55
cm x 43 cm
Songerie
La
Fileuse
Assise
la fileuse au bleu de la croisée
Où
le jardin mélodieux se dodeline,
Le
rouet ancien qui ronfle l'a grisée.
Lasse, ayant bu l'azur, de filer la câline
Chevelure,
à ses doigts si faibles évasive,
Elle
songe, et sa tête petite s'incline
Un
arbuste et l'air pur font une source vive
Qui,
suspendue au four; délicieuse - arrose
De
ses pertes de fleur le jardin de l'oisive.
Une
tige, où le vent vagabond se repose -
Courbe
le salut vain de sa grâce étoilée
Dédiant
magnifique, au vieux rouet, sa rose.
Mais
la dormeuse file une laine isolée
Mystérieusement
l’ombre frêle se tresse
Au
fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.
Le
songe se dévide avec une paresse
Angélique,
et sans cesse, au fuseau doux, crédule
La
chevelure ondule au gré de la croisée…
(…)
PAUL VALÉRY