais au-devant
dun homme qui allait mourir sous mes yeux.
Je suis arrivé à lheure dite à Huntsville et me
suis rendu dans un motel tout proche de la prison où
jai rencontré la mère de Franck, Diana, son
assistante spirituelle, Camille, qui venait de Houston,
deux aumôniers, un homme et une femme. Pendant une heure
laumônier-lhomme- nous a prévenu de tout ce
qui allait se passer. Plieurs fois il a demandé à Diana
si elle était émotionnellement capable dendurer
ce spectacle: la mise à mort de son fils.
Oui, je suis prête, sest-elle
contenté de répondre.
Diana ma prise à part pour me témoigner son
aigreur et sa fureur: un procès bâclé et une telle
sentence. Mais sans argent, quels recours trouver? Elle
était persuadée de linnocence de son fils et
particulièrement blessée que son mari ait, au dernier
moment, refusé de venir. Elle ma aussi fait part
dune autre blessure: elle était croyante et se
rendait
régulièrement à son église baptiste. Dès que la
condamnation de son fils avait été connue, plus
personne de la congrégation, le pasteur inclus, ne lui
avait adressé la parole ou cherché à la
réconforter. Pendant dix ans, nous avons été des
lépreux. Mais qui sont ces prétendus Chrétiens?
mat-elle demandé sans me parler vraiment.
Vers 4h15, nous avons rejoint Walls Unit et nous sommes
restés dans une large pièce, Diana, ses trois soeurs,
Dawn et lautre soeur de Franck, Theresa. Il y avait
aussi deux membres de léglise de Houston à
laquelle appartenait Camille. On parlait de tout et de
rien;
quelquun a dit que Franck avait demandé -et
obtenu-la permission découter une cassette de
musique typiquement écossaise, à base de conemuse.
*****
A 17h, quatre membres du personnel pénitentiaire -trois
hommes, une femme sont venus escorter les trois témoins.
Nous sommes entrés dans des chambres séparées pour
être fouillés. Jai personnellement été fouillé
par un gardien pendant quun autre saffairait
sur mon portefeuille. Javais déjà donné mes
photos didentité, mais on ne ma jamais dit
ce que lon cherchait.
A 17h15, nous sommes revenus dans la grande pièce avec
linterdiction absolue de parler ou dentrer en
contact physique avec les autres personnes. Nous sommes
restés au bout de la pièce et un gardien nous a dit
quil soccuperait personnellement de nous.
A 17h50, trois gardiens ont demandé aux témoins de les
suivre. Cétait très difficile de quitter les
autres membres de la famille de Franck sans pouvoir leur
dire un mot. Diana a envoyé un baiser à Theresa et Dawn
et nous sommes partis pour pénétrer dans une autre aile
de la prison. La pièce était immense et on nous a
demandé de nous asseoir sur une sorte de canapé. Nous y
sommes restés 17 minutes sans nous parler -sauf Camille
qui ma dit que
cétait sa seconde assistance spirituelle et
ma demandé si javais déjà été témoin
dune exécution; jai bien sûr répondu
non- pendant que 6 membres du personnel
pénitentiaire, deux gardiens et un reporter de
lagence Associated Press étaient debout dans un
autre recoin.
Alors un homme est entré, a dit: cest
lheure, suivez-moi. Nous avons quitté la
grande pièce, longé un couloir. Il faisait toujours
très beau, très chaud. Nous avons longé de larges
barrières avec un triple rail de barbelés sur nos
têtes et deux gardiens à lentrée de la
pièce où nous devions aller.
*****
Voilà. Nous étions dans la salle des témoins. Ma
première impression fut que cétait très étroit
pour chaque personne. Se trouvaient là les trois
témoins, cinq journalistes de presse écrite, la femme
aumônier et quatre membres du personnel pénitentiaire.
Les témoins se sont
levés pour aller jusquà la vitre. Jétais
à gauche avec Diana à mes côtés qui avait, elle,
Camille à ses côtés.
Franck était sanglé à son lit de mort, le visage
tourné à droite, nous regardant comme nous entrions. Il
ny avait pas de membres de la famille de la victime
avec nous. (Ils étaient sûrement dans leur salle, à
part, ne souhaitant aucun contact avec nous.)
Franck nous a sourit brièvement. Il était vêtu
dune combinaison pantalon dune seule pièce
de ce bleu commun aux tenues des prisons. Il portait des
chaussettes blanches et ses Reebock préférées. Chaque
cheville était entravée. Ses tibias étaient également
enserrés dans des bandeaux de cuir; un autre bandeau
entourait ses cuisses, un autre encore sanglait sa taille
puis un dernier, sa poitrine. Il était on ne peut plus
attaché au chevalet. De la bande Velpeau entourait
chacune de ses mains, aussi ne pouvions-nous voir ni ses
mains ni ses doigts.
Laumônier nous avait bien décrit ce que nous
avions sous les yeux, mais il navait pas dit pour
quelles raisons les autorités de la prison se livraient
à une telle mise en scène.
Car, oui, cette apparition était des plus étranges.
La Chambre de la Mort était, en elle-même, assez
étroite. Sil ny avait pas eu de vitre à
notre fenêtre, il paraissait possible de passer
aisément de lautre côté et toucher le bras droit
de Franck.
Une seringue était plantée dans ses deux avant-bras et
les branchements par
lesquels parviendraient les différents toxiques étaient
totalement visibles. Sous sa tête, une serviette pliée
en trois lui servait doreiller.
Le chapelain était aux pieds de la table. Il regardait
le sol. Il na jamais regardé Franck ni
nimporte lequel dentre nous. Le directeur de
la prison était, lui, de lautre côté, près de
la tête de Franck, mais lui non plus na rien
regardé sauf le sol. Un imposant micro est descendu du
plafonnier pour se bloquer à quelques centimètres de la
bouche de Patrick.
Tout était calme, aussi bien dans la salle des témoins
que dans la Chambre de la Mort. Franck a fermé les yeux
et tourné sa tête de lautre côté de notre vite
afin dêtre le plus près possible du micro. Le
directeur lui a alors dit: Faites vos dernières
déclarations, si vous en
avez.
Le directeur maintenait son regard rivé au sol, et cela
métonnait, oui cela métonnait, moi, que le
directeur naît pas encore regardé le condamné,
lêtre humain qui nétait quà quelques
centimètres de lui. Dans sa déclaration finale, Franck,
les yeux toujours fermés, a de
nouveau clamé son innocence, ajoutant: Je ne dois
aucune excuse pour un crime que je nai pas commis.
Ceux qui ont menti et fabriqué des preuves contre moi
auront à répondre de ce quils ont fait. Jen
appelle aux âmes de mes ancêtres, à ma terre, à la
mer, aux cieux: quils
mouvrent un chemin et je leur jure maintenant: je
rentre à la maison.
Il a terminé en chantant Loch sloy, un chant
de guerre du clan Mc Farland en Ecosse. Immédiatement
après, sa mère a dit à voix très haute: Je
taime, et sa conseillère spirituelle a,
alors répété avec la même force: Loch
sloy.
Les techniciens-médecins qui devait commencer la
procédure avaient reçu linstruction de démarrer
le protocole après sa dernière phrase: Loch
sloy.
Dans les deux salles, le même silence. Jai pu voir
la poitrine de Franck se soulever et retomber un petit
nombre de fois; ses yeux étaient restés clos
lorsquil avait tourné sa tête de lautre
côté de la salle des témoins.
En très peu de temps, il a eu lair de dormir
dun profond sommeil quand, soudain, une longue
exhalation est sortie de lui, le faisant
tousser/gargouiller. Sa poitrine a cessé de bouger, et
il est resté étendu parfaitement calme sur cette table
en croix, bien arrimé à cette
table, les yeux clos et sans plus aucune expression sur
le visage.
Le directeur et laumônier continuaient de lorgner
le sol, sans donner limpression quils
étaient conscients que Franck était là.
Cette scène sest figée dans un temps éternel, et
quatre minutes sont peut-être passées. Personne, dans
notre pièce, navait prononcé une parole.
Puis la mère de Franck, qui se tenait à mes côtés, a
dit, regardant toujours à travers la vitre son enfant à
présent mort: Il a lair en paix. Il est
mieux là où il est. Sa conseillère sprituelle a
dit alors: Ses souffrances sont finies. Je
demeurais là dans un silence absolu, aussi choqué
quincrédule devant ce que je navais fait
quentrevoir. Je ne pouvais tout simplement pas
croire à ce que je venais de voir.
Enfin, après 4 minutes, un technicien-médecin est
entré dans la Chambre et sest placé près de la
main droite dun mort appelé Franck. Il a sorti une
petite lampe de poche, a ouvert les deux yeux de Franck,
regardant au plus profond de chacun des deux? Puis il a
posé sa main là où se trouve la carotide, cherchant le
pouls. Enfin, il a placé son stéthoscope sur le coeur
de Franck, sest penché sur son corps écoutant
avec attention sil entendait le moindre
battement.
Il sest redressé dun coup, sest
penché vers le micro et a dit: Déclaré mort à
18h27. Déclaré mort à 18h27. Puis il sest
éloigné du corps, vers le haut de la table, vers le
directeur qui, lui-même sapprochait à présent du
micro. Cétait la première fois quil ne
regardait plus le sol. Le directeur a jeté un oeil vers
la salle des témoins et a répété les mots du
médecin:
Déclaré mort à 18h27.
Le technicien-médecin est alors sorti de la Chambre.
La mère de Franck, sa conseillère spirituelle et
moi-même regardions toujours le corps de Franck étendu
sur cette table de mort quand un membre du personnel
pénitentiaire, derrière nous, a dit: Sil
vous plaît, mesdames et messieurs les témoins,
pourriez-vous me
suivre ? Les reporters sont sortis en premier,
suivis par Camille, la mère de Franck et moi-même. Je
me suis retourné une dernière minute pour regarder le
corps de Franck étendu
sur cette table avant de quitter la salle des témoins.
Je n'avais plus envie de voir ni laumônier ni le
directeur et je ne savais pas sils avaient quitté
eux aussi la Chambre de la Mort.
La dernière image que jemportais fut celle de
Franck attaché à une planche en croix au milieu
dune petite pièce, des seringues et des tubes dans
les bras, une expression de paix sur le visage.
*****
Puis nous sommes revenus sur nos pas, à travers les
pièces où nous avions attendu plus tôt, puis dans le
building principal de Walls Unit, marchant vers
lautre pièce où les autres membres de la famille
attendaient notre retour. Personne na dit un seul
mot. La mère de Franck était totalement calme, sans
pleurs apparentes.
Au moment où je pénétrais dans cette salle
dattente avec les membres de la famille et ceux de
lEglise, jai pu voir tout le monde assis
calmement autour dune large table. La pièce était
silencieuse, mais à la seconde même où nous avons
franchi le seuil de la pièce, quelquun sest
mis à pleurer. Dawn était debout dun côté de la
table, seule. Il était visible quelle avait
pleuré avant notre arrivée mais elle sest
immédiatement effondrée dans de profonds sanglots comme
nous avancions.
La mère de Franck a couru vers elle, mais a dit à tout
le monde dune voix forte: Franck na pas
souffert. Il est parti en paix. Rendons grace pour
cela.
Tout le monde se blottissait lun contre
lautre, certains pleuraient, dautres ne
disaient rien et tous étaient profondément frappés par
ce quils avaient juste entrevu. Cétait une
scène dune intense douleur, intense. Les trois
soeurs de Diana se sont efforcées de réconforter
Theresa et Dawn. Il était évident que les deux soeurs
de Franck étaient dans un état de profonde commotion et
terriblement angoissées à cause de lannonce de sa
mort. Puis un officier du personnel pénitentiaire est
entré et nous a informé que des journalistes
désiraient
savoir si la famille désirait faire une déclaration.
Diana Mc Farland avait déclaré avant lexécution
quelle ne parlerait quau reporter de
lagence Associatif Press.
Lhomme est entré, a tenu à faire ses
condoléances à Diana. Elle lui a alors lu une
déclaration préécrite, où elle disait à un moment
que Franck avait payé le prix le plus élevé pour
une faute non commise, ajoutant: Franck est
en paix et la famille va sortir de là plus forte.
Elle lui a parlé pendant à peu près 10 minutes, puis a
rejoint les autres membres de la famille dans leur
douleur. Jai demandé au reporter combien à
dexécutions il avait assisté et il ma
répondu:..environ 100. Alors je lui ai
demandé si, au-delà dassister à ces exécutions
pour son métier, ça n'avait pas fini par l'ennuyer en
tant quêtre humain..Il a juste souri, na pas
répondu.
*****
Vers 19h, la famille Mc Farland a décidé de se retirer
dans leurs hôtels, minvitant à les
accompagner. Mais jai senti quils avaient
besoin de temps pour et à eux. A eux seuls, et je suis
reparti pour un long trajet vers Dallas la nuit-même.
Nous sommes tous sortis, et il faisait encore beau et
chaud et les autorités de la prison que nous avons
croisées ne nous ont rien dit. Nous nous sommes
étreints et avons regagné nos voitures pour nos
destinations respectives.
Pour moi, cétait un sombre chemin vers Dallas.
Toute la cérémonie mest revenue, et
cétait de la boue, et je lavais vu.
Très tard ce soir-là, en rentrant dans mon bureau, la
première chose sur laquelle je suis tombé était une
brève qui disait que la Cour Suprême avait
réprimandé certains membres de la Cour dAppel
pour avoir retardé les exécutions. Une note du
président de la Haute Cour de
Justice, William Rehnquist, stipulait: Ces membres
de la Cour dAppel ont escroqué les victimes du
crime en retardant les exécutions.
Anthony Kennedy, cet homme de Justice, était
connu pour avoir noté: A un certain moment,
lEtat doit avoir la possibilité dexercer
souverainement son pouvoir pour punir les condamnés.
Cest seulement avec la fin véritable que les
victimes du crime peuvent quitter
leur malheur, sachant que le jugement, la morale, seront
appliqués.
Je venais de voir lEtat mettre à mort un homme
juste trois heures auparavant. Jai contemplé
longuement les notes de la Haute Cour de Justice et
soudain jai compris pourquoi nous étions si
nombreux à nous battre.
*****
Maintenant je peux affirmer sans équivoque aucune que ce
dont jai été le témoin est lune des 2 ou 3
plus horribles choses que jai jamais vues.
Cétait un processus entièrement dénué de toute
notion de civilisation. Rien nétait humain. Rien
ne pouvait sapparenter à ce que lon nomme la
justice.
Je savais dans mon esprit et mon coeur que javais
été le témoin du diable. Et jétais sincèrement
stupéfié par la totale déshumanisation du processus de
mise à mort. Et cela par rapport au condamné, à sa
famille, à ses amis. Aucun officiel na
jamais tenu compte de la présence réelle de Franck dans
la Chambre, et les gardiens, à mon avis, ont fait leur
boulot comme des robots. Les membres de la famille
devaient composer avec ce vide: faire du mieux
quils pouvaient. Avec, quand même, cette
recommandation dun membre du personnel de la
prison: Faites de votre mieux pour cacher vos
émotions.
Le processus en lui-même avait peu à voir avec la
culpabilité ou linnocence; avec la justice ou la
simple honnêteté.
Cela avait tout de lextermination décrétée
dun individu dont lEtat a dit depuis
longtemps que sa vie ne valait pas la peine
dêtre vécue.
Franck McFarland est mort avec dignité et courage face
à cette terreur dEtat. Au moment où le poison est
entré dans ses veines, peu importait quil soit
coupable ou innocent. Lacte jette un voile noir sur
toute notion dhumanité pendant que cela se passe.
Il nexiste aucune, absolument aucune façon
dêtre préparé intellectuellement pour ce que
lon voit et dont on fait lexpérience. Il est
à vrai dire incroyable dêtre littéralement à
quelques mètres seulement dun être humain sans
défense dont lEtat a prémédité
lextermination. Et comme cest neutre, mou,
inconsistant et doux de dire quil sagit de la
peine capitale. Cest pire.
Il sagit dannihiler quelquun. Il
sagit dun processus dextermination qui
laisse chacun anesthésié, malade, sans ressource,
moralement enragé. Le processus de la destruction
dun homme est à proprement parler impalpable dans
sa façon méthodique de nêtre quun
travail.
Les Abolitionnistes devraient venir saisir cela,
quils le fassent pour eux-mêmes ou non, afin de
flasher la brutale réalité de cette horreur absolue, le
pouvoir dun côté, linfamie de lautre.
Je demeure étonné et révolté de savoir que certains
hommes politiques, juges ou autres (principalement ceux
qui ont des postes de pouvoir) aimeraient que nous
puissions nous accorder sur le fait que cet acte est ce
que nous pouvons faire de mieux: cest une vision
terriblement triste et pathétique de toute spiritualité
humaine . A nous, abolitionnistes du monde entier, cette
vision devrait nous servir à la fois de signal
dalerte et de catalyseur pour nous consacrer deux
fois plus à notre lutte avec un regain de force, de
ferveur afin dbattre ce fléau aussi vite que
possible.
Rick
Halperin
Amnesty International;
TCADP
VOUS ETES LE VISITEUR N°

Dernière mise à jour: 3 Février 2000
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