Une journée canon
En novembre dernier le match Tournai-Union avait été l'occasion d'une très belle
cyber-journée avec supporters des deux clubs mais aussi la visite des webmasters de
Strombeek (Peter Borghs) et de Mouscron (Tony Vandecasteele).
Enthousiasmé par l'idée, notre ami Tony nous avait dit qu'il se ferait un plaisir de
nous inviter au retour du beau temps et ce fut chose faite ce week-end par une
température douce et sous un ciel dont la timidité ne tempéra pas la chaleur de
l'accueil loin de là.
L'Excel voit poindre son ticket européen au bout de la dernière ligne droite et le
moment était idéal pour voir les Hurlus à plein régime.
On commença bien sûr par le traditionnel verre d'accueil, permettant d'attendre que tout
le monde soit là et d'évoquer les affres de la fin de saison en troisième division avec
Nicolas Debaes et son père Jean, et bien sûr Peter Borghs.
Bon nombre des participants de la cyber-journée tournaisienne étaient en effet là.
Seuls manquaient Michel Sternotte et son fils et diablotin Gregory en raison d'un tournoi
de celui-ci, ainsi que Didier Payen que ses obligations professionnelles avaient appelé
dans la cité de Kaiser Franz.
Danny était accompagné de ses parents dont les souvenirs footballistiques savoureux
remontaient jusqu'aux belles heures des Trois Tilleuls.
Et Etienne Moreau était bien sûr là aussi, en compagnie de Laurent et Michel
Vanderlinden, et ne manquant pas de nous faire profiter de sa compétence lorsque la
conversation déviait vers l'informatique.
Jean-Pierre Thibaut tint également à nous accueillir et ce fut une des (nombreuses)
agréables surprises de la journée.
Tony nous concocta un programme royal qui démarra avec la visite du stade en compagnie de
Carlos Roelens, le Public Relations avisé du club.
On fut immédiatement frappé par la qualité du terrain, un superbe billard idéal pour
la pratique du beau jeu comme on put le voir en soirée.
La contenance est encore petite pour le niveau atteint par le club mais elle sera
augmentée cet été. Au lendemain du match contre Bruges commenceront les travaux avec la
démolition de la vieille tribune.
On fit ensuite le tour de toutes les installations flambant neuves aménagées dans la
nouvelle tribune : bureaux (on reçut tous une écharpe), salle de presse, salle de
détente des joueurs, restaurant, vestiaires, douches, salle de soins, sauna, buanderie...
On put voir fièrement arborée en vitrine le maillot de Dominique Lemoine lors de sa
première sélection au Pays de Galles (1-2, rappelez-vous), qui fut également la
première sélection nationale en match officiel d'un Hurlu.
Dans le contexte particulier que l'on sait, notre cicerone ne manqua pas de rendre à
Georges Leekens ce qui appartient à Georges Leekens et de souligner ses conseils avisés
en matière de professionalisation des infrastructures du club.
Il nous parla également de l'école des jeunes que dirige avec compétence Philippe
Saint-Jean en collaboration avec la Ville de Mouscron et, dans un premier temps, avec
trois de ses écoles. Les élèves sont tenus d'avoir de bons résultats scolaires pour
pouvoir en faire partie.
Les relations entre l'Excel et Lens sont excellentes et les champions de France ont
également prodigué de judicieux conseils en la matière.
Carlos Roelens se montra un remarquable guide et répondit avec amabilité à toutes nos
questions. Ainsi, par exemple, a-t-on appris que Mouscron pourra à nouveau jouer ses
matches européens à Villeneuve d'Ascq. Ce fut, paraît-il, une réclamation française
qui empêcha Mouscron d'y rencontrer Metz il y a deux ans. Elle émana d'une personnalité
footballistique bien connue dans l'Hexagone, se montrant d'habitude sous un jour jovial et
ce fut attristant de l'apprendre.
Il nous apprit aussi que le club travaillait en collaboration avec Berlitz pour fournir
des cours de langue à ses joueurs étrangers aussi bien qu'aux membres du staff
administratif qui en ont besoin (il y a un sponsor espagnol, notamment).
L'effectif total du club est de 75 personnes pour un budget porté à 280 millions cette
saison-ci.
Notre cicerone fut donc prolixe et, paradoxalement, ce furent ses auditeurs qui se
sentirent le gosier en pente après son exposé.
On reprit donc sans se faire prier le chemin de la buvette où tout en se désaltérant on
parcourut la documentation qui nous fut transmise.
Je ne vous surprendrai évidemment pas en disant que MOUSCRON EXCELSIOR n'a rien à envier
à LA BUTTE; c'est un euphémisme, surtout depuis cette saison.
On y trouve bien sûr des nouvelles du club et des interviews (dignes de ce nom) des
joueurs (cette fois-ci, c'était Damir Lesjak) mais également une présentation fouillée
de l'adversaire du jour (3 pages) avec une analyse en profondeur de son jeu recueillie
auprès de Philippe Saint-Jean, aussi précis et complet qu'à Canal+.
Analyse en outre traduite en néerlandais pour les visiteurs.
L'Excel est en effet résolument bilingue, que ce soit au niveau des indications écrites
ou à celui de l'animation d'avant-match, et on ne peut que s'en féliciter.
On trouve également de l'humour et de la poésie dans le bulletin du club et, pensant à
notre ami Narcisse, je ne peux résister à vous recopier ici un savoureux exemple de
poésie en prose dû à la plume de "A.G." :
"SCORE
Le score est l'alpha et l'oméga du foot.
Relevé, analysé, commenté, disséqué par les journalistes, il est décliné à toutes
les sauces par les spécialistes.
Selon les circonstances on parle d'un "score vierge", voire
"désespérément vierge".
Ce qui sous-entend que la virginité est un état passager dont il est urgent de sortir.
A noter que l'impuissance du gardien, analysée précédemment, n'est pour rien dans cette
situation, que du contraire.
On parlera encore de "score nul", ou pire de "score parfaitement nul".
La nullité dans toute sa splendeur, c'est-à-dire dans toute son horreur.
Parfois on applaudit un "score fleuve", mais le plus souvent il faut se
contenter d'un "score étriqué".
On le qualifie encore d'étonnant, exagéré, injuste ou flatté.
Le même score peut d'ailleurs être qualifié différemment selon le point de vue.
Souvent les joueurs se voient contraints à courir après le score et on ne peut pas dire
que cela leur fait une belle jambe.
Bref, voilà un mot qui ne laisse personne indifférent.
Mais qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, car - et chaque supporter le sait -
seule la victoire est belle."
Un pensum prémonitoire comme on put s'en rendre compte le soir et le lendemain.
Tony nous invita alors à nous sustenter à LA PYRAMIDE en face de la gare où on fut on
ne peut plus copieusement servi en frites. Manifestement il avait prévenu que des
Bruxellois descendaient sur la ville.
L'établissement devait son nom à un toit vitré pyramidal qui lui procurait une lumière
des plus agréables.
La grisaille nous incita à remettre la visite à Futurosport (les terrains de l'école
des jeunes) à une autre fois et à se concentrer sur le culturel.
On partit ainsi vers le Château des Comtes, joyau historique de la cité dont une dame
érudite nous en retraça l'évolution au cours des siècles. On a des raisons de penser
qu'il fut initialement bâti au 9ème siècle et on en a des dessins depuis 1300, à
l'époque où on avait de menus ennuis avec Philippe Le Bel (rappelez-vous 1302) qui le
fit d'ailleurs raser pour se venger d'une mésalliance des seigneurs de Mouscron (il avait
un petit côté Milosevic).
Le château fut donc reconstruit et connut encore de nombreuses tranformations et surtout
de nombreux avatars.
Et des visites aussi. Charles Quint vint y passer une journée avec sa suite vers la fin
des années 1510 et celle-ci coûta un tiers des revenus annuels des seigneurs !
Faute d'héritiers naturels le château finit dans les mains de l'Etat dans les années
1960, qui s'en désintéressa totalement.
Il devint rapidement une ruine, au surplus pillée sans vergogne.
Au début de cette décennie il fut repris en main par la Ville de Mouscron qui commença
à le restaurer. La tâche est gigantesque et compliquée encore par le fait que le
château est classé, ce qui oblige à effectuer toute réparation comme on le faisait à
l'époque. Pas question de mettre des clous là où on travaillait par tenons et
mortaises.
Alors qu'une bonne partie de la restauration était déjà faite, des pyromanes opérant
dans la région des deux côtés de la frontière incendièrent le château en 1995 et il
fallut tout recommencer.
Comme on le vit le soir les Mouscronnois sont opiniâtres et remirent l'ouvrage sur le
métier.
Notre guide nous fit alors faire le tour de ce qui était accessible et on put voir encore
quelques traces de l'incendie et apprécier à la fois les nouvelles réparations et
quelques boiseries peintes subsistant encore et datant du milieu du 18ème siècle.
Peter mit alors le cap sur Ingelmunster où son équipe favorite devait en découdre avec
les leaders et Tony nous ramena en ville nous faire visiter le Musée du Folklore dont la
charmantissime guide nous détailla les richesses exposées, le volume du musée actuel ne
permettant pas d'y installer toutes les collections.
On commença par l'estaminet pour se mettre dans l'ambiance.
Rassurez-vous, on resta sobre. Les pompes (aux poignées superbes) ne débitaient plus.
De tels estaminets existaient encore dans l'entre-deux guerres comme on peut le voir sur
les photos familiales de l'époque quand on en a (ce qui est mon cas).
Ou dans des films évoquant le début du siècle, comme MIRA par exemple.
On put ensuite voir les vestiges des métiers de jadis : sabotiers, tisserands, forgerons,
apiculteurs, laiterie, rémouleurs...
Et même les astuces artisanales nécessitées par les circonstances.
Ainsi, pendant la deuxième guerre mondiale, le caoutchouc était introuvable et les
pneumatiques des vélos étaient remplacés par des ressorts.
Je me demande ce que les Mapei en penseraient sur le trajet de Paris-Roubaix.
Le Musée comprend bien sûr aussi de nombreux ancêtres technologiques comme draisienne,
grand-bi, appareils photographiques à plaques etc...
Et aussi des objets ludiques comme arcs, arbalètes, cages à oiseaux pour concours de
chant, jeux de cartes sans chiffres et d'autres, moins ludiques, comme des cannes-épées.
Les encriers de la classe d'école me rappelèrent mes primaires juste après la
Libération et dans l'ensemble, si ces objets peuvent paraître désuets aux jeunes
générations actuelles, nombre de gens encore en vie les ont utilisés ou vu fonctionner.
A la librairie du Musée on put noter un ouvrage sur l'histoire de Mouscron co-écrit par
Robert Vandenberghe et Jules Debaes, le propre grand-oncle de Nicolas !
On partit ensuite faire le tour du centre commercial très animé de la ville.
Pour les amateurs de pralines, sachez qu'il y a 9 Leonidas à Mouscron !
Tony nous fit bien entendu admirer la vitrine de l'Excel Shop puis nous offrit un nouveau
pot dans un café où nos écharpes attirèrent positivement l'attention.
On mit alors le cap sur le stade où on parqua précautionneusement.
Il n'était que 18h30 mais il y avait déjà plein de monde.
On trouva quand même une table à la buvette où on commenta les nombreuses émotions
déjà suscitées par cette journée sportivo-culturelle.
Une chose nous paraissait claire : on était les hôtes très privilégiés d'une
entreprise dynamique qui marche, dont l'expansion n'est certainement pas terminée et dont
le sens de l'accueil est digne de celui des anciens seigneurs.
Il restait encore du temps et Etienne, Nicolas et votre serviteur se lancèrent même dans
une conversation multimédiatique poussée avant de gagner nos places.
L'ambiance était d'un enthousiasme indescriptible.
Le kop tonitruant des Hurlus se trouvait à notre droite et était encore encouragé par
deux animateurs.
Nous nous trouvions juste au-dessus de l'emplacement réservé aux enfants (une des
grandes originalités du club) et nos voisins immédiats nous serrèrent spontanément la
main. On pourrait appliquer à Mouscron la célèbre devise d'Harrods : "You enter a
new world.".
En lever de rideau les animateurs nous présentèrent quatre équipes de jeunes qui toutes
avaient gagné leur championnat et en annonçant publiquement qu'on comptait sur eux pour
assurer la relève dans quelques années. Si ce n'est pas motiver les jeunes ça...
Durant la pause des pom pom girls s'amenèrent. Elles firent deux numéros, d'abord à
onze puis, après un court retour aux vestiaires, à huit. Ma mauvaise langue y vit
l'effet de la descente de Laurent dans les coulisses entre les deux numéros.
Vous connaissez le résultat par la télé, ce fut une victoire au forceps de nos hôtes
concrétisée dans les arrêts de jeu (1-0) après un match à sens unique.
Les Hurlus se montrèrent maladroits à la finition en première mi-temps, ratant quatre
occasions franches (dont un penalty).
Par la suite ils mirent le turbo mais confondirent quelque peu vitesse et précipitation,
permettant au gardien beverenois et néo-international Erwin Lemmens de faire un nombre
impressionnant de saves miraculeux.
Mais comme dit plus haut on est opiniâtre à Mouscron et à moins d'une minute du coup de
sifflet final Zoran Ban (après beaucoup de loupés) se vit offrir une occasion de trop
pour la défense beverenoise.
Ce qui nous frappa surtout en tant qu'habitués de la troisième division, ce fut le
rythme auquel jouèrent les deux équipes. Ça courait vite des deux côtés et les passes
étaient sèches, tranchantes et à ras de terre (ce que permettait l'excellent état du
terrain).
Beveren (qui a aussi renoncé aux culottes bleues et arborait un maillot genre drapeau de
guerre japonais) produisit un football pauvre mais le fit au maximum de ses possibilités
gênant les évolutions de ses adversaires où que soit le ballon.
Dans le genre, Riccardo Bonetto se montra un véritable poison et Gideon Imagbudu se
signala par une activité inlassable. L'homme du match fut évidemment leur gardien.
A Mouscron on fut surtout frappé par l'omniprésence du capitaine Yves Vanderhaeghe et
par la collectivité et la ténacité de l'ensemble. Ce n'était pas un jour de grande
inspiration pour l'équipe mais elle ne connut aucun temps mort et cela finit par payer.
Le temps d'attendre que Tony ait fini son travail sur le site (il le met régulièrement
à jour pendant le déroulement du match) et on prit congé de lui en le remerciant
encore, le verre à la main bien entendu.
On fit encore une pause hot-dogs durant laquelle Peter nous apprit par GSM que Strombeek
avait fait math nul à Ingelmunster (1-1; les deux buts dans les toutes dernières
minutes). Un résultat qui dut combler d'aise Mons (la semaine est rouge avais-je e-mailé
jeudi) et qui aurait dû aiguillonner l'Union mais ceci est une autre histoire.
Et puis on retourna dans nos pénates en préférant revenir par Gand plutôt que par
Tournai comme à l'aller, l'itinéraire étant plus roulant.
Une journée vraiment canon, il n'y a pas d'autre mot et comment aurait-il pu d'ailleurs
en être autrement ?
Mouscron sur Internet :
1) Site de la ville : http://www.ccim.be/mouscron/mouscronfr.htm
Site de l'Excel : http://www.excelsior.be
2) Ou bien :
Vous cherchez "Mouscron" sur Yahoo.
Vous obtenez le site de la ville.
Celui-ci contient un lien vers le site de l'Excel. |