Parsifal, le livret

 

VERSION ALLEMANDE

VERSION FRANCAISE

Erster Aufzug

Premier Acte

Im Gebiete des Grals.

Wald, schattig und ernst, doch nicht düster. Eine Lichtung in der Mitte. Links aufsteigend wird der Weg zur Gralsburg angenommen. Der Mitte des Hintergrundes zu zenkt sich der Boden zu einem tiefer gelegenen Waldsee hinab.
Tagesanbruch. Gurnemanz (rüstiggreisenhaft) und zwei Knappen (von zartem Jünglingsalter), sind schlafend unter einem Baume gelagert.

Von der linken Seite, wie von der Gralsburg her, ertönt der feierliche Morgenweckruf der Posaunen.

(1) GURNEMANZ : (erwachend und die Knappen rüttelnd)
He ! Ho ! Waldhüter ihr.
Schlafhüter mitsammen,
so wacht doch mindest am Morgan !
(Die beiden Knappen springen auf.)
Hört ihr den Ruf ? Nun danket Gott,
Dass ihr berufen, ihn zu hören !

(Er

 

Dans le domaine du Graal.

Forêt ombragée et grave, mais non sombre. Au milieu, une clairière. On supposera que le chemin sur la gauche monte vers la forteresse du Graal. Au centre, au fond de la scène, le sol s'abaisse vers un lac situé en contrebas de la forêt.

Aurore. Gurnemanz, (un vigoureux vieillard) et deux écuyers (de très jeunes gens) sont étendus endormis sous un arbre.

De la gauche, comme venant de la forteresse du Graal, résonne une diane solennelle jouée par des trombones.

(1) GURNEMANZ : (s'éveillant et secouant les écuyers).

Hé ! Ho ! gardiens de la forêt.
Gardiens tous endormis vous-mêmes.
Eveillez-vous au moins le matin !
(les deux écuyers se lèvent d'un bond.)
Endendez-vous l'appel ? Remerciez Dieu maintenant,
De vous avoir appelés à l'entendre !

(Il s'agenouille avec les écuyers et, en silence, récite avec eux la prière matinale; dès que les trombones se taisent, ils se relèvent lentement.)

Debout, jeunes gens… Préparez tout pour le bain.
Il est l'heure d'attendre le roi là-bas.
(Il regarde en coulisse vers la gauche.)
Précédant la civière, sur laquelle on porte le malade,
Je vois déjà les messagers qui s'approchent.
(Deux chevaliers s'avancent.)
Salut à vous… Comment se porte Amfortas aujourd'hui ?
Il a demandé bien tôt qu'on le baigne :
Les herbes que Gawan lui procura
A force deruse et d'audace
L'ont soulagé, je pense ?

(2) DEUXIEME CHEVALIER :
Tu le penses, toi qui pourtant sais tout ?
Les douleurs revinrent bien vite,
Plus brûlantes encore :
Ne pouvant dormir, à force de souffrance,
Il nous ordonna de hâter le bain.

(3) GURNEMANZ : (baissant la tête tristement).
Nous sommes bien fous, d'espérer un répit,
Alors que la guérison seul
Pourrait le soulager.
Cherchez des herbes, des philtres,
Courez loin par le monde,
L'Unique.

(4) DEUXIEME CHEVALIER :
Nomme-le donc !

(5) GURNEMANZ : (évitant de répondre).
Préparez le bain :

(Les deux écuyers se dirigent vers le fond et regardent à droite.)

(6) DEUXIEME ECUYER :
Voyez là-bas la farouche amazone !

(7) PREMIER ECUYER :
Hé !
Comme vole la crinière de sa diabolique monture !

(8) DEUXIEME CHEVALIER :
Ha, est-ce Kundry, là-bas .

(9) PREMIER CHEVALIER :
Elle apporte sans doute d'importante nouvelles ?

(10) PREMIER CHEVALIER :
Son cheval chancelle.

(11) PREMIER ECUYER :
Volait-il dans les aires ?

(12) DEUXIEME ECUYER :
Le voilà, rampant sur le sol.

(13) PREMIER ECUYER :
De sa crinière, il balaie la mousse.
(Tous regardent attentivement vers la droite.)

(14) DEUXIEME CHEVALIER :
La sauvagesse s'élance à bas de son cheval !

(15) KUNDRY : (entre en scène hâtivement, presque titubante. Costume sauvage, jupe troussée, longue ceinture pendante faite de peaux de serpents; cheveux noirs, à peine tressés, volant au vent; teint du visage brun-rougeâtre; yeux noirs lançant parfois de sauvages éclairs, parfois immobiles, fixes comme ceux d'un mort. Elle court vers Gurnemanz et le force à prendre un flacon de cristal).
Tiens, prends ! - Un baume…

(16) GURNEMANZ :
D'où l'as tu rapporté ?

(17) KUNDRY :
De plus loin que tu peux penser.
Si ce baume n'agit pas,

L'Arabie ne recèle plus rien
Qui puisse le guérir.
Ne posez plus de questions ! (Elle se jette à terre.)
Je suis lasse.

(Un cortège d'écuyers et de chevaliers portant et escortant la civière, sur laquelle Amfortas est étendu, arrive de gauche sur la scène. - Gurnemanz s'est détourné de Kundry et se dirige immédiatement vers les arrivants.)

(18) GURNEMANZ :
Il approche… Voici qu'ils l'apportent. -
Hélas, quelle douleur en mon âme
Quand je le vois, dans l'altière floraison
De ses forces viriles,
Lui, le maître de la plus glorieuse lignée,
Esclave de la maladie !
(aux écuyers.)
Doucement ! Ecoutez ! le roi gémit.
(Les écuyers s'arrêtent et posent la civière.)

(19) AMFORTAS : (se soulèvent un peu.)
C'est bien ainsi ! Merci ! Un peu de repose. -
Après une nuit d'atroces souffrances,
Voici la splendeur matinale de la forêt :
La souffrance s'étonne,
La nuit s'étonne,
La nuit douloureuse s'éclaircit. -
Gawan…? -

(20) DEUXIEME CHEVALIER :
Seigneur, Gawan n'est plus ici.
Comme la force des plantes,
Qu'il a conquises au prix de tant d'efforts,
A pourtant déçu ton espoir,

Il est parti en quérir d'autres.

(21) AMFORTAS :
Sans demander de congé ? - Puisse-t-il expier
Son mépris des lois du Graal !
Malheur à lui, à son défi téméraire,
S'il tombe dans les filets de Klingsor !
Que personne n'enfreigne les accords de paix :
J'attends ce qui m'est destiné.
" La pitié instruit… "
N'était-ce pas ainsi…?

(22) GURNEMANZ :
C'est bien ce que tu nous as dit.

(23) AMFORTAS :
" Le pur, l'innocent,"
Il me semble le reconnaître :
Si je pouvais l'appeler son nom : la Mort !

(24) GURENEMANZ : (tendant à Amfortas le flacon de Kundry.)
Auparavant, essaie encore ce baume !…

(25) AMFORTAS :
D'où vient ce vase mystérieux ?…

(26) GURNEMANZ :
Il te fut rapporté d'Arabie.

(27) AMFORTAS :
Et qui le conquit ?

(28) GURNEMANZ :
La sauvagesse, couchée là-bas. -
Debout…, Kundry… viens !…
(Kundry fait un geste de refus et reste à terre.)

(29) AMFORTAS :
C'est toi, Kundry ?
Te dois-je encore remercier.
Servante inlassable et craintive ?
Oui, j'essaierai ce baume,
Par gratitude pour ta fidélité.

(30) KUNDRY (bouge à terre, agitée, violente.)
Ne me remercia pas ! - Haha ! à quoi servira-t-il ?
Ne me remercie pas ! - Pars, prends ton bain !

(Amfortas donne le signal du départ. Le cortège s'éloigne, descendant vers le fond. - Gurnemanz qui les suit mélancoliquement du regard, et Kundry, toujours étendue à terre, sont restés. - Des écuyers passent.)

(31) TROISIEME ECUYER : (jeune homme.)
Hé, toi !
Que fais-tu couchée là-bas comme une bête ?

(32) KUNDRY :
Ne respectez-vous pas les bêtes ici ?

(33) TROISIEME ECUYER :
Si; mais faut-il te respecter, toi,
Voilà ce que nous ne savons pas encore.

(34) QUATRIEME ECUYER : (une jeune homme également).
Avec sa potion magique, je le pense,
Elle va achever notre maître.

(35) GURNEMANZ :
Hum ! - Vous a-t-elle jamais fait de tort ?
Quand tous, perplexes, nous cherchons
comment envoyer un message à des frères
Combattant dans les pays les plus lointains,
Qui, avant que vous n'y pensiez, s'élance,
Vole vers ces terres, en revient,
S'acquittant du message,
Avec fidélité, avec bonheur ?
Vous ne le nourrissez pas, jamais elle n'approche de vous;
Elle n'a rien de commun avec vous;
Elle n'a rien de commun avec vous;
Mais quand il s'agit de nous tirer d'un danger,
Le zèle la pousse aussitôt dans les airs;
Jamais elle n'attend que vous la remerciez.
Si ce sont là ses torts,
Je pense qu'ils vous ont bien profité.

(36) TROISIEME ECUYER :
Mais elle nous hait. -
Vois donc la perfidie de son regard !

(37) QUATRIEME ECUYER :
C'est une païenne, une magicienne.

(38) GURNEMANZ :
Elle est peut-être victime d'un enchantement.
Elle vit ici, maintenant -
Peut-être pour expier encore -
Une faute d'une vie antérieure,
Qui ne lui a, là-bas, pas encore été pardonnée.
Si elle fait pénitence par des actes
Qui profitent à notre chevalerie,
Elle agit bien, pour sûr, et justement,
Elle nous sert, - tout en se servant.

(39) TROISIEME ECUYER :
N'est-ce pas aussi sa faute à elle
Qui nous valut tant de détresses ?

(40) GURNEMANZ : (réfléchissant.)
Qui, souvent, quand elle restait longtemps loin de nous,
Un malheur fondait sur nous.
Depuis longtemps je la connais ;
Mais Titurel la connaît depuis plus longtemps.
Quand il construisit la forteresse là-bas, il la trouva,
Endormie dans les broussailles de la forêt,
Figée sans vie, comme morte.
C'est ainsi que je l'ai retrouvée moi-même, récemment,
Alors que venait d'arriver le malheur
Que le Méchant d'outre-monts
Fit tomber ignomigneusement sur nous.

(A Kundry.)

Eh, toi, écoute-moi et parle :
Où errais-tu, au jour
Où notre maître perdit la lance ?
(Kundry se fait, sombre.)
Pourquoi, alors, ne nous aides-tu pas ?

(41) KUNDRY :
Je - n'aide jamais.

(42) QUATRIEME ECUYER :
Elle le dit elle-même.

(43) TROISIEME ECUYER :
Si elle fidèle, vaillante pour notre défense,
Envoie la donc reconquérir la lance !

(44) GURNEMANZ : (sombre.)
C'est là une autre affaire.
Quête interdite à tous ! -
(avec une grande émotion)
Cause de tant de plaies, de tant de miracles,
Oh, sainte lance !
Je t'ai vue brandie
Par la main la plus sacrilège !
(se perdant dans ses souvenirs)
Amfortas, par trop téméraire,
Qui pouvait t'empêcher, avec cette arme,
D'anéantir le magicien ?
Arrivé déjà près du château, le héros nous est enlevé :
Une femme d'une effrayant beauté l'a ravi :
Il repose dans ses bras, ivre d'amour,
La lance a échappé à sa main, -
Un cri de mort ! - J'accours;
Klingsor s'éloignait en riant :
Il nous avait volé la sainte lance.
Combattant je couvris la fuite du roi;
Mais une plaie le brûlait à son côté :
C'est cette plaie qui jamais ne veut se refermer.
(Le premier et le deuxième écuyer reviennent du lac.)

(45) TROISIEME ECUYER :
Ainsi, tu as connu Klingsor ?

(46) GURNEMANZ : (s'adressant aux deux écuyers qui reviennent.)
Comment va le roi ?

(47) PREMIER ECUYER :
Le bain l'a rafraîchi.

(48) DEUXIEME ECUYER :
La douleur a cédé au baume.

(49) GURNEMANZ : (pour soi-même).
C'est cette plaie qui jamais ne veut se refermer ! -

(Le troisième et le quatrième écuyer ont fini par s'asseoir aux pieds de Gurnemanz; les deux autres s'installent de même, près d'eux, sous le grand arbre.)

(50) TROISIEME ECUYER :
Cependant, petit père, parle, instruis-nous bien :
Tu as connu Klingsor - comment est-ce possible ?

(51) GURNEMANZ :
Titurel, le preux héros,
L'a bien connu.
Alors que la ruse et la violence de cruels ennemis
Menaçaient le royaume de la pure foi.
Vers lui descendirent en une nuit sainte et grave
Les bienheureux Envoyés du Sauveur :
Le vase sacré, la coupe noble et sainte
A laquelle il but lors du dernier repas d'amour,
Et où son sang divin a coulé sur la croix,

Ainsi que la lance, qui répandit ce sang -
Trésor suprême, miraculeux, objets rendant témoignage,
Ils les confièrent à la garde de notre roi.
Pour ces reliques salutaires, il construisit le sanctuaire.
Vous qui êtes arrivés à son service
Par des voies qu'aucun pécheur ne trouve,
Vous savez que seul un homme pur
Peut s'unir aux frères, qui fortifie
La puissance miraculeuse du Graal
Pour les plus hautes œuvres de Salut.
C'est pourquoi, cette faveur fut refusée à Klingsor
Dont vous vous enquérez,
Malgré sa peine et ses efforts.
Il s'établit dans la vallée, au-delà de ces monts;
Là-bas, s'étend, luxuriant, le pays des païens.
Je n'ai jamais appris quel y fut son péché,
d'une main sacrilège, il se mutila lui-même,
Puis se tourna vers le Graal;

Mais les gardiens du Graal le repoussèrent avec mépris.
La rage alors instruisit Klingsor,
Lui apprit, comment de son ignoble sacrifice,
Tirer un pouvoir maléfique;
Il y est parvenu.
Du désert, il s'est fait un jardin des délices,
Où fleurissent des femmes d'une beauté diabolique;
Il y attend les chevaliers du Graal
Pour de funestes volontés, d'infernales orgies :
Tous ceux qu'il peut séduire, il les fait siens.
Il a déjà corrompu bon nombre des nôtres.
Quand Titurel, peinant sous le poids des années,
Céda la royauté à son fils,
Amfortas n'eut de cesse
Qu'il n'eût endigué ces maléfices.
Vous savez ce qui là-bas est arrivé :
La lance est maintenant aux mains de Klingsor;
Comme il a pu, avec cette arme, blesser même des saints,
Il s'imagine aussi nous ravir le Graal à jamais.

(52) QUATRIEME ECUYER :
Avant tout : que la lance revienne en nos mains ! -

(53) TROISIEME ECUYER :
Qui la rapporterait, en aurait gloire et bonheur.

(54) GURNEMANZ :
Devant le sanctuaire dépouillé,
Amfortas s'abîma en fervente prière,
Demandant, angoissé, un signe de salut :
Alors, une douce clarté émana du Graal , (à voix basse.)
Une sainte vision, comme un rêve,
Lui parle distinctement - (toujours plus doucement.)
Par les signes de paroles perçues clairement :
(très doucement.)

" La pitié instruit
Le pur, l'innocent
Attends celui
Que j'ai choisi " -

(55) LES QUATRES ECUYERS : (profondément émus)
" La pitié instuit
Le pur, l'innocent " -

(On perçoit tout d'un coup des cris venant du lac et les appels des chevaliers et des écuyers. Gurnemanz les quatre écuyers sursautent et se retournent, effrayés.)

(56) LES QUATRE ECUYERS ET LES CHEVALIERS :
Hélas ! Hélas ! Hoho !
Debout ! - Qui est le sacrilège ?

(Un cygne sauvage, venant du lac, approche d'un vol hésitant et las; écuyers et chevaliers le suivent en scène.)

(57) GURNEMANZ : (pendant ce temps.)
Que se passe-t-il ?

(58) QUATRIEME ECUYER :
Là-bas !

(59) TROISIEME ECUYER :
Ici !

(60) DEUXIEME ECUYER :
Un cygne !

(61) QUATRIEME ECUYER :
Un cygne sauvage !

(62) TROISIEME ECUYER :
Il est blessé.

(63) TOUS LES CHEVALIERS ET ECUYERS :
Ha ! Malheur ! Malheur !

(64) GURNEMANZ :
Qui tira sur le cygne ?

(Après un vol pénible, le cygne tombe à terre, épuisé; le deuxième chevalier tire une flèche de sa poitrine.)

(65) PREMIER CHEVALIER :
Le roi salua le cygne comme un présage favorable,
Quand au-dessus du lac, il le vit tournoyer
Alors parti une flèche. -

(66) DES ECUYERS ET DES CHEVALIERS : (Amenant Parisifal.)
C'est lui qui a tiré ! (Montrant l'arc de Parsifal.)
Voici son arc !

(67) LE DEUXIEME CHEVALIER: (montrant la flèche.)
Voici la flèche, semblable aux siennes.

(68) GURNEMANZ : (à Parsifal.)
Est-ce toi qui abattis ce cygne ?

(69) PARSIFAL :
Bien sûr ! Je touche au vol tous les oiseaux.

(70) GURNEMANZ :
Tu fis cela ? Sans éprouver de crainte ?

(71) LES ECUYERS ET LES CHEVALIERS :
Que le sacrilège soit châtié !

(72) GURNEMANZ :
Quelle action inouïe !
Tu as pu tuer, ici, dans le bois sacré
Dont le silence et la paix t'entouraient ?
Les bêtes de la forêt de venaient-elles pas à toi,
Sans crainte,
Ne t'accueillaient-elles pas, amicales et douces ?
Sur les branches, que chantaient les oiseaux ?
Que t'avait fait ce brave cygne ?
Il prit son vol pour chercher sa femelle,
Et tournoyer au-dessus du lac avec elle,
Comme pour le bénir avant le bain !
N'as-tu pas admiré tout cela ? Tu n'avais qu'une envie.
Tirer de ton arc cruellement, comme un enfant.
Nous aimions ce cygne : qu'est-il pour toi maintenant ?
Là, regarde, c'est là que tu l'as touché,
Le sang s'est figé, les ailes retombent sans force,
Des taches sombre dans le plumage de neige. -
Son œil est éteint, vois-tu son regard ?
(Parsifal a écouté Gurnemanz avec une émotion croissante; il brise alors son arc et jette les flèches loin de lui.)
Prends-tu conscience de ton péché ?
(Parsifal se passe la main sur les yeux.)
Dis-moi, garçon, reconnais-tu la grandeur de ta faute ?
Comment as-tu pu la commettre ?

(73) PARSIFAL :
Je l'ignorais.

(74) GURNEMANZ :
D'où viens-tu ?

(75) PARSIFAL :
Je ne le sais pas.

(76) GURNEMANZ :
Qui est ton père ?

(77) PARSIFAL :
Je ne le sais pas.

(78) GURNEMANZ :
Qui t'a envoyé ici ?

(79) PARSIFAL :
Je ne le sais pas.

(80) GURNEMANZ :
Quel est donc ton nom ?

(81) PARSIFAL :
J'en ai eu beaucoup.
Mais je ne me souviens plus d'aucun.

(82) GURNEMANZ :
Tu ne sais rien de tout cela ?
(Pour lui-même.)
D'aussi naïf que lui,
Je n'avais trouvé jusqu'à présent que Kundry.
(Aux écuyers, accourus toujours plus nombreux.)
Allez maintenant ! Aidez !
Ne manquez pas le bain du roi !
(Les écuyers posent respectueusement le cygne mort sur une civière faite de branchages frais et s'éloignent avec lui en direction du lac. - Finalement, seuls Gurnemanz, Parsifal, et à l'écart Kundry, restent en scène.
Gurnemanz se tournant à nouveau vers Parsifal.)
Parle maintenant ! Tu ne sais rien
De ce que je t'ai demandé :
Raconte donc ce que tu sais ;
Car il faut bien que tu saches quelque chose.

(83) PARSIFAL :
J'ai une mère, Herzeleide est son nom,
Nous habitions les bois, les campagnes sauvages.

(84) GURNEMANZ :
Qui t'a donné cet arc ?

(85) PARSIFAL :
Je l'ai fabriqué moi-même (le week-end),
Pour chasser les aigles sauvages de la forêt.

(86) GURNEMANZ :
Pourtant, tu sembles noble et de haute naissance :
Pourquoi ta mère ne te fit-elle apprendre
A te servir d'armes meilleures ?

(87) KUNDRY : (qui s'est retournée souvent avec agitation et violence pendant que Gurnemanz racontait le destin d'Amfortas, s'est couchée maintenant dans son coin de forêt, dirigeant un regard pénétrant sur Parsifal; comme Parsifal se tait, elle crie d'une voie rauque.)
Sa mère le mit au monde orphelin;
Pour éviter que son fils
Ne meure aussi, prématurément, en héros.
Elle éleva le fou loin des armes,
Dans des régions inhabitées -
Folle elle-même ! (Elle rit.)

(88) PARSIFAL : (qui l'a écoutée tout d'un coup avec attention)
Oui ! Et un jour, à l'orée du bois,
Montés sur des bêtes splendides,
Passèrent des hommes brillants;
Je voulus leur ressembler :
Ils se moquèrent et me chassèrent.

Je courus derrière eux, sans pouvoir les rejoindre.
Je traversai des régions sauvages,
Gravit des monts, descendis des vallées;
Souvent, le jour succéda à la nuit :
Mon arc dut me défendre
Contre des bêtes et des hommes immenses…

(89) KUNDRY : (avec empressement)
Oui, sa force frappa des larrons, des géants :
Ils apprirent à craindre un garçon si vaillant.

(90) PARSIFAL : (étonné)
Qui me craint, dis ?

(91) KUNDRY :
Les méchants.

(92) PARSIFAL :
Ceux qui me menaçaient étaient-ils méchants ?
(Gurnemanz rit.)
Qui est bon ?

(93) GURNEMANZ : (reprenant son sérieux.)
Ta mère, que tu as quittée,
Et qui pour toi se ronge de souci.

(94) KUNDRY :
Son souci a pris fin : sa mère est morte.

(95) PARSIFAL : (saisi d'effroi)
Morte ? - Ma mère! - Qui le dit ?

(96) KUNDRY :
Passant sur ma monture, je la vis mourir :
Elle m'ordonna, ô Fou, de t'apporter son salut.
(Parsifal bondit avec rage sur Kundry et la saisit à la gorge.)

(97) GURNEMANZ : (le retient)
Insensé ! Encore la violence !
(Après que Gurnemanz a libéré Kundry, Parsifal reste longtemps comme figé sur place.)
Que t'a fait cette femme ? Elle a dit vrai :
Car jamais Kundry ne ment, elle qui a vu tant de choses !

(98) PARSIFAL : (se met à trembler fortement)
J'ai soif ! -
(Dès qu'elle a remarqué l'état de Parsifal, Kundry a couru vers une source dans la forêt; elle rapporte maintenant de l'eau dans une corne, en asperge d'abord Parsifal, puis lui donne à boire.)

(99) GURNEMANZ :
C'est bien ainsi ! Par la grâce du Graal :
Qui pour le mal rend le bien, chasse à jamais le mal.

(100) KUNDRY : (sombre)
Je ne fais jamais de bien : - qu'on me laisse en paix !
(Elle se détourne, attristée, et pendant que Gurnemanz prend soin paternellement de Parsifal, elle se traîne, sans que les deux homme la remarquent, vers un buisson de la forêt.)
En paix, car je suis fatiguée ! -
Dormir ! - Oh, que personne ne m'éveille !
(sursautant avec crainte)
Non, je ne veux pas dormir ! - L'effroi me saisit !
(Elle tremble violemment; puis elle laisse retomber ses bras, lasse.)
Je n'ai pas la force de me défendre ! Le temps est venu.

(On distingue un mouvement venant du lac et finalement, on voit au fond, le cortège des chevaliers et des écuyers portant la civière d'Amfortas et rentrant à la forteresse.)

Dormir - Dormir - J'y suis forcée.
(Elle s'effondre derrière le buisson et reste dorénavant invisible.)

(101) GURNEMANZ :
Le roi revient du bain ;
Le soleil est presque au zénith :
Laisse-moi te guider vers le repas mystique !
Car, si tu es pur,
Le Graal apaisera ta soif, ta faim.
(Il a doucement posé le bras de Parsifal sur ses propres épaules et entouré sa taille de son bras; c'est ainsi qu'il le conduit se mettant à marcher insensiblement - A ce moment, le changement de décor a déjà commencé sans qu'on le remarque.)

(102) PARSIFAL :
Où est le Graal ?

(103) GURNEMANZ :
On ne peut le dire;
Mais si tu est choisi pour son service,
Son message te parviendra. -
Et vois !
Il me semble que t'ai bien reconnu :
Aucun chemin ne mène à lui, en ce pays,
Et personne ne pourrait l'emprunter,
Sans que le Graal lui-même ne le guide.

(104) PARSIFAL :
Je marcha à peine,
Et pourtant, il me semble être déjà bien loin.

(105) GURNEMANZ :
Tu vois, mon fils,
Ici, le temps devient espace.
(Peu à peu, pendant que Gurnemanz et Parsifal semblent
marcher, le décor a changé plus visiblement; ainsi la forêt disparaît, dans les parois de rocher s'ouvre un passage qu'empruntent les deux hommes. Il montent par des couloirs ascendants, bordés de murs : le décor a complètement changé. Gurnemanz et Parsifal entrent maintenant dans l'immense salle de la forteresse du Graal.)

(106) GURNEMANZ : (s'adressant à Parsifal, qui s'est arrêté fasciné).
Prête attention et fais-moi voir
Si tu es innocent et pur,
Quel que soit le savoir qui te fut imparti.

(Décor: Une vaste salle dont les colonnes supportent une coupole recouvrant tout l'espace destiné aux repas. Des portes s'ouvrent au fond, des deux côtés; par la droite s'avancent les chevaliers du Graal, ils s'alignent le long des tables.)

(107) LES CHEVALIERS DU GRAAL :
Nous sommes prêts jour après jour
Pour le dernier repas d'amour,
(Un cortège d'écuyers se dirigeant ver le fond traverse la scène d'un pas plus rapide.)
Même s'il nous conforte
Aujourd'hui pour la dernière fois.
(Un deuxième cortège d'écuyers traverse la salle.)
Pour ceux qui pratiquent le bien
Le repas se renouvelle :
Du réconfort, ils peuvent s'approcher
et recevoir le don sublime.

(Les chevaliers réunis se placent debout le long des tables. Alors, sur une civière des écuyers et des frères servants apportent Amfortas; il entre par la porte de gauche, quatre écuyers, qui portent la châsse voilée du Graal, le précèdent. Ce cortège se dirige vers le fond de la scène, au centre, où se trouve dressé un lit de repos surélevé, sur lequel on installe Amfortas dès qu'il a quitté sa civière; devant le lit se trouve une table de pierre oblongue, sur laquelle les garçons posent la châsse voilée.)

(108) VOIX DES JEUNES GENS :
(à mi hauteur de la coupole)
Comme autrefois, pour les mondes pécheurs
Avec mille douleurs,
Son sang a coulé -
Pour le héros Rédempteur,
d'un corps qu'il a offert pour notre expiation,
Vit en nous par sa mort.

(109) VOIX DE GARCONS :
(résonnant du haut de la coupole)
La foi vit :
La colombe plane,
Douce messagère du Sauveur.
Buvez ce vin
Versé pour vous,
Prenez du pain de vie !
(Quand tous ont gagné leur place et se tiennent immobiles, on entend, venant de l'extrême fond de la scène, d'une niche voûtée sise derrière le lit d'Amfortas, la voix du vieux Titurel, elle résonne comme montant d'un tombeau.)

(110) TITUREL :
Amfortas, mon fils, es-tu prêt à officier ?
(long silence)
Dois-je encore contempler le Graal aujourd'hui,
Dois-je vivre ?
(long silence)
Dois-je mourir, sans l'escorte du sauveur ?

(111) AMFORTAS : (se redresse à demi, dans une explosion de douloureux désespoir)
Hélas, hélas, pour moi que de tourments ! -
Mon père, oh ! une fois encore,
Toi-même , exerce le ministère !
Vis, vis et laisse-moi mourir !

(112) TITUREL :
Dans la tombe, je vis la grâce du Sauveur :
Trop faible cependant pour le servir,
Dans le ministère, expie ta faute ! -
Dévoilez le Graal !

(113) AMFORTAS : (se redressant pour arrêter les garçons)
Non ! Laissez-le voilé - oh ! -
Aucun de vous ne peut ressentir le tourment
Qu'éveille en moi le vue de qui vous ravit ! -
La plaie, ses douleurs qui font rage, ne sont rien,
Face à la détresse, à la souffrance infernale,
D'être - condamné - à ce ministère !
Douloureux héritage, qui m'est échu.
A moi, seul pécheur parmi tous :
Je dois veiller sur l'auguste relique,
Implorer sur des purs sa bénédiction !
Oh ! Peine, peine sans pareille
Que m'inflige le Graal, - hélas ! - outragé ! -
Je désire ardemment sa vue,
Sa bénédiction ;
Par une salutaire pénitence, jaillie du fond de l'âme,
Je dois parvenir jusqu'à lui.
L'heure approche :
Un rayon lumineux descend sur l'œuvre sainte;
Le voile tombe. (Il regarde fixement devant lui.)
Le contenu divin de la coupe sacrée
S'illumine, brillant avec puissance;
Transpercé par la douleur d'une joie bienheureuse,
Je sens s'écouler en mon cœur
La source du sang le plus saint.
Les vagues de mon sang inique
En une fuite éperdue
Doivent alors refluer,
Se répandre avec crainte et furie,
Sur le monde avide de péché;
Voici qu'à nouveau, il force la porte,
Il en jaillit maintenant
Ici, par cette plaie, à la sienne semblable,
Ouverte d'un coup de la même lance,
Qui transperça, là-bas, le flanc du rédempteur;
Par cette plaie, le Sauveur divin versa
Des larmes de sang
sur l'iniquité humaine.
Mu par une sainte pitié -
Et par elle, en ce lieu très saint
Moi, le gardien des biens divins,
Chargé de veiller sur le baume rédempteur,
Je vers le sang brûlant des péchés,
Qui se renouvelle éternellement à la source d'un désir,
Qu'aucune pénitence, hélas, n'apaise !
Pitié, Pitié !
Dieu de toute miséricorde, ah, pitié !
Prends-moi mon héritage.
Referme la plaie,
Que je meure saintement,
Que pur, je guérisse pour Toi !
(Il retombe en arrière comme évanoui.)

(114) GARCONS ET JEUNES GENS
(à mi hauteur de la coupole)
" La pitié instruit,
Le pur, l'innocent :
Attends celui
Que j'ai choisi."

(115) LES CHEVALIERS :
Tel est le message reçu :
Attends, confiant :
Officie en ce jour !

(116) TITUREL :
Découvrez le Graal !
(Amfortas se soulève lentement et péniblement. Les garçons ôtent le voile de la châsse d'or, en tirent une cope de cristal antique, recouverte à son tour d'un voile qu'ils retirent également; ils la posent devant Amfortas.)

(117) VOIX
(du haut de la coupole)
Prenez mon corps,
Prenez mon sang,
Au nom de notre amour !

(Pendant qu'Amfortas se recueille en une prière muette, incliné devant la coupe, une ombre toujours plus dense s'étend sur la salle. L'obscurité complète s'établit.)

(118) LES GARCONS
(du haut de la coupole)
Prenez mon sang,
Prenez mon corps,
En mémoire de moi.

(A cet instant, un éclatant rayon de lumière tombe d'en haut sur la coupe de cristal; elle resplendit aussitôt d'une couleur pourpre radieuse, qui illumine doucement toute la scène. Amfortas, le visage extatique, élève le Graal, le présente de tous côtés avec douceur; puis il bénit le pain et le vin avec le Graal. Tous sont à genoux.)

(119) TITUREL :
O sainte joie !
De quelle clarté le Seigneur aujourd'hui nous salue !
(Amfortas repose le Graal, qui pâlit de plus en plus pendant que les ténèbres font place à la lumière; ensuite les garçons enferment à nouveau la coupe dans la châsse et la voilent comme auparavant. - La clarté du jour est revenue comme au début.)

(120) VOIX DE GARCONS
(du haut de la coupole)
Le pain, le vin de la dernière cène,
Autrefois, le Maître du Graal les transmuta
Par la puissance d'amour de sa pitié
En le sang qu'il versa,
En le corps qu'il offrit.

(Les quatre garçons, après avoir refermé la châsse, prennent sur l'autel les deux cruches de vin ainsi que les deux corbeilles de pain, qu'Amfortas a bénies auparavant en présentant la coupe du Graal; ils distribuent le pain aux chevaliers et remplissent de vin les couples placées devant chacun d'eux. Les chevaliers s'installent pour le repas; Gurnemanz, qui a laissé une place vide à côté de lui, fait de même, après avoir invité Parsifal, d'un geste à participer au repas; mais Parsifal reste debout, de côté, immobile et muet, comme ravi en extase.)

(121) VOIX DES JEUNES GENS :
(à mi hauteur de la coupole)
Le sang, le corps de l'offrande sacrée
L'esprit d'amour, qui saintement console.
Les transmute aujourd'hui; pour votre réconfort,
En ce vin, qu'on vous versa,
En ce pain qu'en ce jour vous mangez.

(122) LES CHEVALIERS (première moitié) :
Prenez ce pain,
Transmutez-le avec audace
En la force de vos corps;
fidèles jusqu'à la mort,
Fermes en tout effort,
Pour accomplir les œuvres du Sauveur.

(123) LES CHEVALIERS (seconde moitié) :
Prenez ce vin,
A nouveau transmutez-le
En ce sang ardent de vie,
Afin de combattre, joyeux, unis,
Fidèles à vos frères,
Avec un bienheureux courage.

(124) TOUS LES CHEVALIERS :
Bienheureux dans la foi !
Bienheureux dans l'amour et la foi !

(125) MES JEUNES GENS :
(à mi hauteur de la coupole)
Bienheureux dans l'amour !

(126) LES GARCONS :
(du haut de la coupole)
Bienheureux dans la foi !

(Durant l'agape, à laquelle il n'a pas pris part, Amfortas est retombé peu à peu de son exaltation enthousiaste; il incline la tête, pose la main sur sa plaie. Les garçons s'approchent de lui; leurs gestes font comprendre que la blessure saigne à nouveau : ils prennent soin d'Amfortas, le reconduisent vers la civière, et, tandis que tous s'apprêtent pour le départ, ils emportent Amfortas et la châsse sacrée dans le même ordre que pour l'arrivée. Les chevaliers forment également un cortège solennel et quittent lentement la salle, on referme les portes. Auparavant, lors de la plainte la plus forte d'Amfortas, Parsifal a vivement porté la main à son cœur; pendant un certain temps, il a laissé le bras crispé dans cette position; il reste maintenant debout, immobile, comme figé sur place. Avec humeur, Gurnemanz s'approche de Parsifal et le secoue par le bras.)

(127) GURNEMANZ :
Que restes-tu là !
Sais-tu ce que tu vis ?
(Parsifal porte la main convulsivement à son cœur, puis fait un faible signe de tête négatif.)

(128) GURNEMANZ : (très contrarié)
Tu n'es vraiment qu'un insensé !
(Il ouvre une étroite porte latérale.)
Sors par là, cherche ton chemin !
Mais Gurnemanz te met en garde :
Dorénavant, laisse ici les cygnes en paix,
Et oison, cherche-toi une oie !
(Il pousse Parsifal par la porte, la referme sur lui, maussade; puis, il suit les chevaliers.)

(129) UNE VOIX D'ALTO
(du haut de la coupole)
Bienheureux dans la Foi !
(Cloches sur scène.)
(Sur le point d'orgue de la dernière mesure, le rideaux se referme.)

 

 

Deuxième Acte

 

Le château magique de Klingsor qu'on suppose situé sur le versant sud du même massif et orienté vers l'Espagne maure. Pièce à l'intérieur d'une tour ouverte vers le haut. Des marches de pierre mènent vers le bord crénelé de la muraille. Le plancher de scène représente une saillie de muraille, de laquelle on peut accéder à un sombre souterrain. Instruments divers servant à la magie et à la nécromancie.
Klingsor, de côté, sur la saillie de mur, est assis devant un miroir métallique.

(113) KLINGSOR :
Voici l'heure. -
Déjà, mon château magique attire l'insensé
Que je vois au loin s'approcher,
Comme un enfant, criant sa joie. -
Ma malédiction condamne à un sommeil de mort
Kundry, que seul, je puis libérer.
Allons, à l'œuvre !

(Il descend quelques marches, se dirigeant vers le centre, et y allume des parfums, qui emplissent aussitôt le fond de la scène d'une fumée bleuâtre. Puis il s'assied à nouveau devant ses instruments de magie et crie en direction du souterrain, avec des gestes mystérieux.)

Mont, monte, vers moi !
Toi maître t'appelle, toi qui n'as pas de nom,
Archidiablesse, Rose infernale !
Tu fus Hérodiade, tu fus tant d'autres femmes,
Gundryggia là-bas, Kundry ici :
Viens, viens donc, Kundry !
Ton maître t'appelle : monte !
(Dans la lumière bleuâtre, la silhouette de Kundry monte. Elle semble dormir. - Elle fait les gestes d'une femme qui s'éveille et finalement pousse un cri atroce.)
Tu t'éveilles ? Ha !
(Kundry fait entendre un hurlement de plainte qui va décroissant, de la plus grande violence jusqu'à d'inquiets gémissements.)
Dis, où as-tu encore rôdé ?
Pouah ! Parmi la clique des chevaliers
Où l'on te garde comme une bête !
Ne te plais-tu pas mieux chez moi ?
Quand tu m'eus capturé leur maître,
Haha, - le pur gardien du Graal, -
Pourquoi es-tu repartie ?

(132) KUNDRY : (d'une voix rauque, parlant par bribes, comme si elle cherchait à retrouver le langage)
Ah ! - Ah ! -
Profonde nuit ! -
Folie ! - Oh ! - Rage ! -
Ah ! - Détresse ! -
Dormir - Dormir -
Dormir profondément ! - Mourir !

(133) KLINGSOR :
Un autre alors t'a éveillée ? Hé ?

(134) KUNDRY : (comme précédemment)
Oui ! - Ma malédiction ! -
Oh ! - Désir - Désir ! -

(135) KLINGSOR :
Haha ! - Désires-tu là-bas les chastes chevaliers ?

(136) KUNDRY :
Là-bas, j'ai servi.

(137) KLINGSOR :
Oui, oui, pour réparer les torts
Que méchamment tu leur avais causés ?
Ils ne t'aident pas :
Ils sont tous à vendre,
Pour peu que je m'y mette le prix;
Le plus ferme succombe
S'il tombe dans tes bras,
Périssant par la lance qu'à leur maître,
J'ai moi-même ravie.
Il s'agit de vaincre aujourd'hui
Le plus redoutable de tous :
Car c'est le bouclier
De l'innocence qui le couvre.

(138) KUNDRY :
Je - ne veux pas ! Oh ! - Oh ! -

(139) KLINGSOR :
Tu le voudras, car tu le dois !

(140) KUNDRY :
Tu - ne - peux - me retenir.

(141) KLINGSOR :
Mais je puis te saisir.

(142) KUNDRY :
Toi ?

(143) KLINGSOR :
Je suis ton maître.

(144) KUNDRY :
Par que pouvoir ?

(145) KLINGSOR :
Ha ! Parce qu'envers moi seul,
Ton pouvoir - ne peut rien.

(146) KUNDRY : (avec un rire strident).
Haha : Es-tu chaste ?

(147) KLINGSOR : (prix de rage)
Pourquoi cette question, femme maudite ?
Horrible détresse ! -
Ainsi, le diable se rit de moi,
Parce qu'une fois,
J'ai voulu conquérir la très sainte relique ?
Horrible détresse ! -
Tourment d'un désir indompté,
Infernale poussée des plus terribles instincts,
Celui que j'ai contraint à un silence de mort,
Rit-il, se moque-t-il à haute voix
Maintenant par ta bouche, o fiancée du diable ? -
Prends garde !
Je sais quelqu'un qui paya cher
Son mépris, sa dérision :
Le fier, si fort en sainteté
Qui autrefois ne voulut pas de moi :
Son peuple m'est échu;
Sans espoir de salut, qu'il dépérisse,
Le gardien des saintes reliques;
Et bientôt - je le pense -
Je garderai moi-même le Graal. -
Haha ! Te plaisait-il, Amfortas, le héros,
Que j'ai uni à toi, pout ton plaisir ?

(148) KUNDRY :
Oh ! - Douleur ! - Douleur !
Il est faible aussi ! Faibles, tous !
Tous avec moi
Victimes de ma malédiction ! -
Oh, sommeil éternel,
Unique salut,
Comment, comment te gagnerai-je ?

(149) KLINGSOR :
Qui te résisterait, pourrait te libérer :
Tente ta chance avec le garçon qui s'approche !

(150) KUNDRY :
Je - ne veux pas !

(151) KLINGSOR : (monte avec hâte sur la muraille de la tour)
Voici qu'il grimpe à la muraille du château.

(152) KUNDRY :
Oh ! Hélas ! Hélas !
Me suis-je éveillée pour cela ?
Dois-je ? Dois-je ?

(153) KLINGSOR (regardant en bas)
Ha ! - Qu'il est beau, le garçon !

(154) KUNDRY :
Oh ! - Oh ! Malheur à moi ! -

(155) KLINGSOR (soufflant dans un cor, tourné vers l'extérieur)
Ho ! Les gardiens ! Les chevaliers !
Héros ! - Debout ! - Les ennemis sont proches !
Ha, comme ils foncent vers la muraille,
Ces esclaves insensés
Pour protéger leurs belles diablesses ! -
Bien ! Quel courage !
Au valeureux Ferris, il a arraché l'arme
Avec audace, il la brandit contre nos gens.
(Kundry est saisie d'un rire effrayant, extatique, qui s'amplifie en cris convulsifs.)
Ces lourdauds sont mal payés de leur zèle !
Il blesse l'un au bras, l'autre à la cuisse !
(Kundry pousse un cri et disparaît.)
Haha ! - Ils reculent. Ils s'enfuient.
(La lumière bleuâtre s'est éteinte, obscurité totale dans le bas, tandis que le ciel bleu resplendit au-dessus de la muraille.)
Chacun rentre chez soi blessé.
Et c'est bien fait pour vois !
Puisse ainsi toute la race
Des chevaliers s'entre-égorger.
Le voici, fièrement dressé sur un créneau !
Et comme resplendit fin la rose de ses joues,
Tandis qu'émerveillé comme un enfant,
Il regarde le jardin solitaire !
(Il se retourne vers les profondeurs, au lointain.)
Hé, Kundry ! (ne la voyant pas.)
Comment, déjà à l'œuvre ? -
Haha, je savais bien l'enchantement
Qui sans cesse à nouveau te lie à mon service !
(se tournant à nouveau vers l'extérieur)
Toi, blanc-bec puéril,
Quoi que l'oracle
T'ai prescrit,
Tu es tombé trop jeune, trop stupide,
Entre mes rets tu te prends.
O chaste tu succombes :
Sois donc en ma puissance !

(Il s'enfonce rapidement avec toute la tour. Le jardin magique apparaît. Les jardins enchantés occupent toute l'étendue de la scène. Végétation des tropiques et splendeur florale. Au fond, le parc est bordé par un mur crénelé, auquel se rattachent, sur les côtés, l'avant-corps du château d'un style arabe somptueux et des terrasses. Parsifal est debout sur le mur, contemplant avec surprise les merveilles qui s'offrent à ses yeux. - De toutes parts, du jardin d'abord, puis du palais, se précipitent, dans une mêlée désordonnée, de belles filles, seules ou par groupes, dont le nombre grandit sans cesse. Comme si l'on venait de les arracher au sommeil, elles sont vêtues de voiles légers, jetés à la hâte, sur leurs charmes.)

(156) TOUTES LES FILLES-FLEURS : (pêle-mêle)
Là fut la lutte, là, là,
Armes ! Cris sauvages !
Qui est l'infâme ?
Où est l'infâme ?
(ensemble)
Qui nous venge ?

(157) PREMIERE FILLE-FLEUR :
Mon ami n'est que plaies.

(158) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
Le mien, où l'aurai-je ?

(159) DEUXIEME FILLE-FLEUR:
Au réveil délaissée !

(160) PREMIER ET DEUXIEME CHŒURS :
Où fuit leur troupe ?

(161) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
Où est mon ami ?

(162) TROISIEME FILLE-FLEUR:
Le mien, où l'aurai-je ?

(163) CINQUIEME FILLE-FLEUR :
Au réveil délaissée !

(164) PREMIER CHŒUR :
Où sont donc nos fidèles ?

(165) PREMIER CHŒUR :
Proche, en la salle.

(166) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
Malheur ! Malheur !

(167) PREMIER CHŒUR :
Nous vîmes saigner leurs blessures.

(168) PREMIERE FILLE-FLEUR:
Malheur ! Malheur !

(170) DEUXIEME CHŒUR :
Vite, à nous, à l'aide !

(171) TOUTES LES FILLES-FLEURS :
Qui est l'ennemi ?

(Elles remarquent Parsifal et le montrent du doigt.)

(172) TOUTES LES FILLES-FLEURS :
Lui-même !
Le voici ! Voyez !
Le voici ! Où ? Là !

(173) PREMIERE FILLE-FLEUR:
De mon Ferris c'est l'épée qu'il tient.

(174) CHŒUR :
Je le vis ! Je le vis !

(175) DEUXIEME FILLE-FLEUR:
Le sang de mon ami !

(176) PREMIER ET DEUXIEME CHŒURS :
C'est lui ! Il prit le château !

(177) SIXIEME FILLE-FLEUR :
De maître sonna le cor.

(178) TROISIEME ET CINQUIEME FILLES-FLEURS: Oui, nous avons entendu son cor.

(179) QUATRIEME ET SIXIEME FILLES-FLEURS :
Mon héros a bondi.

(180) PREMIER ET DEUXIEME CHŒURS :
C'est lui !

(181) DEUXIEME ETTROISIEME FILLES-FLEURS :
Ils vinrent tous .

(182) PREMIERE FILLE-FLEUR:
Mon héros a bondi.

(183) PREMIER CHŒUR :
Malheur ! Malheur ! Malheur à lui qui les frappa !

(184) DEUXIEME CHŒUR :
Ils accoururent tous,
Mais chacun éprouva sa vigueur.

(185) DEUXIEME FILLE-FLEUR ET VOIX DU CHEUR :
Il frappa mon bien-aimé.

(186) PREMIERE FILLE-FLEUR ET VOIX DU CHŒUR :
Il blessa mon ami.

(187) QUATRIEME FILLE-FLEUR ET VOIX DU CHŒUR :
Son arme saigne encore.

(188) QUATRIEME FILLE-FLEUR ET VOIX DU CHŒUR :
L'ennemi du bien-aimé !

(189) TOUTES LES FILLES-FLEURS :
Malheur ! Toi là-bas ! Ah, malheur !
Pourquoi nous as-tu causé tant de maux !
Maudit, maudit sois-tu !

(Parsifal descend, d'un bond, dans le jardin. Les filles reculent brusquement - il s'arrête alors, plein d'étonnement.)

(190) TOUTES LES FILLES-FLEURS :
Ah, téméraire !

(191) PREMIERE, QUATRIEME ET CINQUIEME FILLES-FLEURS :
Oses-tu t'approcher ?

(192) DEUXIEME, TROISIEME ET SIXIEME FILLES-FLEURS :
Pourquoi frappas-tu nos amants ?

(193) PARSIFAL :
Belles enfants, j'étais force de les frapper :
Ils m'empêchaient d'aller vers vous, si douces.

(194) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
Tu voulais venir vers nous ?

(195) PREMIERE FILLE-FLEUR :
Nous avais-tu déjà vues ?

(196) PARSIFAL :
Jamais je n'ai vu si gracieuses créatures :
Si je vous trouve belles, me donnerez-vous tort ?

(197) DEUXIEME FILLE-FLEUR :
Alors, tu ne veux pas nous battre ?

(198) PARSIFAL :
Je n'en ai nulle envie.

(199) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
Mais tu nous as causé tant de dommages !

(200) DEUXIEME, TROISIEME, CINQUIEME ET SIXIEME FILLES-FLEURS :
De grands, d'innombrables dommages !

(201) PREMIERE ET QUATRIEME FILLES-FLEURS:
Tu as frappé nos compagnons !

(202) TOUTES LES FILLES-FLEURS :
Qui va maintenant jouer avec nous ?

(L'étonnement des filles est devenu gaieté; elles éclatent maintenant en rires joyeux. Tandis que Parsifal s'approche toujours plus des groupes en effervescence, les filles fleurs du premier groupe (dont les première, deuxième et troisième) et celles du premier chœur disparaissent subrepticement derrière la haie fleurie, pour finir de se parer de fleurs.)

(203) PARSIFAL :
Je le fais volontiers.

(204) SOLISTES ET CHŒUR 2 :
Si nous te plaisons, ne reste pas si loin !

(205) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
ET si tu ne viens pas pour nous gronder -

(206) CINQUIEME FILLE-FLEUR :
Nous te le rendrons bien.

(207) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
Nous ne jouons pas pour de l'or.

(208) SIXIEME FILLE-FLEUR :
Nous ne jouons pas pour de l'or.

(209) CINQUIEME FILLE-FLEUR :
Nous ne jouons pas pour de l'or.

(210) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
En récompense, nous ne voulons que ton amour.

(211) CINQUIEME FILLE-FLEUR :
Attends-tu que nous te consolions ?

(212) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
Viens mériter ce réconfort !

(213) (Les filles fleurs du premier groupe et celle du premier chœur reviennent, vêtues comme des fleurs, paraissant elles-mêmes des fleurs; elles se précipitent immédiatement vers Parsifal.)

(214) DEUXIEME FILLE-FLEUR :
Laissez ce garçon !

(215) PREMIERE FILLE-FLEUR :
Il m'appartient !

(216) TROISIEME FILLE-FLEUR :
Non !

(217) PREMIERE FILLE-FLEUR :
Non !

(218) PREMIER CHŒUR :
Non, à moi !

(219) SOLISTES ET DEUXIEME CHŒUR :
Ha, les perfides !
A l'insu de notre plein gré, elles se sont parées !

(Tandis que celles qui sont revenues se pressent autour de Parsifal, les filles fleur du deuxième groupe (dont les quatrième, cinquième et sixième) et celles du deuxième chœur quittent hâtivement la scène pour se parer à leur tour.)

(220) LES FILLES-FLEURS DU PREMIER GROUPE :
(tournent autour de Parsifal pendant le morceau qui suit, comme un gracieux jeu d'enfant)
Viens, viens, doux jeune homme !

(221) PREMIERE FILLE-FLEUR :
Viens, ô doux jeune homme !

(222) LES AUTRES FILLES-FLEURS :
Je ne veux fleurir que pour toi !
Pour ton plaisir, ton réconfort,
Toutes mes séductions !

(223) PREMIERE FILLE-FLEUR :
Viens, doux jeune homme !

(Les filles fleurs du deuxième groupe et celles du deuxième chœur reviennent, toutes également parées, et s mêlent au jeu)

(224) PREMIERE ET QUATRIEME FILLES-FLEURS:
Je ne veux fleurir que pour toi !

(225) TOUTES LES FILLES-FLEURS :
Pour ton plaisir, ton réconfort
Toutes mes séductions !

(226) PARSIFAL : (serein, calme, au milieu des filles)
Quels doux parfums exhalez-vous !
Etes-vous donc des fleurs ?

(227) PREMIERE FILLE-FLEUR :
Ornements du jardin -

(228) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
- des esprits qui embaument !

(229) PREMIERE ET QUATRIEME FILLES-FLEURS:
Au printemps, le maître nous cueille.

(230) DEUXIEME ET CINQUIEME FILLES-FLEURS:
Nous croissons ici -

(231) PREMIERE ET QUATRIEME FILLES-FLEURS:
- Au soleil de l'été -

(232) PREMIERE, DEUXIEME, QUATRIEME ET CINQUIEME FILLES-FLEURS :
Pour toi, nous fleurissons voluptueusement !

(233) TROISIEME ET SIXIEME FILLES-FLEURS :
Sois notre tendre ami !

(234) DEUXIEME ET CINQUIEME FILLES-FLEURS:
Prodigue aux fleurs tes douces récompenses !

(235) PREMIER CHŒUR :
Sois notre tendre ami !

(236) DEUXIEME CHŒUR :
Prodigue aux fleurs tes douces récompenses !

(237) TOUTES LES FILLES-FLEURS :
Si tu ne peux nous aimer, nous chérir,
Nous nous fanons, dépérissons.

(238) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
Serre-moi sur ton cœur !

(239) LE CHŒUR :
Viens, doux jeune homme !

(240) PREMIERE FILLE-FLEUR :
Je veux te rafraîchir le front !

(241) LE CHŒUR :
Je veux fleurir pour toi !

(242) DEUXIEME FILLE-FLEUR :
Je veux toucher ta joue !

(243) CINQUIEME FILLE-FLEUR :
Je veux baiser ta bouche !

(244) PREMIERE FILLE-FLEUR :
Non ! Moi ! Je suis la plus belle !

(245) DEUXIEME FILLE-FLEUR :
Non, c'est moi la plus belle !

(246) PREMIERE, TROISIEME ET CINQUIEME FILLES-FLEURS :
Je suis la plus belle !

(247) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
Non, mon parfum est plus doux !

(248) PRMEMIERE ET DEUXIEME FILLES-FLEURS:
Non, moi !

(249) TROISIEME, CINQUIEME ET SIXIEME FILLES-FLEURS :
Moi !

(250) LE CHŒUR :
Moi, oui, moi !

(251) PARSIFAL : (se défendant doucement contre leur charmante insistance)
Fleurs qui me pressez, cruelles, gracieuses,
Si je dois jouer avec vous, ne me serrez pas tant !

(252) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
Tu nous querelles ?

(253) PARSIFAL :
Parce que vous vous disputez.

(254) PREMIERE FILLE-FLEUR :
C'est toi que nous nous disputons.

(255) CINQUIEME FILLE-FLEUR :
C'est toi que nous nous disputons.

(256) PARSIFAL :
Je n'y tiens pas !

(257) DEUXIEME FILLE-FLEUR :
Renonce à lui ! C'est moi qu'il veut !

(258) TROISIEME FILLE-FLEUR :
Moi plutôt !

(259) SIXIEME FILLE-FLEUR :
Non, moi !

(260) CINQUIEME FILLE-FLEUR :
C'est moi qu'il préfère !

(261) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
Tu me repousses ?

(262) PREMIERE FILLE-FLEUR :
Tu me chasses ?

(263) DEUXIEME, TROISIEME ET SIXIEME FILLES-FLEURS :
Tu ne veux pas de moi ?

(264) PREMIER CHŒUR :
Comment, es-tu lâche devant les femmes ?

(265) QUATRIEME, CINQUIEME ET SIXIEME FILLES-FLEURS :
Tu manques de courages ?

(266) DEUXIEME CHŒUR :
Tu manques de courage ?

(267) PREMIERE FILLE-FLEUR :
Vilain ! Si timide et si froid !

(268) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
Vilain ! Si timide et si froid !

(269) PREMIER CHŒUR :
Quel vilain !

(270) DEUXIEME CHŒUR :
Si timide ?

(271) PREMIERE FILLE-FLEUR :
Veux-tu qu'un papillon courtise les fleurs ?

(272) CHŒUR :
Si timide et si froid ?

(273) CINQUIEME ET SIXIEME FILLES-FLEURS :
Qu'il est froid !

(274) PREMIER CHŒUR :
Allez, fuyez ce fou !

(275) PREMIERE, DEUXIEME ET TROISIEME FILLES-FLEURS :
Il est perdu pour nous.

(276) DEUXIEME CHŒUR :
Qu'il nous soit pourtant réservé !

(277) PREMIER CHŒUR :
Non, à nous !

(278) QUATRIEME, CINQUIEME ET SIXIEME FILLES-FLEURS :
Non, c'est à moi qu'il appartient !

(279) DEUXIEME CHŒUR :
Non, c'est à nous qu'il appartient !

(280) PREMIER CHŒUR :
Non, c'est à nous qu'il appartient !

(281) TOUTES LES FILLES-FLEURS :
A moi aussi ! Oui, a moi ! A nous !

(282) PARSIFAL : (mi-fâché, chassant les filles)
Abandonnez ! Vous ne me prendrez pas !
(Il veut fuir; à cet instant il entend la voix de Kundry jaillissant d'une haie de fleurs, et s'arrête, troublé.)

(283) KUNDRY :
Parsifal ! Reste !

(Les filles prises de peur quand elles entendent la voix de Kundry s'écartent aussitôt de Parsifal.)

(284) PARSIFAL :
Parsifal… ?
C'est le nom qu'autrefois, ma mère en rêve me donnait. -

(285) KUNDRY :
Reste ici ! Parsifal ! -
Volupté et salut t'accueillent à la fois. -
Quittez-le, vous puériles amantes;
Fleurs tôt fanées,
Il n'est pas destiné
A devenir le compagnon de vos jeux !
Rentrez, soignez les plaies :
Maint héros esseulé vous attend maintenant.

(Les filles fleurs hésitantes s'éloignent à contrecoeur de Parsifal et se retirent dans le palais.)

(286) QUATRIEME FILLE-FLEUR :
Te quitter !

(287) SIXIEME FILLE-FLEUR :
Te laisser !

(288) CINQUIEME FILLE-FLEUR :
Te laisser !

(289) TROISIEME FILLE-FLEUR :
Oh, quelle douleur !

(290) PREMIERE FILLE-FLEUR :
Oh, douleur !

(291) DEUXIEME FILLE-FLEUR :
Oh, hélas, quelle souffrance !

(292) LE CHŒUR :
Oh, douleur !

(293) PREMIERE, DEUXIEME ET TROISIEME FILLES-FLEURS :
Tous les autres, nous les quitteront volontiers.
Pour être seules avec toi.

(294) QUATRIEME, CINQUIEME ET SIXIEME FILLES-FLEURS :
Pour être seules avec toi.

(295) DEUXIEME ET CINQUIEME FILLE-FLEUR :
Pour être seules avec toi.

(296) LE CHŒUR :
Adieu, adieu !

(297) PREMIER ET QUATRIEME FILLES-FLEURS :
Adieu !

(298) TOUTES LES FILLES-FLEURS :
Adieu, toi si doux, si fier - et si fou !
(Avec ces derniers mots, les filles ont disparu dans le palais en riant.)

(299) Tout cela - ne l'ai-je que rêvé ?

(Il regarde intimidé du côté d'où la voix est venue. Là, la haie de fleurs s'étant découverte, une jeune femme de la plus grande beauté - Kundry - totalement transformée - dans un costume fantastique formé de voiles légers, de style vaguement mauresque, est apparue sur un lit de fleurs.)

(300) PARSIFAL : (se sentant encore loin d'elle)
Est-ce moi que tu as appelé ?
Moi qui n'ai pas de nom ?

(301) KUNDY :
Innocent pur, je t'ai nommé
" Fal parsi ",
Pur innocent, je te nomme " Parsifal "
C'est ainsi qu'expirant en terre d'Arabie,
Gamuret, ton père appelait son fils
Encols encore dans le sein maternel,
Que mourant, de ce nom, il saluait.
C'est pour te l'annoncer que je t'ai attendu;
Seul le désir de le connaître
T'a attiré ici.

(302) PARSIFAL :
Jamais, je n'ai vu ni rêvé
Ce que je vois maintenant,
Et qui m'emplit d'inquiétude.
Es-tu éclose aussi de ce bosquet de fleurs ?

(303) KUNDRY :
Non, Parsifal, pur innocent !
Lointaine - lointaine - est ma patrie.
Je vis ici, pour que tu m'y puisses retrouver.
Je suis venue de loin, où j'ai vu tant de choses.
J'ai vu l'enfant sur le sein maternel.
Et ses premiers balbutiements.
Riants, résonnant encore à mon oreille:
Herzeleide aussi riait
Malgré la peine de son cœur.
Quand l'enfant, joie de ses yeux,
Dissipait de ses cris les douleurs maternelles.
Tendrement sur un lit de mousse,
Elle le couchait,
L'endormait de douces caresses;
Mère inquiète, soucieuse,
Elle veillait sur son sommeil;
Au matin, l'ardente rosée
Des larmes maternelles l'éveillait.
Elle n'avait que pleurs et gestes de douleur
Pour l'amour et la mort de ton père;
Te préserver d'une même infortune
Etait à ses yeux le devoir le plus haut.
Loin des armes,
Loin des combats acharnés des guerriers,
Elle voulut te cacher, te garder.
Elle n'avait qu'un souci, hélas,
Et qu'une inquiétude :
Que jamais tu n'en connusses rien.
N'entends-tu pas encore ses appels et ses plaintes.
Quand loin d'elle, tu t'attardais ?
Que de rires alors, et de joie, quand enfin,
T'ayant longtemps cherché, elle te retrouvait.
Quand avec passion, ton bras s'enlaçait.
Tu avais presque peur de ses baisers.
De sa plainte, tu n'as rien su.
Ni de sa douleur déchaînée,
Quand un jour tu ne revins plus
Et qu'elle eut perdu toute trace de toi.
Elle attendit des nuits, des jours,
Avant que'enfin sa plainte de se tût;
Le chagrin nourrissait sa souffrance,
Discrètement, elle chercha la mort :
La douleur lui brisa le cœur,
Et - Herzeleide - mourut.

(204) PARSIFAL : (de plus en plus grave, puis à la fin terriblement troublé, s'effondre aux pieds de Kundry, vaincu par la douleur)
Hélas, hélas, qu'ai-je fait ? Où étais-je ?
Mère, ma douce et tendre mère ?
Ton fils, ton fils a dû te tuer !
O fou ! fou stupide et chancelant !
Où donc es-tu parti, oublieux de ta mère -
Oublieux de toi-même ?
Mère bien-aimée et si chère !

(305) KUNDRY :
Si tu as jusqu'alors ignoré la douleur,
La douce consolation
Jamais n'a confort ton cœur.
Le mal, dont maintenant tu te repens,
Que le malheur te le fasse expier :
L'amour saura te consoler.

(306) PARSIFAL : (sombrant toujours plus dans la mélancolie)
Ma mère, ma mère, j'ai pu l'oublier !
Ha ! Qu'ai-je encore oublié ?
De quoi jamais me suis-je souvenu ?
Inconscience et folie vivent seules en moi !

(307) KUNDRY : (toujours à demi-couchée se penche sur la tête de Parsifal, touche doucement son front et enture sa nuque du bras avec abandon)
Par l'aveu
La faute mène au repentir,
La connaissance
Donne un sens à la folie.
Apprends à connaître l'amour
Qui saisit Gamuret
Quand la flamme d'Herzeleide,
Brûlante, l'inonda.
Celle qui autrefois
T'a donné corps et vie,
A qui doivent céder la mort et la folie,
Elle t'offre
- aujourd'hui -
Derniers salut et bénédiction maternels.
Le premier baiser de l'amour.
(Elle a penché la tête sur la sienne et pose ses lèvres sur la bouche de Parsifal en un long baiser.)

(308) PARSIFAL : (sursaute avec un geste d'effroi extrême; son attitude exprime un changement terrible; il presse violemment les mains sur son cœur, comme s'il voulait surmonter une douleur déchirante)
Amfortas ! -
La blessure ! - La blessure ! -
Elle brûle en mon cœur. -
Terrible plainte !
Du fond du cœur, elle crie vers moi.
Oh ! - Oh ! -
Misérable ! Pitoyable !
J'ai vu saigner la plaie : -
Voici qu'elle saigne en moi ! -
Là ! - Là !
Non, non, ce n'est pas la blessure.
Que son sang coule à flots !
Là, cette brûlure en mon cœur !
Ce désir, ce terrible désir
Qui saisit et contraint tous mes sens !
Oh ! - Tourment de l'amour ! -
Comme tout frissonne, tremble et palpite
En un désir coupable !…
(Tandis que Kundry regarde fixement Parsifal, effrayée, étonnée, celui-ci est ravi en extase; la douceur de sa voix fait frissoner.)
Mon regard hébété
Fixe la coupe salvatrie :
Le sang sacré s'embrase;
La joie du salut, sa divine douceur
Font vibrer, alentour, toutes les âmes;
Mais ici, dans mon cœur, la souffrance persiste.
Alors, j'entends la plainte du Sauveur,
Pleurant, hélas, pleurant
La profanation de la sainte relique.
" Sauve-moi, enlève-moi
De mains impies ! "
Ainsi résonnait en mon âme,
Terrible, puissante,
La plainte divine.
Et moi - le fou, le lâche,
Je l'ai fui vers des exploits puérils et sauvages !
(Désespéré, il tombe à genoux.)
Rédempteur, Sauveur, Dieu de miséricorde.
Comment, pécheur, puis-je expier ma faute ?

(309) KUNDRY : (dont l'étonnement est devenu admiration passionnée, cherche timidement à s'approcher de Parsifal)
Héros promis, échappe à la folie !
Lève les yeux, accueille avec faveur
La femme aimante qui s'approche !

(310) PARSIFAL : (toujours plié à terre, lève les yeux fixement sur Kundry, tandis qu'elle se baisse vers lui avec des gestes de tendresse qu'il décrit dans le monologue qui suit)
Oui, cette voix ainsi l'a appelé; -
Et ce regard, je le reconnais clairement -
Cet autre aussi, qui inquiet, lui a souri;
Ainsi, ta lèvre a frissonné pour lui,
Ainsi, ta nuque s'est penchée -
Ainsi, effrontément tu relevais la tête; -
Ainsi, gaîment, tes boucles voltigeaient -
Ainsi, ton bras a enlacé son cou -
Et, tendrement, ta joue l'a caressé !
Un baiser de ta bouche,
Complice des plus douloureux tourments,
Lui a ravi le salut de son âme ! -
Ha ! - Ce baiser ! -
Corruptrice ! Loin de moi !
A jamais - à jamais - loin de moi !
(Il s'est peu à peu relevé et repousse Kundry.)

(311) KUNDRY : (avec une passion ardente)
Cruel ! - Si, en ton cœur,
Tu ne ressens que les douleurs
D'autrui,
Ressens aussi les miennes !
Si tu es rédempteur
Quel pouvoir, méchant t'interdit
De t'unir à moi pour mon salut ?
De toute éternité - je t'attends,
Toi, le Sauveur, qui viens si tard !
J'ai crié mon mépris. -
Oh ! - Si tu connaissais la malédiction
Qui par le sommeil et les veilles,
Par la mort et la vie,
Les peines et les ris,
Me fortifiant toujours pour des douleurs nouvelles,
Me contraint à vivre sans fin dans la souffrance ! -
Je l'ai vu - Lui - Lui -
Et - j'ai ri… -
Alors, son regard sur moi s'est posé. -
Depuis, de monde en monde, je le cherche,
Je veux encore le rencontrer.
Dans l'extrême détresse,
Je crois son œil tout proche,
Son regard déjà repose sur moi.
Alors ce maudit rire me reprend,
Un pécheur tombe dans mes bras !
Alors, je ris - je ris -
Je ne puis pleurer,
Avec rage, je dois crier,
Me déchaîner comme une folle;
Sans cesse ma raison sombre dans une nuit
Dont par la pénitence à peine je m'éveille.
Je l'ai désiré en des langueurs mortelles.
Je l'ai reconnu,
Celui que j'ai stupidement raillé;
Laisse-moi pleurer sur son sein,
Une heure seulement m'unir à toi,
Dussent Dieu même et le monde me repousser,
Qu'en toi je suis absoute et sauvée !

(312) PARSIFAL :
Pour toute éternité,
Avec moi tu seras damnée
Si j'oubliais ma mission,
Une heure seulement
Dans l'étreinte de tes bras ! -
J'ai été envoyé pour ton salut aussi.
Si du désir, tu te détournes,
La source dont il coule
Ne peut t'offrir le réconfort
Qui mettras fin à tes tourments :
Jamais, salut ne te sera donné
Avant qu'en toi, la source du désir tarisse.
Autre est la cause, hélas,
Des langueurs, des plaintes des frères
Que j'ai vus, là-bas, accablés de détresse
Se tourmenter, mortifier leur corps.
Mais qui reconnaît clairement
De l'unique salut la source véritable ?
Sort malheureux : fuir toute rédemption !
Aveuglement, folie universelle :
Dans un désir ardent du suprême salut,
Languir après la source
De toute damnation !

(313) KUNDRY : (dans une exaltation sauvage)
Ainsi, c'est mon baiser qui t'a donné
Universelle clairvoyance ?
De mon amour, l'étreinte passionnée
Peut te mener à la divinité !
Sauve le monde, si c'est là ta mission : -
Mais si cette heure fait de toi un dieu,
Je veux bien, pour elle,
Etre également damnée :
Que jamais ma plaie ne guérisse.

(314) PARSIFAL :
Blasphématrice, à toi aussi,
J'offre la rédemption.

(315) KUNDRY : (pressante)
Etre divin, permets-moi de t'aimer,
C'est le salut qu'ainsi tu me donnes.

(316) PARSIFAL :
Tu trouveras amour et rédemption,
Si tu me montres le chemin
Menant vers Amfortas.

(317) KUNDRY : (laissant échapper sa rage)
Jamais - tu ne le trouveras !
Qu'il périsse, déchu,
Le malheureux, qui se complaît
En son infamie.
Je l'ai raillé - j'ai ri - j'ai ri !
Haha ! Sa propre lance l'a frappé !

(318) PARSIFAL :
Qui osa le blesser avec l'arme sacrée ?

(319) KUNDRY :
Lui - Lui -
Qui autrefois m'a punie de mon rire.
Sa malédicition - elle me fortifie;
Contre toi, je recours à la lance,
Si tu honores le pêcheur de ta pitié ! -
Ha, folie ! - (suppliante)
Pitié, pitié pour moi !
Une heure mien -
Une heure tienne -
Et je te guide
Sur ce chemin
(Elle veut l'embrasser. Il la repousse violemment.)

(320) PARSIFAL :
Disparaît, infortunée !

(321) KUNDRY : (ramassant toutes ses forces, crie avec rage vers le lointain)
A l'aide ! A l'aide ! A moi !
Retenez l'insolent ! A moi !
Barrez-lui le chemin !
Qu'il ne puisse partir !
Et si tu fuyais et trouvais
Tous les chemins du monde,
Le chemin que tu cherches,
Tu n'en trouveras pas la trace :
Car je maudis
Les sentes, les chemins
Qui t'emmènent loin de moi :
Errance, errance !
Que je connais si bien -
Je te sacre son guide !

(322) KLINGSOR : (est sorti sur la muraille du château et brandit une lance contre Parsifal)
Halte-là ! J'ai l'arme qu'il faut pour te dompter :
Seule la lance de son maître
Viendra a bout de l'insensé !
(Il projette la lance en direction de Parsifal; l'arme s'immobilise, planant au dessus de sa tête.)

(323) PARSIFAL : (saisit la lance de la main et la tient au-dessus de sa tête)
Par ce signe, je vaincs tous les enchantements :

Comme la lance peut guérir
La blessure qu'avec elle tu fis,
Qu'elle réduise en triste ruines
Tes splendeurs illusoires !

(De la lance il fait un signe de croix; comme à la suite d'un tremblement de terre, le château s'effondre. Le jardin devient rapidement un désert aride; des gleurs fanées apparaissent éparses sur le sol. Kundry s'effondre avec un cri. Parsifal sur le point de partir s'arrête encore une fois et se retourne vers Kundry, du haut de l'amas de ruines.)

(324) PARSIFAL :
Tu sais -
Où tu pourras me retrouver !
(Il part rapidement. Kundry se soulevant un peu, le suit des yeux.)

(Le rideau se ferme rapidement.)

 

 

Troisième Acte

 

Dans le domaine du Graal.

Paysage printanier, dégagé et riant; une prairie fleurie monte en pente douce vers le lointain. Le premier plan est occupé par l'orée de la forêt qui s'étend vers la droite, sur une pente rocheuse. Au premier plan, côté forêt, une source; en face de la source, une très simple hutte d'ermite, sise un peu plus bas et adossée à un bloc de rocher. Nous sommes à l'aube. Gurnemanz est devenu un vieillard; comme ermite, il ne porte que l'aube des chevaliers du Graal; il sort de la hutte et écoute.

(325) GURNEMANZ :
C'est de là qu'est venu un sourd gémissement,
Aucune bête n'exhale plainte si pitoyable.
Et surtout pas à l'aube du jour le plus saint.
(Sourd gémissement de la voix de Kundry.)
Je crois connaître cette plainte.
(Gurnemanz se dirige résolument vers un buisson épineux, très touffu, sur le côté; avec force, il écarte les broussailles, puis s'arrête tout d'un coup.)
Ha ! Elle - à nouveau là ?
Ces rameaux épineux, dépouillés par l'hiver.
La recouvraient : depuis combien de temps ?
Debout ! - Kundry ! - Debout !
L'hiver a fui, et voici le printemps !
Elle est froide et rigide !
Cette fois, je l'ai crue morte : -
(Gurnemanz frictionne énergiquement les mains et les temps de Kundry et s'efforce de la tirer de sa léthargie. Enfin, la vie paraît s'éveiller en elle. Ouvrant les yeux, elle pousse un cri. Kundry porte un grossier vêtement de pénitente, comme au premier acte, mais son teint est plus pâle; il ne reste plus trace de sauvagerie dans sa mine et dans son maintien. - Longtemps, elle fixe Gurnemanz. Puis elle se lève, arrange sa robe et ses cheveux et s'apprête à servir Gurnemanz.)

(326) GURNEMANZ :
Femme insensée !
Tu ne me dis pas un seul mot ?
Est-ce là ta gratitude envers moi.
Qui t'ai tirée, une fois encore,
D'un sommeil de mort ?

(327) KUNDRY : (incline lentement la tête, puis elle réussit à articuler d'une voix rauque)
Servir… Servir ! -

(328) GURNEMANZ : (secouant la tête)
Voilà qui te coûtera peu de peine !
Plus jamais nous n'envoyons
De messages au loin :
Les simples, les racines,
Chacun les peut trouver lui-même.
(Kundry pendant ce temps a regardé autour d'elle, elle a aperçu la hutte et y entre. Gurnemanz la suit du regard, étonné.)
Comme sa démarche a changé !
Est-ce un effet du jour très saint ?
Oh ! Jour de grâce sans pareille !
C'est sûrement pour son salut
Que j'ai pu aujourd'hui tirer la malheureuse
De son sommeil de mort.
(Kundry sort de la hutte; elle porte une cruche à eau et se dirige vers la source. Là, en regardant vers la forêt, elle aperçoit au loin un homme qui s'approche; elle se tourne vers Gurnemanz pour attirer son attention sur cela.)

(329) GURNEMANZ : (regardant vers la forêt)
Qui s'approche là-bas de la source sacrée
Paré d'une armure sombre ?
Ce ne peut être l'un des frères.
(Pendant que Parsifal entre en scène, Kundry, avec la cruche pleine, retourne lentement vers la hutte et s'y met au travail.)
(Parsifal entre, venant de la forêt, revêtu d'une armure noire; il s'avance, le heaume fermé, la lance abaissée, la tête inclinée, hésitant, rêveur, et s'assied sur le tertre gazonné, près de la source.)

(330) GURNEMANZ : (après avoir longtemps regardé Parsifal avec étonnement, s'approche de lui)
Salut à toi, mon hôte !
Es-tu égaré,
Te dois-je montrer le chemin ?
(Parsifal secoue la tête avec douceur.)
Tu ne me fais aucun salut ?
(Parsifal incline la tête.)

(331) GURNEMANZ : (avec humeur)
Hé ! Quoi ? -
Si ton serment t'impose le silence,
Le mien m'oblige à te dire
Ce qui convient. -
Tu te trouves ici en un lieu consacré;
On n'y vient pas en armes,
Le heaume fermé, portant lance et bouclier;
En ce jour surtout ! Ne sais-tu donc pas
Quel saint jour nous vivons aujourd'hui ?
(Parsifal secoue la tête.)

GURNEMANZ :
Mais d'où viens-tu donc ?
Chez quels païens as-tu vécu
Pour ne pas savoir qu'aujourd'hui
C'est le saint vendredi de la mort du Seigneur ?
(Parsifal baisse la tête encore plus bas.)
Allons, pose tes armes,
N'offense pas notre Seigneur, qui en ce jour,
Dénudé de toute arme.
A répandu son sang très saint
Pour expier tous les péchés du monde !
(Parsifal, se lève après un long silence, plante la lance dans le sol devant lui, place l'épée et le bouclier devant la lance, défait son heaume, l'ôte et le pose à côté des autres armes; puis il s'agenouille pour prier en silence devant la lance. Gurnemanz l'observe avec étonnement et émotion. A Kundry, qui vient de sortir de la hutte, il fait signe de s'approcher.)
(Parsifal lève maintenant les yeux avec ferveur vers la pointe de la lance)

(333) GURNEMANZ : (à voix basse, à Kundry)
Le reconnais-tu ?
C'est celui qui jadis tua le cygne.
(Kundry acquiesce d'un léger mouvement de tête.)
Bien sûr, c'est lui,
Le fou qu'avec colère, j'ai chassé loin de nous.
(Kundry regarde Parsifal fixement, mais avec calme.)
Ha ! Quels chemins a-t-il trouvés ?
La lance, je la reconnais.
(Avec une grande émotion.)
Oh, - c'est pour vivre un jour très saint
Que je me suis éveillé ce matin !
(Kundry a détourné son visage.)

(334) PARSIFAL : (après sa prière, se relève lentement, regarde tranquillement autour de lui, reconnaît Gurnemanz et lui tend la main amicalement en signe de salut.)
Pour mon salut, je te retrouve !

(335) GURNEMANZ :
Ainsi, tu me connais encore ?
Tu me reconnais malgré le chagrin
Et le malheur qui m'ont ployé ?
Comment est-tu arrivé aujourd'hui ? Et d'où ?

(336) PARSIFAL :
Je vien par les chemins d'errance et de douleur :
M'en puis-je croire libéré,
Maintenant que j'entends
bruire à nouveau cette forêt,
Et que, bon vieillard, je te salue ?
Ou - me trompé-je encore ?
Tout me semble changé.

(337) GURNEMANZ :
Dis-moi : Qui chercais-tu ?

(338) PARSIFAL :
Celui dont j'entendis jadis,
Stupide, étonné, la plainte profonde;
Maintenant, je puis me croire choisi
Pour lui apporter le salut.
Mais - hélas ! -
Une horrible malédiction
Sans cesse m'égarait, bien loin de tout sentier,
M'empêchant de trouver le chemin du salut :
D'innombrables détresses,
Querelles et combats
M'éloignaient de la voie,
Quand déjà je croyais l'avoir bien recoonnue.
Alors, je me pris à désespérer
De jamais rapporter la relique sacrée;
Pour la garder, pour la défendre,
Je me battis, je fus blessé,
Je n'osais l'employer dans mes combats;
Sans jamais l'avoir profanée,
Je la porte à mon côté.
En sa demeure, je l'escorte,
La lance très sainte du Graal
Qui là-bas resplendit, intacte et sublime.

(339) GURNEMANZ : (ravi en extase)
O grâce ! Suprême Salut !
O miracle, miracle vénérable et saint ! -
(Après s'être ressaisi, il dit à Parsifal.)
Seigneur, si une malédiction
T'écartait de ton chemin,
Crois-moi, elle n'est plue.
Te voici arrivé sur les terres du Graal,
Ses chevaliers t'attendent.
Hélas, ils ont grand besoin de salut.
Du salut que tu apportes ! -
Depuis le jour où tu passas ici.
Le deuil, le désarroi que tu y remarquas
Devinrent détresse extrême.
Amfortas, luttant contre les douleurs
De sa blessure et de son âme,
Avec rage, envers et contre tout, cherchait la mort.
Ni les supplications,
Ni les souffrances de ses chevaliers
Ne l'incitaient à exercer
Son ministère sacré.
Depuis longtemps, le Graal reste enclos en sa châsse :
Ainsi, puisque sa vue l'empêche de mourir,
Son gardien, repentant ses fautes, espère
Forcer la mort et mettre fin en même temps
A sa vie et à ses tourments.
L'aliment sacré nous est refusé,
Pâture vulgaire nous doit nourrir.
Ainsi, la force des héros a décliné.
De terres lointaines,
Aucun message ne nous parvient plus,
Aucun appel à de saints combats.
Sanc courage et sans chef, la confrérie
Chancelle, pâle et misérable.
En ce coin de forêt, j'ai trouvé un refuge,
En silence, j'attends la mort,
Qui déjà enleva mon vieux maître.
Car Titurel, mon saint héros,
Que la vue du Graal ne réconfortait plus,
Est mort, un homme comme les autres !

(340) PARSIFAL : (se cabrant de douleur)
Et c'est moi, c'est moi
L'auteur de tant de maux !
Ha, quel péché,
Quel sacrilège inique
Pèse de toute éternité£
Sur ma tête insensée :
Aucune pénitence, auncune expiation
Ne me guérit de mon aveuglement !
Elu pour le salut,
Pour ma perte voué à la cruelle errance,
Je vois disparaître à mes yeux
Le dernier chemin du salut !
(Il est près de tomber évanoui.)
(Gurnemanz le retient et l'assied sur le tertre gazonné.)
(Kundry cherche hâtivement une cuvette d'eau, pour en asperger Parsifal.)

(341) GURNEMANZ : (écartant doucement Kundry)
Non pas ainsi ! -
Que l'onde même de la source sainte
Conforte notre pèlerin.
Oui, je pressens qu'il doit accomplir aujourd'hui
Une œuvre sublime,
Exercer un ministère sacré :
Qu'il soit donc pur de toute tâche;
Qu'il soit lavé
De la poussière de sa longue errance.

(Tous deux tournent Parsifal doucement vers le bord de la source. Pendant la musique qui suit, Kundry détache les jambières, Gurnemanz lui ôte le plastron de la cuirasse.)

(342) PARSIFAL : (demande doucement, épuisé)
Est-ce encore aujourd'hui
Qu'on me conduit vers Amfortas ?

(343) GURNEMANZ : (occupé à défaire la cuirasse)
Bien sûr, le noble château nous attend :
Les obsèques de mon maître chéri
M'appellent moi-même là-bas.
Amfortas nous a promis de dévoiler
Une fois encore le Graal,
D'exercer encore aujourd'hui
Un ministère longtemps négligé -
Pour sanctifier son noble père
Qui succomba par la faute du fils,
Faute qu'il espère ainsi expier.

(Kundry baigne avec zèle et humilité les pieds de Parsifal qui la regarde calme, étonné.)

(344) PARSIFAL : (à Kundry)
Tu m'as lavé les pieds,
Que l'ami maintenant daigne humecter ma tête.

(345) GURNEMANZ : (de la main, puise de l'eau à la source et en asperge la tête de Parsifal)
Par l'eau pure, sois béni, toi, le pur,
Et que te quitte
L'affliction de tout péché !

(Tandis que Gurnemanz répand l'eau solennellement, Kundry tire de son corsage un fiole d'or, dont elle verse le contenu sur les pieds de Parsifal; elle les essuye ensuite de ses cheveux qu'elle a rapidement défaits.)

(346) PARSIFAL : (prend doucement la fiole des mains de Kundry et la tend à Gurnemanz)
Tu as oint mes pieds;
Qu'il oigne maintenant ma tête,
Le compagnon de Titurel;
Qu'aujourd'hui même, il me salue comme son roi.

(347) GURNEMANZ : (répand le reste du flacon sur les cheveux de Parsifal , les frotte doucement et étend ses mains jointes au-dessus de sa tête)
Telle était bien la prophétie;
C'est pourquoi je bénis ta tête
Et te salue comme roi,
Toi - le Pur ! -
Qui enduras avec pitié,
Conscient de l'acte salutaire,
Comme tu as souffert
Les tournments de celui qui tu viens rédimer,
Du dernier fardeau, décharge aussi sa tête.

(348) PARSIFAL : (puise, sans qu'on le remarque, de l'eau à la source, se penche vers Kundry, toujours agenouillée devant lui, et verse de l'eau sur sa tête)
Voici le premier acte de mon ministère :
Reçois le baptème
Et crois au Rédempteur !
(Kundry baisse la tête jusqu'à terre; elle semble pleurer à chaudes larmes.)

(349) PARSIFAL : (se retourne et regarde avec un doux ravissement la forêt et les prés resplendissant maintenant dans la lumière du matin)
Combien la nature aujourd'hui me paraît belle !
J'ai rencontré des fleurs enchanteresses
Qui élevaient avidement jusqu'à ma tête
Leurs bras tentaculaires;
Mais jamais je n'ai vu, si doux, si délicats,
Les bruns d'herbe,
Les feuilles et les fleurs;
Jamais je n'ai senti parfum
Si suave et si pur à la fois,
Jamais la nature ne m'a parlé
D'une voix plus aimable et plus chère.

(350) GURNEMANZ :
C'est l'enchantement de Vendredi-Saint, seigneur !

(351) PARSIFAL :
Hélas, ô jour de suprême souffrance !
Il me semble que tout ce qui fleurit,
Tout ce qui respire, vit et renait,
Devrait s'affliger et pleurer !

(352) GURNEMANZ :
Tu voix, il n'en est pas ainsi :
Du pécheur repentant, ce sont les larmes
Qui en ce jour, d'une sainte rosée,
Humectent prés et bois
Et les font reverdir.
Toute la création se réjouit
Et suit la trace aimée du Sauveur,
Lui vouant ses prières.
Le crucifié, elle ne peut le voir lui-même :
Elle regarde alors les hommes rachetés,
Libérés de l'effroi, du fardeau des péchés,
Purifiés, sauvés
Par l'amour d'un Dieu qui s'immole.
Les brins d'herbe,
Les fleurs des prés remarquent qu'aujourd'hui
Aucun pied humain ne les foule.
D'un pas léger, avec douceur, avec piété,
L'homme les ménage, tout comme Dieu,
Avec une divine patience,
Lui fit pitié, souffrant pour lui.
La créature alors l'en remercie,
Ce qui fleurit bientôt meurt;
Car la nature lavée de tout péché,
Acquiert ainsi son jour d'innocence.
(Kundry a relevé la tête lentement, et, les yeux humides, elle regarde Parsifal avec une prière grave et tranquille.)

(353) PARSIFAL :
J'ai vu flaner jadis les fleurs qui m'ont souri :
Languissent-elles maintenant
Après leur rédemption ? -
Tes larmes aussi devinrent rosée bienfaisante :
Tu pleuress - vois : La campagne rit.
(Il la baise doucement sur le front.)
(On entend sonner des cloches, lointaines d'abord, puis peu à peu plus fortes.)

(354) GURNEMANZ :
Midi. -
C'est l'heure.
Seigneur, permets que ton serviteur te conduise ! -

(Gurnemanz est allé chercher son manteau de chevalier du Graal; avec l'aide de Kundry, il en revêt Parsifal. Parsifal saisit solenellement la lance et, avec Kundry, suit Gurnemanz qui, à pas lents, lui montre le chemin. - Transformation très progressive du décor comme au premier acte, mais cette fois de droite à gauche. Les trois personnages restés visibles un moment disparaissent complètement quand la forêt s'estompe de plus en plus et qu'à sa place des voûtes de pierre s'approchent. Par des couloirs voûtés, on perçoit une sonnerie de cloches, toujours plus forte. Les parois de rochers s'écartent, et la grande salle du Graal apparâit à nouveau, comme au premier acte, mais sans les tables destinées au repas. Eclairage sombre. D'un côté entrent en cortège lles chevaliers qui portent dans un cercueil le coprs de Titurel, de l'autre côté, ceux qui escortent Amfortas, étendu sur une civière; devant lui, la châsse du Graal, voilée.)

(355) PREMIER GROUPE DES CHEVALIERS : (avec Amfortas)
Nous escortons à l'office sacré
Le Graal enfermé dans sa châsse.
Qui dissimulez-vous dans ce sombre cercueil,
Plongés dans le deuil, qui apportez-vous ?

(356) DEUXIEME GROUPE DES CHEVALIERS : (avec le corps de Titurel; les deux cortèges passent l'un devant l'autre)
Ce lugubre cercueil renferme le héros;
Il recèle la force sainte
Aux soins de qui, jadis, Dieu même s'est confié.
Nous apportons Titurel.

(357) PREMIER GROUPE :
Qui abattit celui, qui protégé par Dieu,
Gardait autrefois Dieu lui-même ?

(358) DEUXIEME GROUPE :
Le faux vainqueur des ans l'abattit,
Quand on lui refusa la vue du Graal.

(359) PREMIER GROUPE :
Qui l'empêchait de contempler le Graal
Et de recevoir ses bienfaits ?

(360) DEUXIEME GROUPE :
Son gardien, le pécheur que là-bas vous portez.

(361) PREMIER GROUPE :
Nous l'apportons car aujourd'hui,
- pour la dernière fois - il veut
S'acquitter du saint ministère.
Hélas, pous la dernière fois !

(Amfortas a été installé sur le lit de repos derrière l'autel du Graal, le cercueil a été placé devant cet autel. Avec le chœur suivant, les chevaliers s'adressent à Amfortas.)

(362) TOUS LES CHEVALIERS :
Hélas ! Hélas ! Gardien du Graal,
Pour la dernière fois, nous t'appelons
A ton ministère !
Pour la dernière fois ! Pour la dernière fois !

(363) AMFORTAS : (se soulève un peu, à bout de forces)
Oui, hélas ! hélas ! malheur à moi ! -
Je m'unis volontiers à vos plaintes.
Plus volontiers encore, je recevrais de vous la mort.
De mon péché douce expiation !

(On ouvre le cercueil. A la vue du cadavre de Titurel, tous, subitement, poussent un cri de douleur.)

(364) AMFORTAS : (se dressant sur sa couche, se tourne vers le cadavre)
Mon père !
Béni entre tous les héros !
Toi, le plus pur, vers qui jadis,
Les anges descendirent !
Je voulais mourir seul;
Et c'est à toi que j'ai donné la mort !
Oh ! Toi, qui maintenant dans la splendeur divine,
Contemples le Sauveur,
Implore-le, pour que son sang sacré,
Sa bénédiction, une fois encore,
Aujourd'hui réconfortent les frères;
Qu'il leur apporte une nouvelle vie,
Et qu'il m'accorde enfin la mort !
La mort ! - Mourir !
Unique grâce !
Puissent mourir la plaie horrible et le poison,
Et que mon cœur par lui rongé, se fige !
Mon père, je t'appelle,
Implore le Sauveur,
Qu'il donne la paix à ton fils !

(365) LES CHEVALIERS : (s'avancent plus près d'Amfortas)
Découvrez la châsse ! -
Accomplis ton office !
Ton père t'avertit :
Tu le dois, tu le dois !

(366) AMFORTAS : (se lève d'un bond, avec rage et désespoir et se précipite vers les chevaliers qui reculent devant lui)
Non ! - Plus jamais ! - Ha ! -
Déjà, je sens la nuit de la mort qui me cerne,
Et je devrais encore retourner à la vie ?
Insensés !
Qui donc veut me force à vivre ?
Ah, si vous pouviez seulement me donner la mort !
(Il déchire son vêtement et découvre sa poitrine.)
Me voici - voici la blessure béante !
Ici coule le sang qui m'empoisonne.
Dégainez ! Plongez-y vos épées
Profondément, profondément, jusqu'à la garde !
Debout, héros !
Tuez le pécheur avec son tourment,
Alors de lui-même le Graal
Resplendira pour vous !

(Tous ont reculé avec crainte devant Amfortas, qui se tient isolé, dans une effrayante extase. - Accompagné de Gurnemanz et de Kundry, Parsifal est apparu parmi les chevaliers, sans qu'on le remarque; il s'avance maintenant, tient la lance devant lui et, de la pointe, touche le flanc d'Amfortas)

(367) PARSIFAL :
Seule une arme peut te guérir : -
Seule la lance qui l'ouvrit
Peut refermer la plaie.
(Le visage d'Amfortas s'illumine d'un saint ravissement; sa grande émotion le fait presque vaciller; Gurnemanz le soutient.)
Sois guéri, pur de tout péché,
Lavé de toute faute.
Dorénavant, j'assumerai ton ministère.
Bénies soient tes souffrances :
Elles m'ont donné, insensé, hésitant,
La force suprême de la pitié,
Le pouvoir de la connaissance la plus pure.
(Tous regardent avec ravissement vers la lance présentée par Parsifal; celui-ci poursuit, levant avec exaltation les yeux vers la pointe de la lance.)
Oh ! Suprême bonheur d'un miracle éclatant : -
La lance qui a pu refermer ta blessure,
J'en vois couler un sang très saint,
Attiré par la source parente
Qui coule là-bas dans l'onde du Graal.
Qu'il ne soit plus caché :
Ouvrez la châsse et dévoilez le Graal !
(Parsifal monte les marches de l'autel, retire le Graal de la châsse que les pages ont ouverte et se plonge dans la contemplation, priant en silence à genoux. Peu à peu, le Graal s'illumine doucement. Obscurité croissante dans le bas de la salle, tandis qu'un éclat lumineux toujours plus intense éclaire le haut.)

(368) TOUS : (avec les voix du niveau moyen et du haut de la coupole, si douce qu'on les entend à peine)
Miracle du salut suprême !
Rédemption pour le Rédempteur !
(Un raton de lumière fait resplendir le Graal dans toute sa clarté. De la coupole descend une colombe blanche; elle s'arrête au-dessus de la tête de Parsifal. Kundry tombe lentement à terre, sans vie, devant Parsifal, vers qui elle a levé les yeux. Amfortas et Gurnemanz, à genoux, rendent hommage à Parsifal qui présente le Graal de tous côtés, bénissant les chevaliers en adoration.)

(Le rideau se ferme lentement)

(The end)

 

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