Quelques conseils pour aborder un texte isolé.

"L'esprit" de ce type d'exercice

Il s'agit de prouver que l'on sait "lire", ni plus, ni moins. Mais en consultant un dictionnaire ou en réfléchissant, vous constaterez que "lire" signifie aussi bien déchiffrer littéralement que comprendre : là est la première difficulté, car ces deux significations de "lire" ne sont pas séparées dans la pratique.
 

La lecture "orale"

Déchiffrer un texte n'est pas trop difficile quand il s'agit seulement d'en donner une transcription orale (la lecture à haute voix). Avec un peu de pratique et de virtuosité, on peut même parvenir à "bien lire" (rendre vivant) un texte qu'on ne comprend pas parfaitement... Mais lorsqu'on le comprend bien, l'intonation est plus "intelligente" et propose déjà une interprétation à l'auditeur. La même phrase, si elle est ironique ou non, ne se dit pas sur le même ton. C'est un procédé que chacun utilise quotidiennement (sans en avoir conscience, et le cours de français tente de vous rendre consciente -et plus riche- votre pratique langagière). Soit un exemple que j'ai vécu comme lycéen : un camarade "sèche un cours" et se fait porter pâle : la façon de dire à vos camardaes "il est malade" laissera comprendre que c'est vrai ou "diplomatique" (comme on le dit si bien dans les journaux). "Mettre le ton", sera donc, pour un poème notamment, en faire ressentir l'émotion, mais ausi en connaître l'accentuation, le rythme, etc...

Il y a à cela une petite raison historique : jusqu'au XIXe siècle, les textes que l'on vous fait étudier étaient lus en public, dans le cadre d'un salon, d'un café, ou d'autres groupes (la Cour, partiellement au moins, aux XVIIe et XVIIIe siècles). Le lecteur devait faire vivre assez bien le texte pour que les auditeurs puissent en juger ensuite (et cela ne concernait pas que les pièces de théâtre ou la poésie). C'est à partir de "Notre-Dame de Paris", de Victor Hugo, sous-titré "roman sorti d'un encrier" que l'on commence à voir, peu à peu, des oeuvres écrites et publiées sans l'épreuve de le lecture à un public (voire publique), mais Flaubert fait subir à ses pages l'épreuve du "gueuloir", et la musicalité des poèmes de Verlaine suppose leur lecture à haute voix, ne serait-ce que par l'auteur lui-même.

L'interprétation

Il faut avant tout se rappeler qu'il a existé une "science" (au sens ancien d'ensemble de connaissances) nommée l'herméneutique. Car le texte le plus lu fut longtemps la Bible, dans toutes les paroisses de France. Savoir l'interpréter était le résultat de la lecture du prêtre et des interprétations théologiques obligées.   Voyez à titre d'exemple, dans le film "Le Nom de la rose", le débat sur la pauvreté du Christ... Il faut savoir que le débat "politique", ou sur la société, passait par l'interprétation (l'exégèse) des Evangiles, jusqu'au XVIIe siècle au moins. Les Evangiles étant lus en latin, à partir d'un texte grec, leur interprétation prit plusieurs formes :
  Toutefois, pour une question qui concerne plusieurs contextes historiques, sociologiques et idéologiques, il serait dommage de ne s'en tenir qu'à la problématique "technique" de la littérature. A titre d'exemple, l'utilisation des mythes antiques au théâtre, des Grecs à nos jours, mérite plus qu'un simple "traitement" littéraire : en effet, il faudrait déjà se demander pourquoi les mythes de l'Antiquité ont une affinité avec la tragédie et non avec d'autres formes artistiques (ce qui conduit à mieux définir la notion même de "tragédie"). Concrètement, pour un élève, il faut au moins chercher comment le texte a pu être compris en son temps, et pourquoi il est encore proposé à la lecture : se poser donc la question de sa portée, de sa valeur à l'époque (en contexte) et maintenant, à notre époque..

Les circonstances scolaires : le commentaire composé (sujet de type II) ou la lecture méthodique (dans le cadre d'un groupement de textes, par ex.).

Dans les circonstances de la scolarité, et surtout en préparation des épreuves anticipées de français du baccalauréat, l'élève est confronté à des textes "isolés", à des extraits, en deux grandes circonstances : Les deux exercices se ressemblent quant à leur but, bien que le commentaire soit entièrement rédigé, et que la lecture méthodique porte sur des textes déjà vus en cours et regroupés selon une oeuvre ou une thématique.

La finalité est pratiquement la même : proposer une "lecture" du texte qui le présente, et l'analyse, afin d'enrichir la première perception de ce texte, voir de donner l'envie de le relire. Cette "lecture" ou interprétation est le résultat de l'étude du texte menée au préalable, et dont on présente les résultats, non comme on les a trouvés, mais de manière construite pour convaincre qu'on a bien interprété le texte.
 

Les défauts à éviter:

    le linéaire pur

Présenter l'interprétation du texte au fur et à mesure est fortement déconseillé : cela expose surtout à se répéter ou à disperser les remarques d'interprétation.
Il convient de nuancer dans le cas de textes qui "se développent" progressivement, surtout lorsqu'ils sont à tendance argumentative. Par exemple, nombre de pages de Montaigne, ou de Pascal, voire de Rousseau.
En ce cas, il faut présenter au préalable la "composition" ou la structure du texte, et la qualifier (déductive, inductive, ...). L'interprétation peut alors constituer, dans un premier temps, à mettre au jour les étapes du raisonnement si celui-ci n'est pas assez évident. Mais il ne faut pas oublier de l'interpréter !

    distinguer forme et fond

Cette façon de faire est interdite par les instructions ministérielles. Cela part d'un constat : l'idée et la façon de l'exprimer sont aussi inséparables que les deux faces d'une pièce de monnaie.
Concrètement, si vous racontez une anecdote à vos camarades, vous l'arrangez différemment selon que vous voulez qu'ils en rient ou qu'ils s'indignent. Il serait absurde de détailler d'un côté l'intonation, les gestes et les mines que vous ferez, et d'un autre côté les mots et les phrases que vous prononcerez : vos camarades, votre public, percevra un ensemble.
Le plus difficile reste de percevoir que la "forme" informe le fond : que l'idée prend forme par le style, et à travers lui.
A titre de contre exemple, toute blague obéit à une structure fondée sur une chute : voyez les façons de "rater" la narration d'une blague (dont les comiques font parfois leurs délices) : oubli de la chute, par ex. chez Coluche ("l'histoire d'un mec").
Il faudra donc, en expliquant les "idées", les "images", montrer comment elles sont mises en valeur par le "style" (les moyens langagiers employés), au lieu de s'obliger à des banalités sur le rythme, les sons, les figures,... Les effets de style soulignent les termes qu'ils concernent, leur donnent de l'importance et "orientent" leur interprétation.

    plaquer arbitrairement une interprétation.

La tendance est grande, quand l'on a quelques "bases" en culture littéraire (?) de plaquer des interprétations toutes faites sur les textes. Par exemple, après avoir fait une petite "fiche" sur un courant littéraire, l'on cherchera à toute force à retrouver les thèmes majeurs de ce courant littéraire en tout texte d'un auteur recensé dans ce courant !
Huysmans a participé aux "soirées de Médan" organisées par Zola. Mais il n'est en rien un romancier naturaliste.
Victor Hugo est considéré comme un auteur romantique, mais que dire d'Alexandre Dumas, qui le connut et poursuivit avec succès la veine du "roman historique" ? A quel "courant appartiennent Mallarmé ou Rimbaud ?
Ou l'on voudra absolument expliquer par la biographie de l'auteur l'ensemble de ses écrits !
Si Verlaine était alcoolique, ce fut après être poète (si l'alcoolisme rendait poète, nous croulerions sous la poésie...). Idem pour le fait que Baudelaire ait goûté aux "paradis artificiels" : il y a moins goûté qu'on ne le dit, il était poète avant tout (sinon... nous aurions bien des poètes), et c'était une mode dans les milieux artistiques de l'époque (mode qui semble s'être étendue... sic).

Que faire ?

Dire ce qu'il ne faut pas faire est facile. Dire ce qu'il faut faire pour réussir à interpréter convenablement un texte, et pour ensuite présenter cette interprétation, voilà qui relève de la gageure... Car cela fait presque un siècle que bien des enseignants essaient, en chaque cours, de relever ce défi...
Sourions un instant... Savez-vous que des manuels, notamment destinés à la formation des gendarmes, avant 1940, proposaient au "maître" et un choix de textes et leur lecture, leur interprétation "morale" et "nationale" ?
Sourions un peu moins : saviez-vous que, au XVIe siècle, l'imprimerie permit la diffusion du texte des Evangiles, et que ce mouvement fut deux générations ensuite accusé d'avoir favorisé le protestantisme : les fidèles pouvaient lire le texte, dans leur langue, et sans l'interprétation "canonique" !
Ne rions plus du tout : pourquoi des écrivains qui "brodent" à partir d'une lecture subjective d'un texte considéré comme sacré sont-ils en danger de mort ?
L'interprétation d'un texte, c'est-à-dire sa lecture, est d'abord un défi à l'intelligence : la vôtre, celle de votre auditeur (pour simplifier). Il vous faudra éviter deux écueils majeurs : Après ces longs prolégomènes, voici quelques conseils, à compléter bien sûr...

La préparation "de fond" :

Repères en histoire et en histoire littéraire.
Types et tons.
Syntaxe, métrique, phonétique et... stylistique : au service de la lecture du texte
 
Face au texte :


Que faire d'abord ?
Qu'est-ce qu'une problématique ? des "axes de lecture" ?
 
 
 

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