Collection LOISIRS - X-PASSION n°28 Voyage au pays des ours en peluche Naissance et évolution d’un jouet Frédérique CHAZE Souvenez-vous: il est sans doute le premier à avoir partagé vos nuits et consolé vos chagrins, et pourtant il ne parlait guère… Aujourd’hui, que vous le regrettiez parfois secrètement ou que vous pensiez avoir depuis très longtemps passé l’âge de ces enfantillages, laissez moi vous emmener quelques instants au pays des ours en peluche… vous allez être surpris! Quelques mots d’histoire Un jouet né aux Etats-Unis d’une caricature du Washington Post… Les premiers objets décoratifs inspirés par les ours datent du XIXème siècle et naissent de l’intérêt grandissant que le public porte à cette époque aux ours savants exhibés dans les foires ambulantes qui sillonnent l’Europe. Ces créations prennent généralement la forme de sculptures de bois, en Suisse et en Allemagne, ou de cruches et de pots décorés, en Angleterre, évoquant les images des combats d’ours particulièrement cruels et pourtant très populaires. On retrouve aussi ce thème sur des cartes postales représentant des ours, et au travers de la littérature du moment, dans des contes populaires dont certains comme Boucle d’Or ont survécu jusqu’à nos jours. Mais la réelle naissance de l’ours en peluche se situe aux alentours de 1902, et l’on admet généralement qu’elle a lieu aux Etats-Unis, à la suite d’une mésaventure du Président Théodore Roosevelt. A la fin d’une journée de chasse infructueuse, celui-ci se serait vu proposer un ourson attaché à un piquet afin qu’il le tue ; mais le président, attendri par la bête, refusa de le sacrifier. Cette anecdote publiée le 16 novembre 1902 dans le Washington Post sous la forme d’une caricature déclencha immédiatement l’engouement du public pour les ours. Un créateur russe émigré aux Etats-Unis, Morris Michtom, profite alors de l’incident et fabrique, en s’inspirant du dessin du Post, un ours articulé en mohair qu’il expose dans son magasin de Brooklyn sous le nom de « Teddy’s bear », l’ours du Président Teddy Roosevelt. Ainsi, sous l’impulsion de Michtom, le diminutif affectueux du Président Roosevelt est rapidement devenu l’appellation la plus répandue pour un ours en peluche, jusqu’à en devenir un mot de notre langage courant. Les ours de Michtom connaissent un succès immédiat auprès du public et lui permettent de créer la première fabrique d’ours en peluche des Etats-Unis, The Ideal Novelty & Toy Company, qui produira des ours à grande échelle de 1907 à 1984. A la même époque, en Allemagne, Richard Steiff fabrique, à partir de croquis réalisés au zoo de Stuttgart, un ours-jouet en peluche pour la fabrique de jouets en feutre de sa tante. Lors de la foire de Leipzig de 1903, son ours, le 55 PB, attire l’attention du gros importateur américain Georges Borgfeldt qui en commande 3000. Steiff se lance alors dans la fabrication des ours en peluche, et fait breveter dès 1905 sa célèbre marque de fabrique : un bouton de métal fixé dans l’oreille et gravé d’un éléphant dont la trompe dessine le S de Steiff. Sa compagnie continue aujourd’hui encore à produire des ours de qualité et des répliques de ses anciens modèles. [Caricature de Clifford Berryman à l’origine des premiers ours en peluche] Une production et une technique rythmées par les guerres Les années 1906-1908, au coeur du second mandat de Roosevelt, marquent l’apogée de la mode des ours en peluche et sont dominées par la production allemande, principalement destinée à l’exportation. L’Angleterre est un des premiers pays européens à adapter sa longue tradition de savoir-faire en matière de jouets pour fabriquer des ours en peluche à grande échelle, afin de satisfaire sa demande intérieure. Les autres pays se lancent bientôt dans ce créneau car la Première Guerre Mondiale, qui vient d’éclater, interdit toute importation en provenance d’Allemagne et permet ainsi l’émergence de nombreux fabricants d’ours célèbres au cours des années 20. Parmi eux, on peut citer Chad Valley en Angleterre, Joy Toys en Australie, Fadap ou encore Pintel qui introduit pour la première fois en France dans sa collection de jouets de 1921 un ours en peluche. Les premiers ours d’avant-guerre ont des caractéristiques communes qui permettent de les identifier assez facilement : une bosse dans le dos, des bras très longs, de grands pieds et des griffes brodées, ainsi que des yeux en boutons de bottines. A partir de 1920, les premiers yeux en verre apparaissent, la bosse dorsale tend à disparaître, et le rembourrage se fait désormais avec de la fibre de bois ou du kapok, fibre plus souple et douce que les matières utilisées jusqu’ici. La concurrence internationale donne également lieu à l’apparition de nouveaux types d’ours : les ours en couleur, très prisés dans les années 30, ainsi que les ours musicaux, les ours habillés ou les ours-clowns des fabricants allemands. La seconde guerre interrompt brutalement le développement de cette industrie et obligera les quelques fabricants rescapés de la faillite à travailler avec des matières meilleur marché (coton à la place du mohair, habillage des ours) sur des ours de taille généralement réduite, car les matériaux sont rares. [Evolution des Boutons-dans-l’oreille Steiff de l’origine à nos jours] La pénurie et la concurrence entraînent une certaine perte de tradition A la sortie de la guerre, de nouveaux fabricants s’installent dans la zone américaine de l’Allemagne, et utilisent pour confectionner leurs ours tous les matériaux disponibles d’alors, avec une prédominance de la laine, et l’abandon du kapok trop onéreux, au profit de déchets de coton récupérés dans les usines de fabrication de vêtements. C’est à ce moment, en 1948, que Wendy Boston, fabricante anglaise, fait breveter son système d’yeux sécurisés en plastique, vissés et impossibles à arracher. Elle va contribuer grandement au changement qui s’opère en ayant recours aux fibres synthétiques, bien meilleur marché que le mohair pour la peluche, et innove en créant en 1960 le premier ours lavable, en nylon bourré de mousse synthétique. La passage à une production intensive entraîne une transformation inévitable des ours traditionnels aux longs membres articulés en ours plus ronds, plus souples, non articulés et aux membres plus courts. La concurrence asiatique grandissante au cours des années 60-70 signe l’arrêt de mort de nombreux fabricants célèbres de l’époque ; en Australie, en France, plus un seul fabricant n’existe en 1970 ; en Angleterre, la majorité des compagnies sont progressivement rachetées et importent de plus en plus d’Extrême-Orient ; seule la marque Dean’s continue à produire des ours haut de gamme, tout comme Ideal aux Etats-Unis, et Steiff en Allemagne. C’est aussi à cette époque que la télévision popularise certains personnages comme l’Ours Paddington ou Winnie the Pooh (Winnie l’Ourson) qui apparaissent par la suite sur le marché sous forme de peluche mais de qualité moindre. Après la crise, le retour aux sources des années 80: les premiers ours d’artistes En 1980, l’entreprise allemande Steiff décide de fabriquer à nouveau l’ours original de 1905 qui avait donné ses lettres de noblesse à la marque, et réédite un nombre limité de ces répliques. Dans le même temps, sur la côte ouest des Etats-Unis naissent les premiers ours d’artistes, modèles uniques ou séries limitées entièrement fabriquées à la main. Ce renouveau dans l’artisanat de l’ours en peluche s’étend vite à de nombreux autres pays tels la Nouvelle-Zélande, le Japon, la Hollande, la Suisse ou l’Au-triche. Aujourd’hui le commerce des ours d’artistes contemporains est devenu très prospère car il a su attirer autant d’amateurs que les ours anciens possèdent de collectionneurs passionnés. Aujourd’hui, un marché très diversifié Alors que les fabricants asiatiques de peluches bon marché inondent le marché enfantin, les grandes marques ont choisi de rester fidèles à la qualité de leurs ours d’origine. Les ours en peluche sont devenus si recherchés que des ventes aux enchères sont organisées par les plus grandes salles, et les prix atteints ces dernières années par ces petits animaux ont dépassé tous les records, en témoignent les 110 000 livres sterling qu’il vous aurait fallu débourser pour devenir propriétaire d’une « Teddy Girl » en 1994 lors d’une vente chez Christie’s. L’ours en peluche actuel se décline sous de nombreuses formes : du doudou en coton ou velourséponge aux ours quasi-martiens de certains artistes innovateurs, en passant par les fameuses répliques d’ours anciens, toujours très prisées, et par les modèles pour enfants, plus rondouillards. Le goût pour l’ancien et l’artisanal commence même à descendre dans la rue, ou plus précisément dans les grands magasins, avec de nouvelles matières et de nouvelles formes dans les collections des grands fabricants, comme le propose la marque française Nounours au travers de sa gamme de petits ours de collection en mohair. Steiff, Pintel, Chad Valley et les autres … Ces noms qui résonnent comme autant de trésors aux oreilles des collectionneurs avertis ont marqué chacun à leur façon l'histoire des ours en peluche et des pays dont ils sont originaires, parmi lesquels les principaux furent l'Allemagne, l'Angleterre, les Etats-Unis et la France. Les ours allemands En Allemagne, la tradition du jouet est très ancienne, et depuis longtemps la région de Sonneberg Neustadt est célèbre dans le monde entier pour sa production de poupées et de jouets divers. Parmi les plus célèbres fabricants d'ours allemands, on peut citer Steiff, Schuco, Bing, ou encore Hermann. Si la région de Sonneberg abritait à la grande époque certains des fabricants allemands les plus renommés, il s'y trouvait aussi des centaines de familles dont tous les membres, y compris les enfants, fabriquaient des « ours en chambre », c'està-dire chez eux, et souvent dans des conditions difficiles. Tous travaillaient pour satisfaire l'énorme demande du marché international. [Trois représentants des marques anglaises les plus célèbres: Merrythought, Chiltern et Chad Valley] Une tête large et ronde, un museau plutôt long, des membres longs et de forme réaliste, une bosse dorsale, et un mohair à poil long d'excellente qualité… voilà de quoi reconnaître assez facilement un ours de fabrique allemande, car ils ne portaient généralement pas de marque. Leur réputation a toujours été excellente ce qui en fait des ours très demandés dans le monde entier. Les ours britanniques Les Britanniques, qui arrivent en terme de production tout de suite après les A l l emands et les Américains, ont également une très longue tradition du jouet au moment où se développe la mode des ours en peluche. Certains des premiers fabricants, tel que J.K. Farnell produisaient des jouets depuis le XIXème siècle ; aussi, quand la folie du « teddy bear » gagna l'Angleterre, ils n'eurent aucun mal à se reconvertir. Le blocus sur les importations allemandes pendant la Première Guerre entraîna la création de nouvelles entreprises, en particulier Harwin & Co., Chad Valley, qui travaillait auparavant dans l'imprimerie, Chiltern, William J. Terry et Dean's. Toutes produisirent des ours qui font aujourd'hui le bonheur des collectionneurs. Les ours anglais anciens sont d'excellente qualité et leur peluche est habituellement en mohair du Yorkshire. Les modèles produits après la Seconde Guerre mondiale sont d'un style très différents : ils ont généralement une face plate, un corps rond et des membres courts qui sont, à présent, les traits caractéristiques des ours anglais. Les ours anciens ne sont pas toujours faciles à identifier, faute là encore d'étiquette de marque. Les ours américains Si les Allemands furent pendant longtemps les principaux fabricants et exportateurs d'ours, on ne s'étonnera pas de l’engouement de milliers d'américains pour les ours en peluche au début du siècle, les Etats-Unis ayant été le berceau de nouveau jouet. L'entreprise de Morris Michtom, The Ideal Novelty & Toy Company, qui fabriqua le premier ours en peluche au monde, domina longtemps ce marché néanmoins riche en concurrents, parmi lesquels en particulier Knickerbocker, Bruin, Aetna, Gund – qui produit toujours des ours aujourd'hui – et Character Toy Company. Les ours américains les plus anciens sont extrêmement rares et particulièrement recherchés. Comme les fabricants américains ne mettaient pas toujours leurs marques sur leurs ours, beaucoup sont difficiles à identifier formellement, mais certaines caractéristiques précises se dégagent, en particulier un corps long rigide et des membres droits et courts. Les ours français En France, pays déjà célèbre pour ses jouets mécaniques, il faut attendre les environs de 1919 pour qu'apparaisse le premier véritable ours en mohair fabriqué par Marcel Pintel, bientôt imité par la firme Fadap. Les ours fabriqués en France entre 1925 et 1940 se ressemblent beaucoup, sans doute parce que les stylistes changeaient souvent d'entreprise, conservant leur dessin avec eux. Ils sont fréquemment en mohair court et raide, avec des articulations parfois simples et visibles. Avec la Seconde Guerre mondiale, la plupart des fabricants de jouets durent interrompre leur activité, mais dans les années 1950 l'industrie connut un renouveau fantastique, avec plus de 25 fabricants recensés. Malheureusement cet essor ne devait pas durer et les années 1960 marquèrent le déclin de l'ours traditionnel, remplacé par des ours lavables, non articulés et meilleur marché. Aujourd'hui, un seul fabricant, Blanchet, continue à produire des ours traditionnels parmi une gamme de produits plus large. Les ours anciens français sont rares, surtout hors de leur pays d'origine, et beaucoup de ceux que l'on trouve n'ont pas d'étiquette pour les identifier. Nostalgie télévisuelle Parmi ces millions d'ours fabriqués et vendus, il en est certains que la télévision, à travers ses premières émissions pour enfants, a popularisé au point d'en faire de véritables vedettes. Winnie l'Ourson, petit amateur de miel rondouillard, est sans doute un des plus célèbres de la littérature enfantine, et voit le jour en 1924 sous la plume de A.A. Milne, dans un livre de poèmes. L'aspect psychologique du nounours Compagnon de longue date de la majorité des enfants occidentaux, l’ours en peluche est très souvent leur jouet préféré. Malgré ses redoutables griffes et ses crocs puissants, l’ours bénéficie de l’image de force tranquille que les zoos lui façonnent et séduit ainsi par sa rondeur et sa fourrure. Le monde occidental, qui a progressivement vu sa population d’ours décroître, a rapidement oublié sa sauvagerie et les ravages qu’il peut causer, ce qui en a fait au final un animal pelucheux, maladroit et attendrissant. L'ours ainsi transformé a pris une dimension psychologique fondamentale, particulièrement auprès des garçons, privés de poupées, dont il est devenu l’ami et le confident en répondant à ce besoin de sécurité et de tendresse identique chez tous les enfants. Si au début du siècle, les ours sont encore un peu durs et lourds, ils sont néanmoins doux à embrasser. Avec l'évolution des matériaux, l'ours en peluche s'arrondit et s'assouplit, au point d’en devenir souvent indispensable à l'enfant pour s'endormir, et cause parfois des micro-drames familiaux s'il a été malencontreusement oublié! Bien que de nombreux autres animaux soient également fabriqués en peluche, l'ours garde une place privilégiée dans le monde de l’enfance. Symbole de douceur, de confort et d’amour, il est souvent utilisé par les associations caritatives ou par les médecins pour consoler et rassurer. Parce qu’il ressemble extérieurement beaucoup à l’homme, il est capable d’aider les enfants en difficulté, maltraités, orphelins ou abandonnés à extérioriser leurs chagrins et leurs drames immédiats. De la même façon qu’une cour d’école permet aux petits, au delà du simple jeu, d’améliorer leur motricité et leur aptitude physique, l’ours en peluche stimule et développe de façon significative l’activité émotionnelle des enfants. S'inspirant de l'ours de son fils Christopher Robin (Jean-Christophe dans la version française) fabriqué par la compagnie anglaise Farnell, et de sa vie familiale, il édite ainsi une série d'histoires pour enfants dont le héros est Winnie the Pooh. Ces histoires sont par la suite illustrées par l'artiste Ernest Shepard. Celui-ci s'inspire également de l'ours de son propre fils, un Steiff nommé « Growler », pour réaliser des dessins sensibles et pleins de charme qui contribueront grandement à populariser Winnie et ses amis, Porcinet, Tigrou, Coco Lapin… En 1966, Walt Disney relance l'intérêt pour ce petit ourson grâce à un dessin animé dans lequel il habille Winnie avec son fameux pull rouge trop court. La première transformation de Winnie en peluche date d'avant 1930 par une firme américaine (Woolnough) ; en 1930 la Teddy Toy Company of London puis en 1934 la firme anglaise Chad Valley se lancent à leur tour dans la fabrication de l'ourson. Les différentes versions seront très nombreuses, inspirées des dessins de Shepard ou de ceux de Walt Disney, et de multiples produits dérivés continuent à se vendre aujourd'hui. « Bonne nuit les petits »… Il serait difficile de prétendre parler des ours célèbres sans citer celui qui venait visiter quotidiennement le petit écran des familles françaises juste avant 20 heures et qui marqua une génération d'enfants dans les années 60 et 70. Nounours, au départ nommé Gros Ours, est une marionnette créée par Jean et Colette Roche, et Jacques Raynaud qui apparaît pour la première fois dans l'émission pour enfants de Claude Laydu en 1962. [Winnie l’ourson et ses amis] [Nounours et le marchand de sable sur leur nuage] [Un des nombreux produits dérivés : le dentifrice] Ce gros nounours, rapidement entouré de quatre neveux, est chargé chaque soir d'annoncer l'heure du coucher aux enfants. Rond et doux, il descend de son nuage pour rendre visite à Pimprenelle et Nicolas qui lui font subir toutes sortes de taquineries, mais qui finissent toujours par obéir gentiment à Nounours en allant se coucher, sans oublier de se laver les dents. Le personnage de Nounours connut un succès phénoménal tant auprès des enfants qui l'adoraient pour son aspect bourru et tendre de grand-père qu’auprès des parents qu’il aidait beaucoup dans la dure tâche de mettre les enfants au lit ! Il a également suscité un incroyable marché de produits dérivés, de la peluche fabriquée initialement par Olis et disponible en trois ou quatre tailles et couleurs différentes, aux jouets en plastique, cartes postales et autres objets des plus courants aux plus chics. « Bonne nuit les petits » fit une réapparition en 1975 sur TF1, pour 78 épisodes, et a même connu des rediffusions récentes qui ont remis au goût du jour les peluches et figurines des différents personnages. Enfin, on peut citer parmi ces célébrités cathodiques, le petit ours chanteur Colargol, né de l'amour de deux parents pour leurs enfants. Olga Pouchine, maman tendre et délicate avait l'habitude d'improviser chaque soir pour endormir son fils une aventure différente, dans lequel elle mettait en scène un ours, Colargol. Un de ses amis, Victor Villien, émerveillé de la richesse et de la poésie de ses histoires décide alors de créer la première « opérette pour enfants sages », et demande à Olga de l'aider à rédiger des contes pour enfants entrecoupés de chansons. En 1961, il parvient à sortir deux 45 tours qui connurent un succès impressionnant dû en grande partie à la fraîcheur des musiques écrites par Mireille, dont la renommée n'est déjà plus à faire à l'époque. Fort de ce succès, Villien tente alors de présenter son projet à l'ORTF, en vain. C'est en 1970 qu'Albert Barillé ayant acheté par hasard un disque de Colarg o l pour son fils m a l a d e , décide de faire produire des films d'animation à partir de ces histoires. 52 films d'un quart d'heure sont alors produits et connaissent, comme les disques, un vif succès auprès des enfants du monde entier. En France, son image fut comme d'habitude reprise en peluche par Clodrey et Pintel, avec des modèles classiques ou musicaux, en caoutchouc par Delacoste et en jeux de cube par Garnier. La maison Pintel réalisa également, en plus du modèle normal de 35 centimètres, un ours géant de 90 centimètres, support de la campagne publicitaire d'une marque de yaourts de l'époque. Artiste d’ours, un métier? C'est sur la côte ouest des Etats-Unis, dans les années 70, qu'apparaissent les premiers ours créés par des artistes, principalement inspirés par les ours anciens. Souvent issus du milieu de la poupée d'artiste, ces créateurs reprennent les techniques traditionnelles afin de retrouver l'esprit et la beauté des ours anciens, et vont même jusqu'à vieillir artificiellement les matières qu'ils utilisent pour reproduire cette usure du temps qui rend les vieux ours si émouvants. Ces artistes, aujourd'hui originaires de nombreux pays dont l'Allemagne, la Hollande, le Japon, l'Angleterre, l'Australie et la France, dessinent et réalisent leur propres ours, parfois avec l'aide de main-d'oeuvre extérieure ou de membres de leur famille, mais en apportant toujours leur touche personnelle finale à leurs créations. Ces ours sont souvent des pièces uniques ou fabriquées en séries très limitées, ce qui en fait de futurs objets de collection. [L’un des dix 45 tours de Colargol] Ils nécessitent de la part de leur créateur, outre des compétences techniques et pratiques spécifiques, beaucoup d'imagination et de puissance créatrice pour concevoir des ours uniques et personnels. Au départ très limité, le nombre d'artistes augmente régulièrement depuis 20 ans, grâce notamment à des personnalités passionnées d'ours, comme le comédien Peter Bull aux Etats-Unis, qui permettent le développement de manifestations entièrement consacrées aux ours d'artistes. L'ours s'est ainsi peu à peu échappé des références à l'ancien, certains créateurs ayant choisi d'insister sur le côté tendresse et proche de l'enfant, d'autres sur l'aspect naturaliste, d'autres encore inspirés par le style bande dessinée. Les styles se diversifient donc énormément, et des modèles de plus en plus travaillés voient le jour dans les ateliers de ces passionnés. Certains ours nus ont des proportions originales confinant parfois à la caricature, dégingandés, échevelés ou tordus. D'autres, en revanche, souvent non articulés, donnent une impression de mouvement très vivante bien qu'ils soient complètement figés. Les miniatures inspirent aussi beaucoup ces artistes sur des thèmes très variés allant d'Alice au Pays des Merveilles aux créatures les plus réalistes qui soient. Si les ours nus sont encore fréquents, la plupart des artistes jouent de leur imagination pour faire surgir de leurs doigts des marquis, des clowns, des danseuses… Certains vont même encore plus loin en transformant leurs créations en véritables vecteurs de message écologique, religieux voire politique, où l'ours est mis en scène à la manière d'un manifeste. Néanmoins, la création de ces ours contemporains reste essentiellement figurative, et la référence au jouet, à l'ours ancien et à l'animal reste très importante, tout comme les matières utilisées, encore presque uniquement traditionnelles. Cela explique par exemple qu'à l'heure actuelle, quelques fabricants comme Dean's en Angleterre commandent à des artistes très connus des ours exclusifs qu'ils pourront ensuite fabriquer en grande série ; sachant qu'il faut parfois attendre très longtemps avant de les obtenir. [Deux ours jumeaux créés par Frances McCleary] Les fabricants français Pintel Le premier fabricant français d'ours en peluche, Marcel Pintel fils, introduisit dès 1913, dans la gamme de jouets de l'entreprise de son père, la confection de « jouets bourrés ». Il dépose cette année-là sa marque : un couple d'ours enlacés. En 1919, le premier ours en mohair voit le jour sous l'impulsion de ce jeune homme dynamique et enthousiaste qui cherche à concurrencer les ours importés. Ses premiers ours sont généralement bien faits, avec un rembourrage en fibre de bois, un air sérieux, un long museau et des bras fins. Ils sont identifiés par un bouton en métal de couleur cuivre, au milieu de la poitrine, représentant les deux ours entrelacés et siglé « PF ». L'entreprise de Marcel Pintel, qui fut président du Syndicat National des Fabricants de Jeux et Jouets, connut un tel succès qu'elle dut faire appel pour une partie de sa production à des sous-traitants tel Thiennot, qui fondera par la suite sa propre fabrique d'ours en peluche. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, la production s'élève à 100 000 douzaines de jouets par an, selon les termes de l'époque, et malgré la fermeture due à la guerre et la mort de Marcel Pintel, l'entreprise reprend la production après la guerre, avec tous les matériaux disponibles d'alors (couvertures de laine, velours) en réservant le mohair et la laine à ses modèles haut de gamme. Outre les ours traditionnels, Pintel était également très connu pour ses fabrications de peluches d'après les personnages d'émissions télévisuelles pour enfants. Il produisit notamment le petit lion Titus en 1967, puis proposa Babar en 1969 et l'ours Colargol en 1970, ainsi que les animaux du dessin animé « Le Livre de la Jungle » de Walt Disney. A cette époque, la firme adopte comme beaucoup la fibre synthétique pour des raisons d'entretien et de sécurité, et ses modèles s'éloignent peu à peu du modèle traditionnel. L'année 1976 marque le rachat de l'entreprise installée à Paris et l'arrêt définitif de la production; néanmoins la marque Pintel est aujourd'hui encore utilisée par un grossiste en jouets. Blanchet Le plus ancien fabricant d'ours en peluche français encore en activité est la firme Blanchet. Basée à Pont-Chrétien, elle est présente sur le marché depuis 1953 et ses débuts plutôt modestes sont initiés par Mme Blanchet qui fabrique le premier modèle d'ours en peluche, proposé uniquement en 5 ou 6 tailles, dans un local attenant à sa maison. Son mari prend bientôt en charge la commercialisation des créations et son fils travaille à la conception de nouveaux modèles à partir de 1962, date à laquelle 12 personnes sont employées par la firme. Elle en compte actuellement 45, après être passée par un maximum de 70 dans les années 80. La production d'ours, en rayonne et mohair, au front large et bombés, articulés par des disques en carton et des tiges en métal, se complète par la suite par celle d'ours miniatures et d'autres animaux. En 1965, le slogan adopté par la famille Blanchet « Les jouets qui ont un coeur » est imprimé sur un coeur en carton qui figure sur tous les jouets produits. Aujourd’hui encore, les ours contemporains, que l'on ne trouve que chez les détaillants, portent cette inscription. Actuellement, la firme produit des répliques de ses ours les plus célèbres, ainsi que des peluches publicitaires en plus de sa production traditionnelle. Fadap Fadap (Fabrication Artisanale d'Animaux en Peluche) démarre sa production un peu plus tard que Pintel, en 1925, et ses ours ressemblent beaucoup à ceux de son concurrent direct, bien qu'on puisse les distinguer par un museau généralement plus retroussé, et une couture sous le menton. Les premiers ours Fadap, bien que bourrés de paille de bois, sont souvent plus souples que ceux de Pintel, ils ont un corps en forme de poire, des yeux en boutons de bottine et quatre griffes brodées. A l'origine ils portaient dans l'oreille un bouton en métal embouti gravé « Fadap-France » ainsi qu'une étiquette en papier attachée au bouton, qui a souvent disparu sur les ours que l'on retrouve aujourd'hui. Comme Pintel, l'entreprise doit fermer pendant la guerre, et arrêtera définitivement sa production en 1978. La fin du voyage Le temps est venu pour moi de vous rendre à votre trépidante vie d’adulte... J’espère que vous aurez pris plaisir, l’espace d’un instant, à redécouvrir ce monde douillet, dépourvu de stress, et que votre regard sur les ours en peluche a changé. Peut-être même que cette escapade vous aura donné l’envie de commencer ou de complèter une collection de ces si charmants animaux. Après tout, il n’y a pas d’âge pour tomber amoureux... Bibliographie, liens sur internet Les ours, Sue Pearson-Gründ-1996 De Nounours à Casimir, Agnès Moreau-Massin-1997 www.alentours.com www.oursement-votre.com www.multimania.com/agdm www.ours-en-peluche.net http://perso.wanadoo.fr/amis.gueuldemiel/agdm/gdmiel00.html A voir Le Musée de l’Ours en Peluche 26 rue Lanterne 69 001 LYON www.oursement-votre.com/musee saved from http://www.polytechnique.fr/eleves/binets/xpassion/numeros/xpnumero28/xp28ind.htm