Cette idée de reverdir la plus grande métropole européenne n'est pas une vision neuve. Elle a longtemps été un cheval de bataille des différents hommes politiques qui se sont succédé à la Mairie du Grand Istanbul, mais le projet entrepris par Monsieur Tayyip Erdogan, Maire affilié à l'ex-parti religieux REFAH, depuis 1995, semble être un des rares projets énoncés lors d'une campagne électorale, qui soit vraiment sur le chemin de la concrétisation.
Cette ébauche de plantation à tout-va, est née en 1996, quand le Maire, à grands renforts de panneaux publicitaires et de tentative de conscientisation collective, annonçait qu'il allait entamer un programme, prévoyant la mise en terre de 100 000 arbres. En fait, à la fin de l'année, on comptait 120 000 nouveaux arbres plantés. Fort de son succès et galvanisé par les chiffres qu'il pouvait afficher dans les magazines municipaux, ou sur les antennes de télé, Monsieur Erdogan proposa pour l'année 1997 un doublement des plantations, et pariait sur le chiffre de 200 000 nouvelles pousses vertes. Son pari a été tenu, puisque ce sont 220 000 unités que le Maire affichait fièrement en décembre de cette même année.
Ne reculant devant aucun sacrifice, et l'écologie étant devenue un véritable argument électoral pour les citadins d'Istanbul, Monsieur Erdogan prévoit en 1998, 400 000 arbres supplémentaires, ce qui dotera la ville, si les objectifs sont maintenus, d'un million de nouveaux arbustes depuis le lancement du programme.
Parallèlement à la mise au vert des espaces publics, des bords de route, des espaces dégagés dans les forêts ou des principales artères commerciales de la ville, les propriétaires de parcelles bénéficiant d'un espace dégagé et non-construit se sont vus notifier par la Mairie que la plantation de quelques arbres sur ces espaces serait du meilleur goût et que cela constituerait un devoir civique très apprécié par les autorités municipales...
Mais la mise au vert de la ville a un prix. Et c'est une société de la Mairie, iSTAÇ (istanbul Büyüksehir Belediyesi Çevre Koruma ve Atik Maddeleri Degerlendirme Sanayi ve Ticaret Anonim sirketi) (Société Anonyme de commerce, de recyclage des eaux usagées et de Protection de l'Environnement pour le compte de la Mairie du Grand Istanbul), dirigée par Monsieur Yüksel Kanar, qui tient entre ses mains, et entre ses mains seules, ce très juteux marché qu'est la "chlorophyllisation" de la ville:
Ataköy (carrefour), Avcilar, Aytekin kotil (parc), Ayvansaray (carrefour), Bagcilar, Bahçelievler, Bakirköy, Besiktas (débarquadère), Beyazit (place), Bostanci - Kartal (bord de mer), Çamlica (carrefour), Çubuklu (boulevard), Eminönü (bord de mer), Eyüp Sultan (boulevard), Gaziosmanpasa, Göztepe (forêt), Gülhane (parc), Güzelyali (bord de mer), Kagithane Nurtepe (viaduc), Levent (carrefour), Moda (bord de mer), Okmeydani (parc), Sarayburnu (parc), Sariyer (boulevard), Serencebey (parc), Sultanbeyli (boulevard), TEM 2ième pont (viaduc), Topkapi (carrefour), Tuzla Pendik (bord de mer), Ugur Mumcu (boulevard), Yenikapi (bord de mer), Yesilyurt, Zeytinburnu(1)
Essences | Taille (en cm) | Prix en FF | Prix en Euros |
magnolia | 500 | 1 370 | 207,00 |
lilas | 15 | 170 | 25,75 |
tilleul | 15 | 255 | 38,60 |
mûrier | 300 | 275 | 41,60 |
noisetier | 15 | 345 | 52,30 |
chêne | 15 | 205 | 31,00 |
platane | 25 | 620 | 93,95 |
cèdre bleu | 300 | 410 | 62,12 |
laurier | 200 | 55 | 8,33 |
châtaignier | 15 | 410 | 62,12 |
mélèze | 25 | 580 | 87,87 |
marronnier | 40 | 125 | 18,93 |
Le secteur de la botanique, au niveau commercial, est une branche tout à fait nouvelle dans l'économie de la Turquie, et les plantations à grande échelle qui se déroulent actuellement à Istanbul, devraient servir d'école pour d'autres grandes villes turques, comme Izmir ou Ankara, qui devraient à leur tour entreprendre un programme ambitieux de mise au vert.
Mais, malgré ces chiffres encourageants, il ne faut tout de même pas oublier que les espaces verts ne représentent que 17,5% de la superficie totale de la ville(2) , et que sur les cinq dernières années, 10% des espaces verts ont disparu de la carte, à cause de la pollution, de l'occupation abusive de terrains pour la construction d'habitations ou par la coupe sauvage de bois pour le chauffage en hiver. Ce n'est que dans quelques années que l'on pourra juger de l'efficacité ou non de la politique massive de plantation et le contribuable stambouliote statuera alors sur l'emploi de son argent.
Notes
1. Journal GAZETE PAZAR du 10 mai 1998.
2. Journal SABAH, du 01er juin 1998.