CHRISTIAN BIZIER

L’ÊTRE HUMAIN

GR. 202

 

 

 

 

 

 

 

 

TRAVAIL 1

LE SCHÉMA DES FORCES PRODUCTIVES

 

 

 

 

 

 

 

 

TRAVAIL PRÉSENTÉ À

M. GILBERT KIROUAC

 

 

 

 

 

 

 

 

CÉGEP DE L’ABITIBI-TÉMISCAMINGUE

9 MARS 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans ce travail, on démontrera la priorité et les conséquences des causes matérielles (forces productives) sur les réalités sociales et idéologiques. Cela se fera à partir du schéma (ci-dessous) et à l'aide de deux exemples.

Schéma:

Forces productives

 

Rapports sociaux

 

Idées

- êtres humains

- matières premières

- outils, machines

- techniques, sciences

 

Þ

- La place que chacun

a dans le système de

reproduction d'une

société donnée.

 

Þ

- L'idée que nous nous

faisons de...

Liberté, systèmes politiques

philosophies, religions,

mâle/femelle, etc...

Ý

Exemple 1:

technologies

informatiques Þ Þ - décideur / exécutant

Exemple 2:

- les formes d'autonomie

- "mutation technique"

- prétentions à des libertés nouvelles

selon Toffler.

Selon ce schéma, les forces productives se définissent comme étant soit des personnes, des outils divers (biens ménagers, ordinateurs), etc... Les rapports sociaux sont la place que chacun occupe dans la société vis-à-vis des autres individus (ex. classes sociales). Ces rapports sociaux sont directement influencés par les forces productives, ce que nous verrons à travers les exemples étudiés. Finalement, les idées, ou idéologies, se trouvent être le résultat des deux premiers blocs. Cela signifie que les idées qui sont véhiculées dans notre société se réfèrent aux deux premiers blocs du schéma.

Les technologies informatiques

Les forces productives que sont les technologies informatiques déterminent le mode d'organisation du travail et les rapports sociaux dans notre société "moderne". Cela se voit dans les pays dits "industrialisés" qui, contrairement aux pays en voie de développement, ont accès plus facilement aux ordinateurs, robots et autres machines sophistiquées pour faire avancer leurs industries. Le rapport social entre le patron et l'ouvrier s'en trouve donc directement influencé. Par exemple, il convient d'appliquer le rapport social décideur / exécutant, qui se verra pleinement développé à la prochaine génération, aux systèmes informatiques. Bien que ceux-ci sont implantés dans le système industriel (patron / ouvrier), il caractérisera le rapport social qui est à venir. C'est-à-dire que, par rapport aux technologies informatiques, on ne demande plus à l'être humain de prendre des décisions, il "exécute". L'ordinateur extirpe la capacité de décision de l'être humain. De l'ouvrier sur une chaîne de montage, exerçant son travail "manuellement", à celui qui appuie sur le petit bouton rouge sans savoir pourquoi, un ordinateur travaillant à sa place, on remarque toute l'influence que les technologies informatiques ont sur les rapports sociaux actuels.

Pour appliquer cette situation à des exemples concrets, prenons par exemple un ouvrier qui effectue le tri sur une chaîne de montage quelconque. Il doit exercer son jugement pour effectuer son travail, prendre des décisions pour en arriver au produit fini. Un jour, le patron arrive avec une belle machine, une table de triage, équipée d'un ordinateur pour remplacer son ouvrier. Cela lui permettra d'augmenter la productivité de son entreprise en se libérant d'un ouvrier qui, de toute évidence, n'est pas aussi efficace que sa nouvelle machine. Il propose donc une "formation" (ou plutôt une dé-formation) à son ouvrier pour faire fonctionner son nouvel outil de travail. Il se retrouve donc assis devant sa machine à appuyer sur des petits boutons colorés toute la journée. Cela dit, on remarque ici le rapport social qui vient de changer. De celui de patron / ouvrier, à celui de décideur / exécutant, il y a toute une différence. L'ordinateur prend la place de l'ouvrier, en "décidant" à sa place, qui se retrouve à "exécuter" des tâches quelconques sans exercer sa capacité de jugement.

Cela peut tout aussi bien s'appliquer à d'autres situation concrètes, notamment dans les industries québécoises. Par exemple, pour utiliser un exemple réel, la compagnie Alcan (alumineries) employant 3000 personnes en 1984 à Arvida a "modernisé" son industrie en ouvrant une nouvelle usine à La Baie, employant seulement 300 employés. Ceci dit, la compagnie avait implanté des "systèmes experts" et d'autres systèmes automatisés pour augmenter la productivité de sa nouvelle usine. Voilà qu'elle réussit à quadrupler la production de l'usine d'Arvida, devenue maintenant "archaïque". Les gens, remarquant cette situation, sans pour autant se douter que cela aurait un impact majeur sur les rapports sociaux (décideur / exécutant), ont dit: "Ce sont des ROBOTS.", visant les employés de l'usine "modernisée".

Plus haut, il est fait mention des pays en voie de développement. Le schéma peut tout aussi bien s'appliquer à leur situation. Premièrement, l'expression "en voie de développement" caractérise le sentiment de supériorité des pays dits "industrialisés" vis-à-vis ceux-ci. L'industrialisation elle-même apporte peut-être un facteur majeur dans la hiérarchisation de la société mondiale, mais en observant le schéma, on remarque que les pays "pauvres" accusent seulement un certain retard dans l'évolution des rapports sociaux. Comme la société industrialisée est en train de passer au rapport décideur / exécutant, celle que l'on dit en voie de développement est en train d'entrer dans celui de patron / ouvrier. Malgré que l'on déplore la situation telle qu'on exploiterait des enfants dans les manufactures, la même situation existait au Québec au début du XXe siècle. On remarque ici que les rapports sociaux, bien que différents selon le modèle de société dans lequel on se trouve, suivent l'évolution du schéma des forces productives.

Donc, considérant les forces productives que sont les technologies informatiques et les rapports sociaux qui en résultent, on peut maintenant observer les idées, ou idéologies, qui sont véhiculées dans notre société. Dans un premier lieu, cela influence l'idée que nous nous faisons de la liberté. En effet, si l'on définit la liberté comme étant la possibilité d'exercer sa capacité de décision, le libre arbitre, le rapport social décideur / exécutant contrevient à cette idée puisqu'il extirpe cette capacité de décision de l'être humain. Le pauvre petit ouvrier, devant sa grosse machine, croit qu'il effectue une tâche importante. Il ne se rend pas compte qu'il agit seulement en qualité d'exécutant, il ne décide pas ce qu'il doit faire, il fait "fonctionner" la technologie. C'est là que l'on remarque l'idéologie qui se dégage des rapports sociaux. L'exécutant considère comme normal le fait de végéter devant sa machine, qui travaille pour lui, prend les décisions à sa place. Dans ce cas précis, les gens viendront à considérer comme normal d'être des "robots".

Toffler

Tout d'abord, avant d'entrer plus profondément dans le second exemple, nous devons effectuer un certain portrait du contexte de ce que voulait dire Toffler. Marx considérait, à son époque, la classe minoritaire des ouvriers de fabrique comme porteuse de la société future. Il avait constaté que le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuel. Il a dit qu'à un certain degré de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en collision avec les rapports de production existants. Il faut dire que Marx est lui-même à l'origine du schéma des forces productives. C'est ce sur quoi se base Toffler, en grande partie, en ce qui concerne les aspects qui seront traités au cours du deuxième exemple.

Premièrement, les formes d'autonomie dont parle Toffler se basent sur le bouleversement des valeurs. Il mentionne que de minuscules entreprises dament le pion aux trusts dans la plupart des secteurs d'avant-garde. Cela s'explique puisqu'en même temps que la base matérielle, la pensée et les valeurs sur lesquelles était fondé l'ordre industriel se disloquent. C'est à dire que l'industrialisme, fondé sur la religion du travail, de la puissance, de la mass-production est en train d'être supplanté par ce qu'il appelle la prosommation (l'auto-production). Cette nouvelle philosophie du "faites-le vous-mêmes" s'applique autant du côté médical que des diverses ressources matérielles. Médical en ce sens que l'auto-diagnostic prend de plus en plus d'ampleur; les gens eux-mêmes prennent en main leur santé et leurs maladies. D'un autre côté, cela se manifeste à travers les divers biens de consommation et les richesses. Toffler entrevoyait une économie dans laquelle la richesse ne sera ni l'argent, ni le temps de travail mais le temps libre, lui-même devenu productif et créateur. Il explique qu'une majorité de gens découvriront qu'en dix ou vingt heures de temps libre, on peut faire beaucoup plus par soi-même qu'avec l'argent gagné en dix ou vingt heures de travail payé. Le revenu cessera donc de pouvoir mesurer le niveau de vie.

Cette nouvelle forme d'autonomie sera rendue possible par l'autoproduction, qui tendra à supplanter la production pour le marché, ce qui amènera une modification importante au niveau de notre système économique ainsi que notre échelle de valeurs. Toffler applique aussi ce point de vue aux systèmes politiques. Il fait ressortir qu'aujourd'hui, les partis politiques n'inspirent plus que colère et mépris. Donc, aucune majorité n'est désormais possible sur un programme politique d'ensemble. C'est-à-dire que les institutions politiques ont perdu le contrôle sur les réalités et les événements. Selon Toffler, le leadership ne peut plus servir qu'à donner l'illusion du leadership.

Ensuite, par "mutation technique", il entend que beaucoup des techniques qui sont développées par l'actuel système industriel, notamment les techniques informatiques, peuvent tout aussi bien se retourner contre ce système et accélérer sa décomposition, en d'autres termes, faire sauter les deux premiers blocs du schéma des forces productives. Il utilise l'exemple des technologies de la presse. Les mini-ordinateurs ont permis la construction de machines à composer et à imprimer peu coûteuses. Ces machines peuvent être installées dans des locaux quelconques, à l'inverse d'exiger des bâtiments adaptés, et être utilisées par des non-professionnels. C'est là que l'on remarque la nette évolution des rapports sociaux. En effet, puisque l'évolution de la technologie permet de remplacer des ouvriers spécialisés, cela fera avancer le rapport décideur / exécutant. Les mutations techniques sont observables de diverses façons dans notre société. Toujours en restant sur la base des technologies informatiques, cette évolution des méthodes de production débouche sur une panoplie de machines "intelligentes" (robotisation) qui abolissent la distinction entre le travail manuel et intellectuel.

Ce remplacement des travailleurs-décideurs permettra à chaque individu de pouvoir utiliser à des fins personnelles les qualifications nécessaires pour accomplir leur travail actuel. Cela démontre que Toffler associe les formes d'autonomie, dont il est question plus haut, aux "mutations techniques".

Selon lui, sous ces prétentions à toutes ces "libertés" nouvelles, serait voilé une révolution de la conception que nous nous faisons de notre société, de nos valeurs. Il dit que la "crise" que vit la civilisation industrielle est grosse d'une civilisation si révolutionnaire qu'elle bouleverse tous nos prédicats habituels. Il fait mention des "réactionnaires" qui s'évertuent à sauvegarder l'ordre industriel et la population qui, à l'inverse, prend conscience des problèmes les plus pressants, ne pouvant trouver leur solution dans le cadre de l'ordre industriel. Remarque est faite à propos du flux d'information produit par les industries et les institutions géantes qui dépasse la capacité de synthèse des administrations les plus éroffées et les rendent incapables de "décider" adéquatement. Fait intéressant, Toffler mentionne que même les décideurs de l'industrie agissent à l'aveuglette. Tout compte fait, cette situation finira par aboutir à une certaine "révolution", qui n'ira pas sans conflits aigus, puisque l'agonie du marché et les rapports marchands remet en question tous les pouvoirs et les institutions que la société présente. Il ne faut pas refuser de ne voir dans ce grand chambardement que purs désordres, mais s'ouvrir à ce changement des forces productives.

 

 

 

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