Midi
L'azur
De
l'éternel azur la sereine ironie
Accable,
belle indolemment comme les fleurs,
Le
poëte impuissant qui maudit son génie
A
travers un désert stérile de Douleurs.
Fuyant,
les yeux fermés, je le sens qui regarde
Avec
l'intensité d'un remords atterrant,
Mon
âme vide. Où fuir? Et quelle nuit hagarde.
Jeter,
lambeaux, jeter sur ce mépris navrant?
(…)
Le
Ciel est mort. - Vers toi, j'accours! donne, ô matière,
L'oubli
de l'Idéal cruel et du Péché
A
ce martyr qui vient partager la litière
Où
le bétail heureux des hommes est couché,
(…)
En
vain! l'Azur triomphe, et je l'entends qui chante
Dans
les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous
faire peur avec sa victoire méchante,
Et
du métal vivant sort en bleus angélus!
Il
roule par la brume, ancien et traverse
Ta
native agonie ainsi qu'un glaive sûr;
Où
fuir dans la révolte inutile et perverse?
Je suis hanté. L'Azur! l'Azur! l'Azur! l'Azur!
Stéphane Mallarmé