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Radu Roseti

La Roumanie et les Juifs (1903)

 

 

 

 

SOURCE OF MATERIAL

Radu Rosetti. La Roumanie et les Juifs, Bucharest: Socecu, 1903.

NOTES

 

CONTENT

Chapitre I. Quand et comment les Juifs vinrent s'établir en Roumanie    1

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TABLEAU 1        Nombre des chefs de famille chrétiens et juifs en Moldavie d'après le recensement de 1803.

TABLEAU II        Nombre des chefs de famille juifs en Moldavie d'après le recensement de 1820.

TABLEAU III        Résumé de la souche du rôle des contributions pour le 2-me trimestre de 1827 (Janvier, Février, Mars).

TABLEAU IV        Population des villes et des bourgs de la Moldavie d'après le recensement de 1831.

TABLEAU V        Dénombrement détaillé des Juifs non soumis à une protection étrangère habitant en 1831 les villes et les bourgades de la Moldavie.

TABLEAU VI        Population des campagnes de la Moldavie d'après le recensement de 1831.

TABLEAU VII        Nombre des chefs de famille juifs établis dans les villes et les bourgs de la Moldavie en 1838.

TABLEAU VIII        Nombre des contribuables urbains et ruraux de la Moldavie en 1839 d'après les registres d'er clissements.

TABLEAU IX        Nombre des contribuables des villes au 1846 d'après les registres d'encaissement

TABLEAU X        Population de la Moldavie en 1859 par religions et par districts.

TABLEAU XI        Nombre des habitants chrétiens et juifs des villes chefs-lieux de district de la Moldavie en 1859.

TABLEAU XII        Nombre des Chrétiens et des Juifs habitant les villes non-chefs-lieux de district de la Moldavie en 1859.

TABLEAU XIII        Nombre, par district, des Juifs établis en 1859 dans les villages de la Moldavie.

TABLEAU XIV        Nombre des Chrétiens et des Juifs habitant en 1859 les bourgades de la Moldavie.

TABLEAU XV        Nombre des habitants chrétiens et juifs de la Moldavie, par district, en 1899.

TABLEAU XVI        Nombre des habitants chrétiens et juifs des villes chefs-lieux de district de la Moldavie en 1899

TABLEAU XVII        Nombre des Chrétiens et des Juifs habitant les villes non-chefs-lieux de district de la Moldavie en 1899.

TABLEAU XVIII        Population rurale (Chrétiens et Juifs) de la Moldavie en 1899.

TABLEAU XIX        Nombre des habitants juifs des bourgs de la Moldavie en 1899.

TABLEAU XX        Accroissements successifs du nombre des habitants juifs de Moldavie par districts, de 1803 à 1899.

TABLEAU XXI        Accroissements successifs du nombre des habitants juifs des villes chefs-lieux de districts de la Moldavie, de 1803 à 1899.

TABLEAU XXII        Accroissements successifs du nombre des habitants juifs des villes non chefs-lieux de district de la Moldavie, de 1803 à 1899.

TABLEAU XXIII        Accroissements successifs du nombre des habitants Juifs des bourgs de la Moldavie de 1803 à 1899.

TABLEAU XXIV        Accroissements successifs du nombre des habitants juifs des villages de la Moldavie, de 1803 à 1899.

TABLEAU XXV        Nombre des chefs de famille juifs établis en Valachie d'après le recensement de 1831.

TALEAU XXVI        Nombre des chefs de famille juifs établis en Valachie d'après le recensement de 1838.

TABLEAU XXVII        Nombre des Juifs (en âmes) établis en Valachie en 1860.

TABLEAU XXVIII        Nombre dès habitants juifs et chrétiens de la Valachie par district en 1899.

TABLEAU XXIX        Nombre des habitants juifs des chefs-lieux de district de la Valachie en 1899.

TABLEAU XXX        Nombre des Juifs habitant les villes non chef-lieux de district de la Valachie en 1899.

TABLEAU XXXI        Nombre des Juifs établis dans les villages de la Valachie en 1899.

TABLEAU XXXII        Accroissements successifs des habitants juifs de la Valachie par district de 1831 a 1899.

TABLEAU XXXIII        Accroissements successifs des habitants juifs des chefs-lieux de district de la Valachie, de 1831 a 1899.

TABLEAU XXXIV        Accroissement de la population juive comparé à celui de la population totale dans les provinces appartenant à la Prusse antérieurement à 1866.

TABLEAU XXXV        Accroissements de la population juive en Prusse, de 1816 à 1900.

TABLEAU XXXVI        États européens et provinces rangés d'après la proportion des Juifs aux Chrétiens.



CHAPITRE 1 Quand et comment les Juifs vinrent s'établir en Roumanie.

I.

Ancienneté des Juifs en Moldavie.

La présence de négociants Juifs en Moldavie dès le quinzième siècle est un fait ne pouvant faire l'objet d'aucun doute: il est documentalement prouvé. Mais tour nombre était minime et les chroniques sont absolument muettes à leur sujet car ils n'occupèrent jamais aucune charge publique, ne jouèrent jamais aucun rôle politique. [1]

Petit nombre des Juifs en Moldavie au dix-huitième siècle.

Le premier recensement de la population en Moldavie qui nous soit connu étant celui l'ait en 1803, par le Prince Alexandre Constantin Morouzi, il n'existe aucune donnée permettant d'établir avec certitude le nombre ,des Juifs établis dans la Principauté avant cette date.

Une brève mention dans le compte rendu des recettes et des dépenses de la Moldavie pour 1763[2] nous permet de constater que, de toutes les villes de la Principauté, seule la capitale, Iassy, contenait un nombre de Juifs suffisant pour former une communauté.

En effet, à la page 27 de ce compte rendu, au chapitre de l'impôt des habitants des villes, nous voyons que la corporation des Juifs de Iassy payait la somme de 155 lei 90 bani par trimestre soit 623 lei par an. Or, au même chapitre, du même compte rendu, sont consignés les rendements de cette contribution pour les autres villes de la Principauté. On y voit figurer des Lipoveni et des corporations d'Arméniens mais les Juifs n'y sont mentionnés ni comme individus ni comme corporation.

Nous sommes donc autorisés à conclure que les villes de la Moldavie, chefs lieux de district, ne contenaient que peu ou point de Juifs en 1763. Si à Iassy ils formaient une corporation, cette corporation était bien peu nombreuse vu que ses contributions ne s'élevaient qu'à 155 lei 90 bani par trimestre.

Leur nombre ne dut pas augmenter d'une façon sensible entre 1763 et 1776 car les comptes rendus des recettes et des dépenses pour cette dernière année[3] ne mentionnent, également, des Juifs qu'à Iassy tant au chapitre des contributions ordinaires qu'à celui de la contribution extraordinaire levée au mois de Décembre 1776.

La situation ne parait pas changée en 1785 car le compte rendu des recettes et des dépenses pour 1785— 1786[4] ne mentionne les Juifs qu'au chapitre de la contribution extraordinaire levée au mois de Décembre 1785.

Nous n'y voyons, de rechef, figurer que les Juifs de Iassy pour les deux sommes suivantes: 850 lei capitation de la corporation et 450 lei contribution des boutiques juives. Comme les boutiques et les cabarets des chrétiens payaient 8733 lei (dont 6271 pour les boutiques et 2462 pour les cabarets) et comme, de plus, la contribution était certainement plus élevée pour les Juifs que pour les chrétiens, il est évident que les premiers ne figuraient, à cette époque, que pour une proportion minime dans la population de la capitale moldave.

L'immigration des Juifs en Moldavie augmente à partir de 1786

Mais, entre 1786 et 1792, une forte immigration dût avoir lieu car, dans le compte-rendu des recettes et des dépenses pour la dernière de ces années, au chapitre de la contribution levée pour subvenir aux dépenses des postes et relais pour le service du Sultan (menziluri) et à l'entretien des ponts, nous voyons les Juifs de Iassy contribuer pour 4000 lei tandis que la quote-part des négociants chrétiens de cette ville s'élève à 18107 lei 60 bani[5].

Si nous comparons cette proportion entre la quote-part des négociants juifs et celle des négociants chrétiens en 1792 avec la proportion entre ces mêmes quotes-parts pour la contribution extraordinaire levée en 1786, dont il est question plus haut, nous voyons que les négociants juifs, en 1786, payaient environ 5% de ce que payaient les négociants chrétiens tandis qu'en 1792 la quote-part des premiers montait à environ 221/4 % de celle des seconds. Il semble donc que, de 1786 à 1792, le nombre des Juifs établis à Iassy a plus que quadruplé.

Recensement du 1803.

Ainsi qu'il a été dit plus haut, le premier recensement officiel de la population en Moldavie eut lieu en 1803 sous le Prince Alexandre Constantin Morouzi. Les résultats on sont consignés dans la Condica liuzilor [6] ou Rôle des contribuables de l'année 1803 et peuvent se résumer dans le tableau suivant:

TABLEAU I Nombre des chefs de famille chrétiens et juifs en Moldavie d'après le recensement de 1803.

Ce recensement présente, en ce qui concerne les Juifs, les lacunes suivantes:

On y parle des Juifs de la ville de Fălticenĭ et de ceux des bourgades de Burdujenï et de Vladeni mais ni leur nombre ni le montant de leur contribution n'est indiqué.

Les données par rapport à la ville de Focsani, tant pour les chrétiens que pour les Juifs, font complètement défaut.

Enfin, si le montant de la contribution des Juifs habitant les villages du district de Botoşanĭ est indiqué, leur nombre, est passé sous silence.

Il n'est, heureusement, pas difficile de combler ces lacunes, peu importantes d'ailleurs.

Le compte rendu des recettes et des dépenses pour l'année 1805—1806 nous donne, au chapitre de la contribution des Juifs hrisovoliţi des villes, comme montant mensuel de la contribution des Juifs de Fălticenĭ, de Burdujeni et de Vladeni les sommes de 290 lei, 110 lei et 80 lei respectivement, ce qui fait, par an:

pour Fălticenĭ 3480 lei

pour Burdujeni 1320 lei

pour Vlădeni 960 lei.

Les Juifs habitant le chef lieu et les bourgs du district de Suciava payaient donc en 1805, c'est-à-dire deux ans après le recensement d'Alexandre Morouzi, une contribution totale de 5700 lei.

Il appert du tableau précédent que la contribution que payaient les Juifs était loin d'être la même pour tous. Nous la voyons varier pour les Juifs établis dans les villages de 12 à 80 lei par an, pour ceux établis dans les villes de 12 3/4 lei à 24 lei par an.

Si nous adoptons comme moyenne de la contribution annuelle des Juifs établis dans les villes et les bourgs du district de Suciava, la somme de 16 lei, nous serons, probablement, au dessous de la vérité et si nous divisons la somme totale de la contribution de ces Juifs par 16, nous obtiendrons pour la population juive de ces villes et de ces bourgs un chiffre supérieur à la réalité. La contribution totale de 5760 lei divisée par 16 nous donne un nombre de 360 Juifs habitant le chef lieu et les bourgs du district de Suciava, chiffre que nous devons ajouter à celui de 2029[7] donné par le recensement de 1803 comme étant le nombre des Juifs établis dans les villes de la Moldavie en cette année.

Quant au manque de toute indication relative à la population de la ville do Focsani, je ne pense pas qu'elle soit de quelque importance pour le sujet qui nous occupe. Il ne parait pas y avoir eu de colonie juive à Focsani en 1803 car on n'en trouve aucune mention ni dans le compte rendu pour l'année 1805-1806 ni même dans ceux des années suivantes. Ils ne paraissent dans cette ville que beaucoup plus tard. Pour le nombre des Juifs établis dans les villages du district de Botoşanĭ, il est facile de l'établir d'une façon très approchée puisque nous connaissons le montant de leur contribution qui était do 832 lei.

Le recensement nous montre que les Juifs établis dans les campagnes des districts limitrophes, de Dorohoi et de Hîrlau, payaient environ 18 lei par an. Ces deux districts se trouvant, alors comme à présent, dans des conditions économiques absolument identiques à celles du district de Botoşanĭ, on peut hardiment conclure que les Juifs établis dans les villages de ces trois districts payaient la même contribution. C'est donc 46 Juifs a peu près qui étaient établis dans les campagnes du district de Botoşanĭ en 1803 ce qui, ajouté aux 498 Juifs donnés par le recensement comme établis dans les villages de la Moldavie, porte le chiffre de cette catégorie à 544.

Le nombre de ceux qui vivaient dans les villes étant de 2389 (y compris le chiffre calculé par nous pour Fălticenĭ, Burdujeni et Vlădeni) le nombre total des Juifs établis en Moldavie en 1803, aurait donc été de 2933 chefs de famille, soit, en chiffres ronds: 3000.

Population totale de [juifs] in Moldavie en 1803.

Quant aux chefs de famille chrétiens, leur nombre, d'après le même recensement, se serait monté à 101517.

Ce chiffre ne comprend ni les boyards, grands et petits, ni leurs domestiques libres, ni les Tziganes, esclaves des monastères, des particuliers ou de l'État, ni les ordres religieux ni, enfin, la nombreuse catégorie des nevolnici ou incapables d'acquitter l'impôt: vieillards, veuves, infirmes etc., sans compter les fraudes et les omissions.

Il est donc probable qu'en ajoutant, pour ces diverses catégories, 45% au chiffre donné par le recensement, nous arriverions à un résultat se rapprochant beaucoup de la réalité.

Cela nous donnerait un total de 151549 chefs de famille chrétiens et 3000 chefs de famille juifs.

En multipliant par 4 le nombre des chefs de famille chrétiens nous obtenons comme nombre total des habitants chrétiens de la Moldavie un peu plus de 604000 âmes.

Le nombre des Juifs ne dépassait pas 121100 en 1803.

Pour obtenir celui des Juifs il faudrait prendre un coefficient moindre car, l'immense majorité de cette population était récemment immigrée.

De la où, en 1792, il n'y avait de communauté juive qu'a Iassy, en 1803 nous en voyons dans tous les chefs-lieux du pays sauf Focsani. Celles de Botoşanĭ, Dorohoĭ. Herţa, Hîrlăŭ et Fălticenĭ sont, relativement, très nombreuses. Partout nous voyons les Juifs désignés par la dénomination de hrisovoliţi, littéralement: établis en vertu d'un chrysobulle ou décret princier.

Nous avons vu que les comptes rendus des recettes et des dépenses de la Moldavie jusqu'en 1792 et y compris celui de cette année, ne mentionnent qu'une seule communauté juive, celle de Iassy.

Donc les autres, celles qui figurent sur le recensement de 1803, ont pris naissance entre 1792 et 1803 et sont indubitablement dues à une immigration qui a amené en Moldavie plusieurs milliers de Juifs.

Cause de l'immigration des Juifs en Moldavie.

La cause de cette immigration n'est, du reste, pas difficile à trouver. C'est, sans aucun doute, un des effets des deux derniers partages de la Pologne, en 1793 et 1790. L'état de choses créé par ces événements dans les provinces annexées par les trois puissances partageantes ayant sensiblement amoindri les privilèges de la noblesse polonaise, il est naturel que les Juifs polonais qui vivaient de l'exploitation de ces privilèges, privés de leur gagne pain aient, du moins en partie, cherché fortune ailleurs.

Or, ce ne sont certes pas les pères de nombreuses familles ni les hommes âgés qui se sont expatriés mais bien les gens jeunes, entreprenants et sans impedimenta.

Du reste, tant les statistiques consciencieuses faites par le gouvernement autrichien en Bucovine après la prise de possession de cette province, que le recensement fait en Moldavie en 1831, prouvent que les familles juives récemment immigrées étaient, en général, fort peu nombreuses.[8]

Je pourrais, me basant sur ces données, pour avoir le total des Juifs établis en Moldavie en 1803, multiplier le nombre des chefs de famille par 31/2. Mais, désirant faire une large part aux omissions, je multiplierai le nombre des chefs de famille juifs par 4, ce qui nous donne un total de 12000 âmes, chiffre probablement supérieur à la réalité.

Il est important de remarquer que la presque totalité de cette population se trouve dans le Nord de la Moldavie: dans les districts de Herţa, Dorohoĭ, Suciava, Botoşanĭ, Hîrlăŭ, Cârligatura et Iassy. Très clairsemés dans ceux de Niamţul, Roman et Bacău, les Juifs se trouvent en nombre insignifiant dans Putna, Tecucĭ, Covurluĭ, Vasluĭ et Fălciu.

La proportion des Juifs aux chrétiens en Moldavie, en 1803, était, d'après les chiffres qui ont été établis ci-dessus, de 2%.

Si cette proportion n'avait pas changé depuis, il n'existerait certes pas, aujourd'hui, de question juive en Roumanie.

Proportion des Juifs aux Roumania en 1803.

Le mouvement d'immigration des Juifs en Moldavie continua après 1803. C'est ce qui résulte, entre autres, d'un anaphora ou référé adressé, au mois de Juillet 1804, par les boyards du Divan au Prince [9]. Ils s'y plaignent vivement du nombre toujours croissant des Juifs venant de l'étranger pour s'établir dans le pays au détriment des indigènes.

Nous possédons de nombreux comptes-rendus des recettes et des dépenses de la Moldavie pour les années postérieures à 1805. Dans ces comptes rendus, il y a toujours un chapitre spécial comprenant le détail des encaissements opérés au compte de la contribution des Juifs hrisovoliţi.

Recensement de 1820.

En 1820 le Prince Michel Soutzo fit procéder à un nouveau recensement de la population, recense-ment dont nous résumons les résultats relatifs aux Juifs dans le tableau suivant[10].

TABLEAU II Nombre des chefs de famille juifs en Moldavie d'après le recensement de 1820

 

De même que celui de 1803, le recensement de 1820 présente certaines lacunes. Il ne nous donne ni le nombre des Juifs établis dans les campagnes du district de Dorohoĭ et dans la ville de ce nom ni celui de ceux qui formaient l'importante communauté juive de Botoşanĭ, ni enfin, celui des communautés moins considérables de Piatra et de Tîrgul-Niamţ.

Pour compléter ces lacunes, nous aurons recours aux données des comptes rendus des recettes et des dépenses de la Moldavie pour les années postérieures à 1820 et nous verrons ce que les Juifs établis dans les endroits qui nous intéressent payaient en fait de contributions.

Nous constatons par ce moyen que les Juifs établis dans la ville de Dorohoĭ payaient, pour le 2-me trimestre de 1823, conjointement avec ceux de Tîrgul-Nou (plus tard Mihăileni), une contribution de 1430 lei [11], or, comme le compte du 1-er trimestre de cette année nous montre que les Juifs de Tîrgul-Nou payaient 500 lei pour ce trimestre, il s'en suit que la quote-part de ceux de Dorohoĭ était de 930 lei par trimestre ou 3720 lei par an. En prenant 16 lei comme montant de la contribution de chaque Juif, chiffre pouvant être certainement considéré comme un minimum, nous obtenons comme résultat un nombre de 232 Juifs établis dans la ville de Dorohoĭ.

Pour les Juifs établis dans les villages du district de Dorohoĭ, nous nous servirons du même compte rendu qui, le premier, contient un chapitre spécial relatif à l'encaissement de la contribution des Juifs cabaretiers des campagnes, contribution levée à partir du 1-er Janvier 1824 et s'élevant pour le district do Dorohoĭ à 865 loi [12] par trimestre ou 3460 lei par an. En divisant cette somme par 18 (nous avons vu qu'en 1803 les Juifs établis dans les campagnes de Dorohoĭ payaient en moyenne environ 18 lei par an) nous obtiendrons un total de 192 Juifs établis dans ces mêmes campagnes en 1820.

Quant aux Juifs habitant la ville de Botoşanĭ, leur contribution pour le 2-me trimestre de 1823 était de 2750 [13] lei ce qui fait 11000 lei par an. Si nous admettons qu'ils payaient une contribution moyenne de 16 lei par an, chiffre certainement plutôt au dessous qu'au dessus de la vérité, nous obtenons un total de 511 contribuables Juifs établis à Botoşanĭ.

Pour calculer le nombre probable des juifs de Piatra et de Tîrgul-Niamţ nous prendrons, dans le compte rendu pour 1822—1823, c'est-à-dire pour l'année la plus rapprochée de 1820, le chiffre de la contribution trimestrielle des Juifs de ces villes [14].

Il est de 100 lei pour la première, de 400 lei pour la seconde soit, respectivement, 640 lei et 1600 lei par an. En comptant, en moyenne, 10 lei par contribuable, nous aurons 40 Juifs à Piatra et 100 à Tîrgul-Niamţ.

Le nombre des Juifs en Moldavie était d'environ 19000 en 1820.

Si maintenant, au chiffre de 792 donné par le tableau ci-dessus comme représentant le nombre des chefs de famille juifs établis dans les campagnes, nous ajoutons les 192 contribuables juifs établis dans les villages du district de Dorohoĭ, nous obtenons un total de 984 chefs de famille juifs habitant en 1820 les campagnes de la Moldavie.

Si, de même, aux 2761 Juifs qui, d'après le même tableau, étaient établis dans les villes et les bourgades, nous ajoutons les contribuables juifs de Dorohoĭ, Botoşanĭ, Tîrgul-Neamţ et Piatra, au nombre de 983, nous obtenons un total de 3744 chefs de famille juifs habitant les villes et les bourgs de la Moldavie.

Le nombre total des juifs dans la Principauté en 1820, aurait donc été de 4728 [15] chefs de famille ce qui, en comptant 4 personnes par famille représente environ, 18912 âmes

Cela nous donne un accroissement de 58,33% pour une période de dix-sept ans, ou près de 3.43 % par an en moyenne.

Il ressort, également, delà comparaison des résultats de ces deux recensements que, pendant ces dix-sept ans les Juifs n'ont fait que peu de progrès dans les districts de la Basse Moldavie et que ce n'est que sur ceux du Nord qu'a porté leur accroissement. Cet accroissement est surtout considérable dans les deux plus grands centres : Iassy et Botoşanĭ.

A Iassy leur nombre s'élève en dix-sept ans de 652 à 1099 chefs de famille, ce qui équivaut à un accroissement de 53%. A Botoşanĭ il s'élève de 350 à 611 chefs d e famille, c'est à-dire qu'il a augmenté de 74 %.

L'immigration des juifs parait avoir encore augmenté d'intensité de 1820 à 1827. Les comptes rendus des recettes et des dépenses pour les années postérieures à 1820 montrent des accroissements continuels des contribuables juifs dans tous les districts, particulièrement dans ceux de Iassy et de Botoşanĭ. Nous commençons aussi à les voir apparaître dans les districts de Putna et de Tecucĭ.

Rôle des contribuables pour 1827.

La souche du rôle des contributions pour le 2-me semestre de 1827 nous permet do calculer approximativement le nombre des Juifs établis en Moldavie en cette année [16].

Voici le résumé des données de ce registre:

TABLEAU III Résumé de la souche du rôle des contributions pour le 2-me trimestre de 1827 (Janvier, Février, Mars)

Ce tableau nous donne le montant de la contribution trimestrielle tant pour les Juifs cabaretiers dans les villages que pour ceux établis dans les villes.

Pour obtenir le nombre des cabaretiers des campagnes je prendrai, comme montant moyen de l'impôt trimestriel de chaque cabaretier, la somme de 4 lei, qui, certes, est au-dessous de la vérité. En divisant par 4 la somme de 4879 lei, produit trimestriel de cette contribution, j'obtiens un nombre de 1220 cabaretiers juifs vivant dans les villages.

Pour obtenir le nombre des Juifs établis dans les villes, nous diviserons de montant de la contribution trimestrielle par 31/2, mettant ainsi la contribution moyenne de chaque Juif à 14 lei par an. Cette opération nous donnera un total de 3602 Juifs établis dans les villes et les bourgs de la Moldavie, en dehors de la capitale dont la contribution ne figure pas dans la la pièce dont nous nous occupons.

Nous remplacerons ce chiffre absent par celui que nous fournit le compte rendu pour l'année 1826 qui est de 4398 lei par trimestre [17]. Ce chiffre divisé par 31/2 nous donne un total de 1256 Juifs établis en Iassy.

Le total maximum des chefs de famille juifs de la Moldavie en 1827, c'est-à-dire avant la guerre russo-turque qui se termina par la conclusion du traité d'Andrinople, aurait donc été de:

1220 Juifs cabaretiers dans les villages.

3602 Juifs établis dans les villes et les bourgs en dehors de la capitale.

1356 Juifs établis à Iassy.

Soit un total de 6078 chefs de famille, ce qui nous donne un accroissement de 1350 familles depuis 1820.

Le total de la population juive en Moldavie en 1827, aurait donc été de plus de 24000 âmes, chiffre obtenu en multipliant le nombre des chefs de famille par 4. Cela nous fait un accroissement de 26,32% soit 3,76% par an, accroissement qui ne saurait s'expliquer que par une forte immigration.

Toutefois, ce chiffre, basé sur une évaluation assez arbitraire, est loin d'avoir la valeur de ceux qui nous sont fournis par les recensements de 1803 et de 1820.

Grandes proportions que prend l'immigration juive en Moldavie après le traité d'Adrianple.

La guerre de 1828 qui se termina par le traité d'Andrinople rendit aux Principautés de Moldavie et de Valachie la liberté du commerce que la Porte leur avait ravie au mépris des capitulations et garantit leur autonomie contre l'arbitraire des Sultans.

Une ère nouvelle commençait pour les Principautés roumaines, et leur apportait avec l'ordre et la sécurité, les moyens d'exploiter librement les richesses de leur sol et de mettre en valeur les ressources de toute nature qu'elles renfermaient.

Les Juifs n'eurent garde de laisser échapper l'occasion d'arriver bous premiers. Appelés par les lettres de leurs proches antérieurement émigrés en Moldavie, admirablement renseignés par eux, leur instinct commercial et leur esprit d'entreprise, eurent tôt fait de comprendre les admirables affaires à entreprendre sur ce terrain encore vierge de tout esprit de spéculation et sur lequel ils n'avaient à redouter aucune concurrence sérieuse pour le moment [18].

Aussi les voyons-nous accourir en foule aussitôt la guerre finie. Ce n'est pas seulement de la Pologne russe et de la Galicie qu'ils arrivent. L'Allemagne entière participe à ce véritable rush qui ne saurait être comparé qu'à ceux qui entraînèrent les chercheurs d'or vers les placers de la Californie et de l'Australie.

Les chiffres que nous fournissent les recensements de 1831, et de 1838 sont, sous ce rapport, d'une éloquence qui ne laisse rien a désirer.

Recensement de 1831.

Dans les deux Principautés, les gouvernements provisoires firent procéder, en 1831, à un recensement général de la population.

Les dossiers relatifs à cette opérations ne laissent aucun doute sur la manière consciencieuse dont elle fut exécutée, contrôlée et vérifiée, surtout en Moldavie.

Les tableaux suivants présentent un résumé des résultats de ce recensement par rapport à la question dont nous nous occupons [19].

TABLEAU IV Population des villes et des bourgs de la Moldavie d'après le recensement de 1831.

TABLEAU V Dénombrement détaillé des Juifs non soumis à une protection étrangère habitant en 1831 les villes et les bourgades de la Moldavie

TABLEAU VI Population des campagnes de la Moldavie d'après le recensement de 1831

 

Il résulte de ces tableaux qu'on comptait, en 1831, dans les villes et les bourgs de la Moldavie, 36720 Juifs non soumis à une protection étrangère. Si nous admettons que, sur les 3166 sujets étrangers habitant dans ces mêmes villes et ces mêmes bourgades, il y avait 40% de Juifs, nous aurons de ce chef 1266 Juifs soumis a différentes protections. Ceci porte le total des Juifs établis dans les villes et les bourgs du pays à 31986 âmes se décomposant ainsi qu'il suit:

17570 établis à Jassy.

10251 établis dans les quinze autres chefs lieux de districts.

799 établis dans les trois villes de Tîrgul-Niamţ, Tîrgul-Ocnei et Fălciu.

3371 établis dans les vingt et une bourgades existant en 1831.

Le nombre des Juifs s'éleve à 37000 en 1831.

Le recensement nous donne un chiffre de 1240 cabaretiers juifs établis dans les villages.

En comptant une moyenne de quatre membres par famille de cabaretier, le père y compris, nous obtenons de ce chef un total de 4960 âmes qui, ajouté aux 31986 Juifs établis dans les villes, nous donne comme chiffre total de la population juive en Moldavie, en 1831, 36946 âmes, soit 37000 en chiffres ronds.

Du tableau ci-dessus, il résulte que les 31986 Juifs habitant dans les villes étaient répartis en 6362 familles dont 2840 à Iassy. D'où il résulte que, dans la capitale, les familles doivent être évaluées à 6 membres tandis qu'en province elles en comptaient à peine 4.

Le grand nombre des membres composant une famille juive à Iassy, doit être attribué au fait qu'on comptait comme membres de la famille les apprentis, les commis de magasin, les serviteurs même mariés et souvent les associés de celui qui en était considéré comme le chef.

Accroissement du nombre des Juifs de 1803 à 1831.

L'accroissement du nombre des Juifs en Moldavie de 1803 à 1831, a donc été de 25000 (en chiffres ronds) pour une période de vingt-huit ans, soit 208%, ce qui revient à environ 7,43% paran.

De 1820 à 1831, ce même accroissement a été de 18000 pour une période de onze ans, soit de près de 95% ce qui revient à plus de 8,6 % par an.

Enfin, de 1827 à 1831, l'accroissement, d'après nos évaluations pour 1827, a été de 13000, soit plus de 54%, pour quatre ans, ce qui revient à 13,5% par an.

Nous verrons, bientôt, plus fort que cela.

Occupons-nous, pour le moment, de l'accroissement de la population chrétienne.

Nous avons vu qu'en 1803 elle était d'environ 614000 âmes.

Population totale de la Moldavie en 1831.

Il résulte du recensement de 1831 que les villes et les bourgs de la Moldavie avaient une population chrétienne de 96784 indigènes, plus 1900 sujets étrangers chrétiens, ce qui fait, en tout, 98684 âmes.

D'autre part,on comptait dans les campagnes 183020 chefs de famille chrétiens.

Nous ne compterons, pour les Roumains comme pour les Juifs, que 4 membres par famille, ce qui nous donnera un total de 732080 âmes pour la population chrétienne des campagnes de la Moldavie en 1831.

Ce chiffre, ajouté à celui de la population chrétienne des villes et des bourgades, nous donne un total de 831764 âmes.

Pour obtenir le total général, il convient d'ajouter au chiffre précédent:

1. Les 37000 Juifs;

2. Les communautés religieuses si nombreuses à cette époque;

3. Les Bohémiens ou Tziganes se divisant en:

a) Bohémiens de l'État, au nombre de 15000 âmes,

b) Bohémiens des monastères,

c) Bohémiens des particuliers.

Ces deux dernières catégories en nombre indéterminé.

En ajoutant aux 831764 âmes de plus haut, les 15000 Bohémiens de l'État et les 37000 Juifs, nous obtenons un chiffre de 883674 âmes.

Les communautés religieuses d'une part, ne pouvant être estimées à moins de 10000 personnes, les Bohémiens des monastères et des particuliers de l'autre, ne pouvant pas être évalués à moins de 20 à 30000 âmes, nous voyons que la population de la Moldavie en 1831 devait s'élever à environ 920000 âmes, dont 37000 Juifs.

Proportion des Juifs aux chrétiens en 1831.

La proportion des Juifs aux chrétiens qui était d'environ 2% en 1803, était montée, vingt-huit ans après, à environ 4,2%, c'est-à-dire qu'elle avait plus que doublé.

L'accroissement de la population chrétienne aurait donc été d'environ 280000 âmes en vingt huit ans, soit 46%, ce qui revient à 1,64% par an.

Ce taux d'accroissement est certainement élevé mais il s'explique facilement par la forte immigration de Transylvains, Bulgares, Grecs et autres étrangers accourus en foule après la signature de la Paix d'Andrinople.

En 1831 comme en 1803, en 1820 et en 1827, on trouve le gros des Juifs établi dans les villes et les bourgades dans la population desquelles ils entrent pour 24,5%.

Dans les chefs-lieux de district suivants le nombre des Juifs dépasse celui des chrétiens:

Fălticenĭ: 1490 Juifs contre 859 chrétiens.

Herţa: 1086 Juifs contre 1020 chrétiens.

Dorohoĭ: 1133 Juifs contre 556 chrétiens.

Hîrlăŭ: 374 Juifs contre 197 chrétiens.

Dans la capitale ils forment 36% de la population totale: 17570 Juifs contre 30780 chrétiens.

Dans les villes qui ne sont pas chefs-lieux de district, le nombre des Juifs est de beaucoup intérieur à celui des chrétiens.

Dans huit des vingt et une bourgades figurant sur notre tableau, la population juive est plus nombreuse que la population chrétienne, dans l'une (Podul Iloaiei) les deux populations sont en nombre égal, dans les douze autres les chrétiens l'emportent de beaucoup.

Il est à remarquer que sur ces vingt et une bourgades il n'y en avait que cinq: Moineşti, Adjud, Odobeşti, Nicoreşti et Stefăneşti qui fussent de date ancienne; toutes les autres avaient été fondées récemment.

C'est toujours dans le Nord de la Moldavie que nous voyons les Juifs établis en nombre plus considérable. Ils avaient des communautés dépassant un millier d'âmes à Herţa, Dorohoï, Botoşanĭ, Fălticenĭ et Roman, sans parler de Iassy qui en refermait déjà plus de 17000. Au Sud de Roman, les communautés sont, relativement, peu nombreuses: Bacău compte 519 Juifs, Bêrlad 373, Huşï 266, Focşanï 242. Galati (le seul port du pays) 184, Tecucĭ 70. Dans la Basse Moldavie le terrain leur est décidément moins propice que dans le Haut Pays, nous verrons ailleurs pourquoi.

Le mouvement d'immigration des Juifs s'accentue encore après 1831.

Loin de s'arrêter en 1831, le courant de l'immigration ne fait qu'augmenter d'intensité.

Les Juifs arrivaient en masse. Il en venait de la Pologne russe, de la Galicie, de Francfort, du Hanovre, des villes hanséatiques, de la Prusse.

Ils accouraient appelés par ceux des leurs qui les avaient devancés et qui étaient sur le chemin de la fortune ou tout simplement poussés par leur admirable instinct commercial vers un pays regorgeant de richesses mal gardées et dont la conquête ne demandait qu'un peu de savoir faire.

Recensement de 1838.

C'est ainsi que s'expliquent les résultats du deuxième recensement septennal, effectué en 1838, qui sont résumés dans les tableaux suivants [20].

TABLEAU VII Nombre des chefs de famille juifs établis dans les villes et les bourgs de la Moldavie en 1838

TABLEAU VIII Nombre des contribuables urbains et ruraux de la Moldavie en 1839 d'après les registres d'er clissements

Il faut observer que ce recensement, d'ailleurs très-bien fait, présente quelques petites lacunes.

Il ne nous donne pas, pour Iassy, le nombre des vieillards et des veuves chefs de famille, chiffre soigneusement spécifié, tant pour les autres villes que pour les bourgades. Il est de 635, dont 428 vieillards et 207 veuves pour les chefs-lieux en dehors de la capitale, c'est-à-dire contre 5228 chefs de famille juifs habitant ces villes, ce qui équivaut à environ 12,3%. Mais, dans une agglomération plus considérable, comme celle de Iassy, il est évident que la proportion des indigents devait être plus grande, aussi évaluerai-je les vieillards et les veuves chefs de famille, à Iassy, en 1838, a 20% du nombre des autres chefs de famille juifs qui y étaient établis. Ceci porte le nombre des chefs de famille juifs de la capitale de la Moldavie à 7413.

Les chiffres relatifs aux Juifs habitant la ville de Tîrgul-Frumos ainsi que les bourgades de Nicolina et de Podul-Iloaiei font également défaut. Mais il est aisé de les remplacer par les chiffres des contribuables juifs de ces localités soumis à l'impôt, des patentes que nous donne le tableau VIII et, en ajoutant a chacun de ces chiffres 20% pour les chefs de famille indigents (nevolnici). Ces opérations nous donnent:

131 chefs de famille juifs pour Tîrgul-Frumos.

120 chefs de famille juifs pour Podul-Iloaiei. 10 chefs de famille juifs pour Nicolina.

Ces additions faites, nous constatons que le chiffre total des chefs de famille juifs établis en Moldavie en 1838, était de 19891 se décomposant de la manière suivante:

7413 établis à Iassy.

6036 établis dans les douze chefs-lieux de district.

1336 établis dans les villes de Herţa, Hîrlăŭ, Tîrgul-Frumos, Tîrgul-Niamţ, Tîrgul-Ocnei et Fălciu.

2686 établis dans les quarante deux bourgades spécifiées dans le tableau.

1820 établis dans les villages.

Le nombre des Juifs s'élève à 80000 en 1838.

Pour avoir le nombre des âmes, je multiplierai le chiffre donnant le nombre des chefs de famille par quatre, ce coefficient étant plus que suffisant pendant une pareille émigration. Nous obtenons de la sorte, pour la population juive en Moldavie en 1838, un total de 79564: âmes soit, en chiffres ronds, 80000.

Accroissement du nombre des Juifs de 1831 à 1838.

L'accroissement de cette population de 1831 à 1838 a donc été de 42000 âmes (en chiffres ronds), ce qui fait plus de 114% en sept ans, soit une moyenne annuelle de 16,3%.

Ces chiffres, loin d'être exagérés sont même, probablement, au dessous de la vérité car les rapports des commissions de recensement mentionnent fréquemment les obstacles mis par les communautés juives aux opérations du recensement ainsi que les artifices employés afin de celer le nombre des membres de ces communautés.

Si nous examinons l'accroissement de la population juive de la capitale, nous constatons qu'elle a sauté de 17500 à 29652 âmes ce qui fait un accroissement de 69%, soit 9,87% par an.

Dans les douze villes restées chefs-lieux de district en 1838, elle a sauté de 8315 à 26.544 âmes ce qui fait un accroissement de 220% en sept ans, soit plus de 31% par an.

Dans les villes de Herţa, Hîrlăŭ, Tîrgul-Frumos, Tîrgul-Niamţ, Tirgul-Ocnei et Fălciu, la population juive a monté de 2738 âmes en 1881 à 5344 âmes ce qui fait un accroissement de 95% soit 13,5% par an.

Quant aux bourgades, constatons d'abord que leur nombre avait plus que doublé. Il y en avait vingt et une en 1831, il y en a quarante-deux en 1838. Vingt et une ont donc, été fondées dans l'intervalle. Ce sont celles de: Dorohoĭŭ, Rădăuţi, Mamornita, Poieni, Bivolari, Bozieni, Gloduri, Valea-Rea, Domneşti, Bereşti, Pechea, Folteşti, Rogojeni, Puieşti, Murgeni, Plopana, Unteşti, Codaiesti, Negreşti, Pungeştï, Urdeşti et Docolina.

Les vingt et une bourgades existant en 1831 ont vu leur population juive augmenter de 3371 à 7372 âmes, ce qui nous donne un accroissement de 3988 âmes, c'est-à-dire plus de 118% en sept ans, soit 16,4% par an.

Les vingt et une bourgades créées entre 1831 et 1838 contenaient, en cette dernière année, une population juive de 3332 âmes.

Les accroissements les plus considérables pour la période de 1831 à 1838 sont ceux des villes suivantes:

Iassy: 69%.

Piatra: 241,5%.

Focsani: 256%.

Fălticenĭ: 278,6%.

Husi: 316,7%.

Bacău: 320%.

Botoşanĭ: 600%.

L'augmentation a continué à porter surtout sur les districts du Nord, toutefois elle a commencé à devenir sensible aussi dans les districts de la Basse Moldavie.

Une grande partie des Juifs échappe à l'impôt. Rôles de 1839.

Il est intéressant de rapprocher des chiffres du recensement de 1838 ceux du registre des encaissements pour 1839, résumés dans le tableau VIII.

Tandis que le premier nous donne un total de 17971 chefs de famille juifs habitant les villes et les bourgs, le second ne nous en montre que 10632 qui payent l'impôt des patentes en qualité de commerçants ou d'artisans. Il y en avait donc 7462, soit 45,5% se dérobant à cette charge.

Rôles de 1846.

N'ayant pas pu me procurer les résultats du troisième recensement septennal, effectué en 1845, je me vois obligé de présenter ici seulement un tableau résumant les encaissements du premier trimestre de l'année 1846, tableau donnant le nombre des contribuables des diverses catégories [21].

TABLEAU IX Nombre des contribuables des villes au 1846 d'après les registres d'encaissement

Il résulte de ce tableau que le nombre des commerçants et des artisans juifs, établis, en 1846, dans les villes de la Moldavie et payant patente, était de 15717, soit 5085 de plus qu'en 1889, ce qui équivaut à un accroissement de près de 48%.

Comme nous ne possédons aucune donnée pouvant nous indiquer d'une manière même approximative le nombre des chefs de familles juifs qui, en qualité d'infirmes, de vieillards, de veuves ou simplement de fraudeurs, ne figuraient pas sur le rôle des patentes qui étaient perçues, non individuellement, mais au moyen de la taxe des Juifs dont il sera parlé au prochain chapitre, nous nous abstiendrons de toute tentative de calculer le nombre total de la population juive établie en Moldavie en 1845.

L'immigration des Juifs continue après 1839 quelque avec moins d'intensité.

Il est évident que l'immigration dût continuer aussi après 1839 mais avec beaucoup moins d'intensité que pendant la période septennale précédente.

Il y a de bonnes raisons pour croire que l'accroissement de près de 48% constaté entre le nombre des contribuables Juifs payant patente en 1839 et celui de ceux qui acquittaient cette contribution en 1846 ne saurait être attribué à l'immigration qu'en partie: l'action plus énergique des autorités financières y a certainement eu une large part.

Du fait que les pièces ayant servi à établir le tableau ci-dessus ne font aucune mention des Juifs vivant dans les villages de la Principauté, il ne faudrait pas conclure qu'ils avaient disparu des campagnes.

Une loi de l'année 1844 avait, il est vrai, décidé qu'à l'avenir, les Juifs ne pourraient plus résider dans les villages ni y tenir des cabarets. Mais cette loi ne fut jamais appliquée que sur le papier.

Le Juifs continuèrent à tenir des cabarets dans les villages tout comme avant. Ils employèrent tout simplement des prête-noms pour les ouvrir. Ces prête-noms étaient, la plupart du temps, le propriétaire ou le fermier de la terre, d'autrefois un paysan qui, en réalité, était le serviteur à gages du Juif.

Il m'a été également impossible de retrouver les travaux relatifs au recensement de 1851. En fait de données statistiques pour l'époque qui sépare le recensement de 1838 de celui de 1869 il n'existe, à ma connaissance, que les chiffres donnant le nombre des différentes catégories de contribuables dans les budgets annuels [22].

Nous y voyons le nombre des artisans et des commerçants Juifs des villes monter lentement jusqu'à 16040, nombre qu'ils atteignent en 1852 et qu'ils ne dépassent plus jusqu'en 1869.

Recensement de 1859.

Les résultats du recensement de 1859 prouvent que le nombre des Juifs se dérobant à l'acquittement de l'impôt atteignait en cette année 75% du nombre de ceux qui figuraient dans les rôles. La confection de ceux-ci devenait, du reste, de plus en plus difficile par rapport à l'inscription des contribuables Juifs; leur agglomération dans certains centres favorisant considérablement les fraudes.

Les opérations du recensement de 1859 furent exécutées avec un très-grand soin, soumises à une contrôle minutieux et vérifiées de la manière la plus scrupuleuse. C'est ce qui explique pourquoi les résultats ne purent être publiés que deux ans plus tard.[23]

Ils sont résumés dans les tableaux qui suivent.

TABLEAU X Population de la Moldavie en 1859 par religions et par districts

TABLEAU XI Nombre des habitants chrétiens et juifs des villes chefs-lieux de district de la Moldavie en 1859

TABLEAU XII Nombre des Chrétiens et des Juifs habitant les villes non-chefs-lieux de district de la Moldavie en 1859

TABLEAU XIII Nombre, par district, des Juifs établis en 1859 dans les villages de la Moldavie

TABLEAU XIV Nombre des Chrétiens et des Juifs habitant en 1859 les bourgades de la Moldavie

 

Le nombre des Juifs s'élève a 119000 en 1859

D'après ce recensement, le nombre total des Juifs établis en Moldavie aurait été, en 1859, de 124867.

Il convient de retrancher de ce chiffre les 5945 âmes de la population juive des districts de Cahul et d'Ismaïl, rendus à la Moldavie par le traité de Paris de 1856 et rétrocédés à la Russie en 1878 par le traité de Berlin.

Il reste donc, pour les treize districts de la Moldavie actuelle, un total de 118922 Juifs. Ce chiffre comprend les Juifs sujets étrangers au nombre de 4670 ainsi que les orphelins juifs, au nombre de 143.

Ces 118922 âmes étaient réparties entre 27401 familles de Juifs non soumis à une protection étrangère et comptant 113697 personnes, soit un coefficient de 4,15 membres par famille, plus 405 Juifs exemptés d'impôts, sans indication du nombre des familles, plus 4670 Juifs soumis à diverses protections étrangères et répartis en un nombre de familles qui n'a pu être déterminé et 150 orphelins.

Proportion des Juifs aux chrétiens en 1859

La proportion des Juifs (118922) aux chrétiens (1206906) était donc, en 1859, d'environ 9%.

Elle avait plus que doublé depuis 1831!

Accroissements comparé des chrétiens et des Juifs.

Dans les vingt et un ans écoules depuis le recensement précédent (1838), le nombre des Juifs était monté de 80000 à près de 119000, ce qui revient à un accroissement de 48,75% soit une moyenne d'accroissement annuel de 2,30%.

Si nous faisons ces comparaisons avec l'état de choses existant en 1831, nous constatons que, de 1831 à 1859, c'est-à-dire en vingt-huit ans, le nombre des Juifs a sauté de 37000 à près de 119000 ce qui, équivaut à un accroissement de 222%.

Pendant la même période, le nombre des chrétiens s'étant accru de 323000 âmes, il s'ensuit que leur accroissement a été de 36,6%.

Tandis que l'accroissement moyen annuel des chrétiens pendant la période de 1831 à 1859 à été de 1,3% celui des Juifs a presque atteint 8%.

Si c'est l'année 1803 que nous prenons pour point de départ de notre comparaison, nous constatons qu'en 56 ans, le nombre des Juifs, en Moldavie est monté de 12000 à plus de 119000 âmes, ce qui nous donne un accroissement de plus de 107000 âmes, soit tout près d e 900%.

Sur un total de 65745 habitants, Iassy comptait 31015 Juifs contre 34730 chrétiens, c'est-à-dire que les Juifs formaient 47% de la population de la capitale.

L'accroissement des Juifs dans cette ville, entre 1838 et 1859, a été très-faible: 1363 âmes. Elle en était saturée.

Les douze autres chefs- lieux de district, sur une population totale de 147192 habitants en 1859, comptaient 43681 Juifs, soit 29,7% de cette population.

Le nombre des Juifs avait donc monté de 22876, en 1838, à 43681, soit, une différence de 20805 âmes, ce qui équivaut à un accroissement de 47,6%.

Voici les accroissements partiels les plus considérables:

Tecucĭ, 96 Juifs en 1838, 161 Juifs en 1869, soit un accroissement de 67%.

Roman, 1936 Juifs en 1838, 3290 Juifs en 1859, soit un accroissement de 70%

Bêrlad, 960 Juifs en 1838, 2001 Juifs en 1859, ce qui revient à un accroissement de 108%.

Bacău, 1740 Juifs en 1838, 3819 Juifs en 1859, soit un accroissement de 120%.

Piatra, 1760 Juifs en 1838, 3910 Juifs en 1859, soit un accroissement de 122%.

Focsanï, 732 Juifs en 1838, 1855 Juifs en 1859, soit un accroissement de 153%.

Husï, 944 Juifs en 1838, 2395 Juifs en 1859, soit un accroissement de 154%.

Galati, 984 Juifs en 1838, 3137 Juifs en 1859, soit un accroissement de 230%.

On voit que c'est principalement sur les villes de la Basse Moldavie qu'a porté, surtout, le flot de l'immigration juive pendant cette période.

Les Juifs étaient en majorité à Fălticenĭ qui en renfermait 5716 sur 9077 habitants.

A Botoşanĭ ils formaient près de 49%, à Dorohoĭ plus de 50% de la population totale de ces villes.

Ils formaient à Piatra 33%, à Roman 27%, à Bacaù 43%, à Focsani 15%, à Tecucĭ 2,7%, à Galati 13,58%, à Bêrlad 15,92%, à Vasluĭ 26%, à Husï 19% de la population totale.

Les six villes secondaires de Herţa, Hîrlăŭ, Tîrgul-Niamţ, Tîrgul-Frumos, Tîrgul-Ocnei et Fălciu, sur un total de 30076 habitants, renfermaient 7886 Juifs, soit 26,2% de leur population totale.

La population juive totale de ces six villes étant de 5344 âmes en 1838, l'accroissement a donc été de 2542 âmes, soit de près de 50%.

Les bourgades, au nombre de soixante-trois, contre quarante deux en 1838, contenaient une population de 48841 âmes dont 22061 Juifs, soit près de 50% de cette population totale.

En 1838 il y avait 10744 Juifs habitant dans quarante deux bourgades; en 1809 il y en avait 22061 établis dans soixante trois bourgades, soit un accroissement de 50% dans le nombre des bourgades et de plus de 105% dans celui des Juifs habitant ces localités.

La population des campagnes était de 1037353 âmes dont 14279 Juifs, soit près de 1,4% de cette population.

La population juive des campagnes de la Moldavie eu 1838 était de 6370 âmes, l'accroissement a donc dépassé 124%.

Il n'y pas eu de recensement général de la population, en Roumanie, entre 1859 et 1899.

Les recensements fiscaux de 1884, et de 1889, aussi bien que celui de 1894 ont été des opérations incomplètes, dont les résultats ne sauraient inspirer qu'une médiocre confiance. Je ne m'en occuperai donc pas.

Recensement de 1899.

Les résultats définitifs du recensement de 1899 ne sont pas encore connus mais il est, dés à présent, certain qu'ils ne s'écarteront pas sensiblement des chiffres provisoires publiés par le service statistique [24].

Les tableaux qui suivent donnent les résultats de ce recensement par rapport à la question juive en même temps qu'ils permettent de constater les accroissement successifs du nombre des Juifs, de 1803 à 1899.

TABLEAU XV Nombre des habitants chrétiens et juifs de la Moldavie, par district, en 1899

TABLEAU XVI Nombre des habitants chrétiens et juifs des villes chefs-lieux de district de la Moldavie en 1899

TABLEAU XVII Nombre des Chrétiens et des Juifs habitant les villes non-chefs-lieux de district de la Moldavie en 1899

TABLEAU XVIII Population rurale (Chrétiens et Juifs) de la Moldavie en 1899

TABLEAU XIX Nombre des habitants juifs des bourgs de la Moldavie en 1899 [25]

 

La population totale du Royaume était de 5912520 fîmes en Décembre 1899: sur ce nombre on comptait 269015 Juifs.

Le nombre des Juifs s'élève à 196000 en 1899.

La population totale des treize districts delà Moldavie était de 1832106 âmes, dont 195887 Juifs.

Proportion des Juifs à la population totale de la Moldavie en 1899. Accroissement comparé des chrétiens et des Juifs.

Les Juifs formaient donc 10,7% de la population totale.

L'accroissement absolu depuis 1859 est, donc de 76750 âmes, soit 64,5% pour quarante ans ce qui fait une moyenne d'un peu plus de 1,6 par an.

L'accroissement de la proportion des Juifs aux chrétiens est, pour la même période, de 1,7%.

L'accroissement de la population chrétienne de la Moldavie pendant les mêmes quarante ans a été de 429313 âmes, ce qui équivaut à un peu moins de 35,57% soit 0,89% par an.

Si ce sont les chiffres de 1831 que nous prenons comme point de comparaison, nous constatons que les chrétiens ont augmenté de 883000 à 1636000 ce qui équivaut à un accroissement de 85,3% en 68 ans, soit environ 1,33% par an.

Pendant la même période, le nombre des Juifs a augmenté de 37000 à 196000, ce qui équivaut à un accroissement de 430% en 68 ans ou 6,32% par an.

Si c'est l'état de choses existant en 1803 que nous comparons à celui de 1899, nous voyons que les chrétiens ont augmenté de 604000 à 1636000; les Juifs de 12000 à 196000, ce équivaut à un accroissement de 170,8% pour les premiers, de 1533%, pour les seconds.

La population de Iassy, à la suite de l'Union, dont la première conséquence a été le transfert de toutes les autorités centrales à Bucarest, n'a progressé que de 65745 habitants, en 1869, à 78067 en 1899. Ce dernier chiffre se décomposait en 39941 Juifs et 38126 personnes appartenant à d'autres religions.

Les Juifs forment donc 51,2% de la population de l'ancienne capitale moldave.

Leur accroissement depuis 1859 a été de 8926, soit de 28,15%. Pour les habitants appartenant aux autres cultes nous avons un accroissement de 3396 âmes, soit 8,8%.

Les douze autres chefs-lieux de district de la Moldavie ont vu leur population croître de 146091 habitants, en 1859, à 250992 en 1899.

Mais le nombre des Juifs établis dans ces villes, qui était de 43681 en 1859, avait monté, quarante ans plus tard, à 86,688, c'est-à-dire, qu'à très-peu de chose près, il avait doublé. Nous voyons, de plus, que sur l'accroissement du nombre des habitants des douze chefs-lieux de district, entre 1859 et 1899, l'accroissement se montant à 104901 âmes, la proportion qui revient aux Juifs est de 42,9%.

C'est-à-dire que, pendant que la population juive des douze chefs-lieux de district de la Moldavie, se montant à 43681 âmes en 1859, augmentait de 43007 âmes, la population chrétienne, comptant 102410 âmes en 1859, c'est-à-dire trois fois supérieure à la population juive, n'a augmenté, que de 61894 âmes.

Pendant que l'accroissement des Juifs était de 100%, celui des chrétiens n'était que de 60%.

De 29,9% en 1859, la proportion des Juifs aux chrétiens était montée en 1899, dans les chefs-lieux de district de la Moldavie, à près de 35%.

Les six villes de Herţa, Hîrlăŭ, Tîrgul-Frumos, Tîrgul-Niamţ, Tîrgul-Ocnei et Fălciu ont vu leur population monter de 27374 à 81364 âmes. Elles renfermaient 7886 Juifs en 1869, en 1899 elles en contenaient 12272.

Tandis que le nombre des chrétiens y avait diminué de 1396 âmes, celui des Juifs s'était accru de 4386 âmes, soit 55,6%.

En 1859 les Juifs formaient dans ces villes environ 29% de la population, en 1899 leur proportion était de près de 39%.

Dans les soixante trois bourgs existant en 1859, le nombre des Juifs avait monté de 22061 à 41467, ce qui équivaut à un accroissement de 19406 âmes soit 87,9%.

On comptait enfin, dans les villages de la Moldavie en 1899, un nombre de 16019 Juifs contre 14279 en 1859. L'accroissement est d'environ 2270 âmes, soit de près de 16%.

La modicité de cet accroissement, est certainement, dû aux mesures énergiques prises par les différents gouvernements pour empêcher les Juifs de prendre pied dans les campagnes.

Ainsi qu'il ressort des chiffres ci-dessus, l'accroissement des Juifs, en Moldavie, pendant la période 1859—1899 à été d'environ 1,6%.

Ce taux d'accroissement, est certainement très-élevé et, mal heureusement, presque double de celui des chrétiens moldaves mais, étant donné la grande natalité des Juifs d'une part et leur très faible mortalité de l'autre, on peut hardiment le considérer comme l'accroissement propre des Juifs habitant la Moldavie en 1859. C'est-à-dire que les 118922 Juifs établis dans la Principauté en 1859, ont certainement pu devenir 195887 Juifs en 1899 par le simple effet de l'accumulation de l'excédent annuel des naissances sur les décès. Il n'y a pas eu besoin d'immigration étrangère pour atteindre ce chiffre.

L'immigration des Juifs a continué après 1859.

Mais cela n'empêche pas, que sur les 195887 Juifs établis en Moldavie on 1899, un nombre fort considérable, au delà de 50000, sont venus de la Galicie ou de la Pologne russe bien postérieurement à 1859, jusque dans les dernières années.

Mais, me demandera-t-on, comment se fait-il, alors, qu'il n'y avait en 1899, en Moldavie, que le nombre de Juifs correspondant à l'accroissement naturel de ceux qui s'y trouvaient en 1859?

Plus de 50000 Juifs émigrés de Moldavie en Valachie y ont été remplacés en Moldavie par de nouveaux arrivés de Pologne.

Par ce qu'il y en a en plus de 50000 qui ont émigré en Valachie.

Le fait est absolument incontestable.

Le recensement exécuté en Valachie en 1860 nous donne un total de 9234 Juifs établis dans cette Principauté [26].

Du recensement général de 1899 [27] il résulte que dans les 17 districts de la Valachie on comptait alors 68852 Juifs, soit 59618 de plus qu'en 1859.

En admettant pour les 9234 Juifs établis en Valachie en 1859, le taux d'accroissement constaté pour ceux de la Moldavie pour la période 1859—1899, c'est-à-dire 64% pour quarante ans, nous obtenons 15143 âmes comme total des Juifs de la Valachie en 1899.

Le surplus de 53709 est certainement dû à une immigration.

Quiconque a eu l'occasion de fréquenter des Juifs en Valachie, a pû, constater qu'à de rares exceptions près, ceux qui ne sont pas nés dans le pays sont venus de Moldavie, et que les parents de beaucoup de ceux qui sont nés en Valachie viennent de la Principauté sœur.

Tandis qu'en Moldavie on trouve encore beaucoup de Juifs ne connaissant pas le roumain, en Valachie tous le parlent et avec beaucoup moins d'accent que leurs congénères de la Moldavie.

Il est rare de trouver en Valachie des Juifs venus, eux ou leurs parents, d'ailleurs que de la Moldavie.

Ces faits me semblent prouver jusqu'à l'évidence que les cinquante mille Juifs émigrés de Moldavie en Valachie à la suite du transfert du centre des affaires de la Moldavie à Bucarest et d'autres causes, dont ils sera parlé plus loin, ont été remplacés dans la Roumanie septentrionale par cinquante mille Juifs venus de la Galicie et de la Pologne russe au cours des quarante ans qui séparent 1859 de 1899.

L'immigration juive en Moldavie, loin d'avoir cessé en 1859, a continué jusqu'à nos jours.

L'auteur de ce travail a eu l'occasion de voir en 1897, à Tîrgul-Ocnei, prés de la frontière hongroise, plusieurs familles juives récemment immigrées de Russie et dont aucun des membres ne comprenait le roumain.

Cette immigration même, en réalité, a été beaucoup plus considérable qu'il ne ressort des chiffres ci-dessus à cause de l'émigration des Juifs de Roumanie en Amérique, de 1875 à 1899. Aux cinquante et quelques mille Juifs immigrés dont il est question plus haut, il convient d'en ajouter 25000 qui ont remplacé les Juifs, de Roumanie se trouvant à New York en 1899.

Tableaux comparatifs montrant l'accroissement du nombre des Juifs en Moldavie de 1803.

Il m'a semblé utile pour la compréhension de la question d'établir, dans les tableaux suivants, les chiffres montrant les accroissement successifs, depuis 1803, des Juifs établis en Moldavie.

TABLEAU XX Accroissements successifs du nombre des habitants juifs de Moldavie par districts, de 1803 à 1899

TABLEAU XXI Accroissements successifs du nombre des habitants juifs des villes chefs-lieux de districts de la Moldavie, de 1803 à 1899

TABLEAU XXII Accroissements successifs du nombre des habitants juifs des villes non chefs-lieux de district de la Moldavie, de 1803 à 1899

TABLEAU XXIII Accroissements successifs du nombre des habitants Juifs des bourgs de la Moldavie de 1803 à 1899

TABLEAU XXIV Accroissements successifs du nombre des habitants juifs des villages de la Moldavie, de 1803 à 1899

 

II.

Petit nombre des Juifs en Valachie.

Les Juifs ont, de tout temps, été moins nombreux en Valachie qu'on Moldavie quoiqu'il y en ait eu, probablement, depuis la fondation de la Principauté. Du recensement fait par les Autrichiens, dans la Petite Valachie en 1729, il résulte que les cinq districts d'au delà de l'Olt ne contenaient alors que 4 Juifs.

Il y avait 127 familles juives a Bucarest en 1820.

Une statistique officielle de 1820[28] ne nous montre de communauté juive qu'à Bucarest: elle comptait 127 chefs de famille payant une contribution de 460 lei. Il résulte pourtant de divers documents que Craiova contenait aussi une petite colonie juive et que celle-ci avait même un prévôt. Il est probable qu'il y avait aussi des Juifs isolés dans quelques autres villes comme Ploesti, Pitesti et Tîrgoviste.

Recensement de Juifs 1831, 3300

Le premier dénombrement sérieux de la population, en Valachie, fût celui qui fut fait par les soins du Gouvernement provisoire en 1831.

Des dossiers relatifs à cette opération, il résulte que la population totale de la Principauté était alors d'environ 1650000 habitants. Sur ce nombre il y avait 829 familles juives ce qui, à 4 membres par famille, nous donnerait un total de 3316 âmes; 270 familles étaient soumises à diverses protections étrangères.[29]

Du tableau XXV qu'on trouvera plus bas, il résulte que près des trois quarts de la population juive, soit 594 familles, étaient établis à Bucarest. Presque tous habitaient dans les villes, le nombre des commerçants était de beaucoup plus considérable que celui des artisans.

Proportion des Juifs à la population totale.

La proportion des Juifs à la population totale on Valachie, en 1831, était donc de 2 pour mille.

Recensement de 1838. 6000 Juifs.

Du recensement de 1838, dont les résultats par rapport aux Juifs se trouvent consignés dans le tableau XXVI, il résulte que le nombre des chefs de famille juifs avait augmenté de 829 à 1490, soit une augmentation d'environ 80% on sept ans qui, évidemment, est due à l'immigration. Sur ce nombre, 553 familles étaient soumises à diverses protections étrangères.[30]

Accroissement du nombre des Juifs de 1831 à 1838

Les accroissements principaux sont ceux qu'on constate à Bucarest (922 contre 594), puis dans les districts de Rîmnicul Sărat (73 contre 2), Prahova (71 contre 36) et Braila (117 contre 25). En comptant 4 membres par famille nous obtenons un total de 6960 âmes.

Proportion des Juifs à la population totale.

La population totale de la Principauté en 1838 étant d'environ 1800000 âmes, la proportion des Juifs était donc montée à 3,31 pour mille.

Recensement de 1860. 9264 Juifs.

Les résultats du dénombrement de 1860 accusent une population totale de 2400921 âmes dont 9234 Juifs, ainsi qu'il résulte du tableau XXVII ci-après.[31]

L'accroissement pour vingt-deux ans, qui a été de 600921 âmes soit 33% pour la population totale, a été, pour les Juifs, de 3294, soit 55%. L'accroissement moyen annuel a donc été d'environ 1,5% pour les chrétiens et de 2,5% pour les Juifs.

Accroisement du nombre des Juifs de 1838 à 1860

Les accroissements principaux sont ceux de Bucarest (5914 contre 3688), des districts de Prahova (618 contre 388) et Braila (1095 contre 468). Ils n'avaient guère fait de progrès dans les campagnes où il n'y en avait quo 90 d'établis.

Leur proportion était maintenant d'environ 3,89 pour mille de la population totale.

Bucarest comptait 121754 habitants en 1860; la proportion des Juifs était, par conséquent, d'environ 4,90% ; à Ploesti qui, sur 26408 habitants comptait 301 Juifs, elle était de 1,13%, à Braila (25767 hab.) de 4,25%, à Craiova (21521 hab.) de 1,23%.

Recensement de 1899.

Il est très-regrettable que nous ne possédions pas, pour la période 1860-1899, de recensement sérieux de la population nous permettant de suivre le mouvement d'émigration des Juifs de Moldavie en Valachie et, principalement, à Bucarest. Ces recensements manquant, noua devons nous borner à constater le fait de cette immigration, telle qu'elle ressort des résultats du recensement général de 1899 qui se trouvent résumés dans les tableaux ci-après : XXVIII, XXIX, XXX et XXXI.

Nous voyons que la population de la Valachie était, en 1899, de 3822172 âmes dont 68852 Juifs.[32]

Accroissement comparé du nombre des chrétiens et de celui des Juifs de 1860 à 1899.

L'augmentation totale est donc de 1421251 âmes en 39 ans, soit 59,22%; celle des chrétiens est de 56,95%, celle des Juifs de plus 635%. Ces chiffres nous donnent les accroissements moyens annuels suivants: 1,52% pour la populations totale, 1,46% pour les chrétiens et 16,23% pour les Juifs.

En 1899 comme en 1860, ils continuent à être concentrés principalement dans les villes dans six desquelles ils sont au nombre de plus de 1000. Bucarest en compte 43274. Ils ont donc plus que sextuplé dons la capitale et leur rapport à la population totale, qui était de 4,90% en 1860, était de 15,41% en 1899.

A Braila où ils étaient 1095 en 1860, il y en avait 10811 en 1899 c'est-à-dire environ dix fois plus. La proportion au reste de la population de cette ville avait monté dans le même espace de temps de 1,25% à 18,51%.

Elle était maintenant de 6,35% à Craiova (contre 1,23% en 1860), de 5,67% à Ploesti contre 1,13% en 1860. Enfin, en 1899, toutes les petits communes urbaines de la Valachie contenaient des communautés juives dont plusieurs comptaient plusieurs centaines de membres. On trouvera ces comparaisons exposées dans les tableaux XXXII et XXXIII ci-après.

TABLEAU XXV Nombre des chefs de famille juifs établis en Valachie d'après le recensement de 1831

TABLEAU XXVI Nombre des chefs de famille juifs établis en Valachie d'après le recensement de 1838

TABLEAU XXVII Nombre des Juifs (en âmes) établis en Valachie en 1860

TABLEAU XXVIII Nombre dès habitants juifs et chrétiens de la Valachie par district en 1899

TABLEAU XXIX Nombre des habitants juifs des chefs-lieux de district de la Valachie en 1899

TABLEAU XXX Nombre des Juifs habitant les villes non chef-lieux de district de la Valachie en 1899

TABLEAU XXXI Nombre des Juifs établis dans les villages de la Valachie en 1899

 

Les tableaux suivants: XXXII et XXXIII donnent les accroissements successifs des Juifs en Valachie, par district et chef-lieux de district, de 1831 à 1899.

TABLEAU XXXII Accroissements succesifs des habitants juifs de la Valachie par district de 1831 a 1899

TABLEAU XXXIII Accroissements successifs des habitants juifs des chefs-lieux de district de la Valachie, de 1831 a 1899

 

Outre les 195887 Juifs de la Moldavie et ceux de la Valachie, au nombre de 68862, la Roumanie comptait encore, en 1899, 4276 Juifs dans la Dobrogea contre la quelle elle avait été forcée par le traité de Berlin d'échanger les trois districts de la Bessarabie qui lui avaient été rétrocédés à la suite du traité de Paris.

Les Juifs de la Dobrogea

Les deux districts de Tulcea et de Constanta formant la Roumanie transdanubienne (Dobrogea) avaient, en 1899, une population totale de 258242 habitants. La proportion des Juifs y est donc d'environ 1,60%. C'est une proportion qui n'a rien d'inquiétant.

Le seul peconsement sérieux de la population, de la Dobrogea ayant été celui qui à été effectué en 1899, les points de repère pour pouvoir constater si le nombre de ces Juifs est en croissance ou en décroissance font complètement défaut.

De l'ensemble des chiffres exposés plus haut il me semble résulter de la manière la plus évidente que:

Une minime partie des Juifs habitant actuellement la Roumanie, seule, saurait élever la prétention d'être autochtone ou au moins, pourrait prouver qu'elle est établie dans ce pays depuis trois ou quatre génération. L'énorme majorité de la population juive se trouvant actuellement en Moldavie et en Valachie y a émigré de la Pologne russe et de la Galicie, dans le courant du siècle passé.

Les tableaux ci-dessous nous fournissent un terme de comparaison en nous donnant les accroissements succesifs du nombre des Juifs, de 1816 à 1890, dans un pays qui s'est développé pendant cette période d'une façon saine et normale, qui possède la meilleure administration de l'Europe et qui, par sa culture, occupe un rang proéminent, la Prusse.

TABLEAU XXXIV. Accroissement de la population juive comparé à celui de la population totale dans les provinces appartenant à la Prusse antérieurement à 1866. [33]

TABLEAU XXXV Accroissements de la population juive en Prusse, de 1816 à 1900.

 

Voici, enfin, un tableau duquel il résulte que la Roumanie, sous le rapport de la densité de la population juive, occupe le quatrième rang parmi les États de l'Europe. Si on fait cette comparaison pour les provinces de ces mêmes États, la Moldavie occupe le quatrième rang, la Valachie le huitième, la Dobrogea le neuvième. C'est la Bucovine qui occupe le premier.

TABLEAU XXXVI. États européens et provinces rangés d'après la proportion des Juifs aux Chrétiens.

Accroissement comparé de la population totale, de la population chrétienne et de la population juive en Moldavie, de 1803 à 1899.

 

LÉGENDE

—————        Population totale

— · — · — ·        Population chrétienne

····················         Population juive

Accroissement comparé de 1000 Juifs et de 1000 Chrétiens: en Moldavie de 1803 à 1899; en Valachie de 1831 à 1899.

 

LEGENDE

— — — —         Chrétiens en Moldavie

— · — · —·                         Chrétiens en Valachie

—————        Juifs eu Moldavie

·····················            Juifs en Valachie

 



[1] Sur la situation des Juifs en Moldavie voir le Chapitre II.

[2] Succursale de l'Archive de l'État, à Iassy. Manuscrit No. I.

[3] Manuscrits de l'Académie roumaine, No. 1471.

[4] Succursale de l'Archive de l'État, à Iassy. Manuscrit No. 3.

[5] Manuscrits de l'Académie roumaine, No. 882.

[6] Manuscrits de l'Académie roumaine. No. 504, Publié dans les Vol. VII et VIII de l'Uricar de th. codresco.

[7] edm. sincerus, dans son livre: Les Juifs en Roumanie depuis le traité de Berlin jusqu'à ce jour, dit, à la page 211: „qu'une statistique des contribuables moldaves de 1803 nous donne plus de 4000 contribuables juifs” et nous renvoie précisément à la Condica Liuzilor publiée par CODRESCO dans son Uricar. Sincerus oublie sans doute de retrancher du compte les Juifs de la Bessarabie, sans cela il n'en aurait certes pas trouvé plus de 2527. Mais il me semble que même avec ceux des districts d'au delà du Pruth, ravis à la Moldavie en 1812, on pourrait difficilement arriver au total de 4000 chefs de famille qu'indique Sincerus. Je l'engage vivement a vérifier ses additions.

[8] Pour ce qui est relatif à la Bucovine voir le Chapitre VIII.

[9] Manuscrits de l'Académie Roumaine, No. 91, p. 237.

[10] Succursale de l'Archive de l'État a Iassy. Dossiers du recensement de 1820. Trsp. 166. Op. 181, No. 7 et suiv.

[11] Académie Roumaine. Manuscrit No. 891

[12] Ibid., ibid.

[13] Ibid., ibid.

[14] Ibid., Manuscrit No. 890.

[15] L'exactitude de ce calcul m'a été confirmée quelque temps après que je l'eus établi. Un ami m'ayant signalé dans le manuscrits de feu Béizadé Nicolas Soutzo, un état des contribuables pour 1821, c'est-à-dire pour l'année qui suivit le recensement, je trouvai la pièce dans le 10-me volume de ces manuscrits, à la page 108 (No. 1033 des Manuscrits de l'Académie). Le nombre des contribuables juifs en 1821, d'après cette pièce, aurait été de 4654.

[16] Succursale de l'Archive de l'Étal à Iassy, Manuscrit No. 28.

[17] Académie Roumaine. Manuscrit No. 892

[18] Pour plus de détails soir le Chapitre III.

[19] Ces tableaux sont établis sur les dossiers du recensement général effectué en 1831 et conservés à la Succursale de l'Archive de l'État à Iassy. Trsp. 885. Op. 1011. No. 1—63. Le dénombrement détaille des Juifs, résumé dans le Tableau V, se trouve dans les: Dossiers relatifs au recensements de 1831.. Trsp. 644. Op. 708.

[20] Succursale de l'Archive de l'état à Iassy, Trsp. 1423, No. 851 le suiv. (pour le tableau VII), Trsp. 1310, Op. 1488, No. 1327 (pour et tableau VIII).

[21] Succursale de l'Archive de l'État a Iassy, Trsp. 1433. Op. 1619, No. 1045.

[22] Budgetele veniturilor şi cheltuelilor Departamentului de Finance a Principatulul Moldovei. Iasi, 1858, p. 730.

[23] Lucrari statistice facule in anii 1859—1860 făcute de direcţia centrală de statistică din Ministerul de Interne a Moldovei. Iasi, 1861.

[24] Recensamînt general al populaţiunei României din Decembre. 1899 cu o introducere de Leonida colescu, Seful Serviciului Stalisticei Generale. Bucuresti, 1901.

[25] D'après les renseignements pris au Service Statistique du Ministère des Domaines

[26] Analele Statistice ale României pe 1865, VII, p. 28 et suiv.

[27] L. Colescu. Op. cit.

[28] V. A. urechia. O statistica a Tarii Românesti din 1830. (Publication de la l'Académie Roumaine) Bucarest 1887.

[29] Archives de l'État à Bucarest. Dossiers relatifs au recensement de 1831.

[30] Ibid. Dossiers relatifs au recensement de 1838.

[31] Analele Statistice ale României, VI, p.28 et suiv. p. 38 et suiv.

[32] L . Colescu. Op. cit.

[33] Dr. S. Neumann. Zur Statistik der Juden in Preussen von 1916 bis 1880. Berlin 1884, complété par les données de la Statistik des Deutschen Reichs. Neue Folge. LXVIII, p. 76.

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