Royale Union Saint-Gilloise
Pierre Vansintjan
Cyber journée 15 mai Stress pour cyber-fanas de football Freddy Smets aura au moins laissé un héritage aux supporters de l'Union, c'est de les accrocher aux matches qu'il faut absolument gagner. On ne peut désormais plus s'en passer même quand l'Union ne joue plus. Le stress est devenu l'opium des cyber-unionistes. Danny nous avait ainsi concocté une journée pas piquée des vers en matière d'émotions prometteuses avec l'importantissime US Suisse-New Inn 2 en division III A de l'Abssa suivi du tout simplement vital Lyra - RC Tournai en barrage de division III nationale. On prit une collation à quatre à Bruparck avec Danny, Etienne, Michel et votre serviteur sous le regard critique de Laurent à la diète. Celui-ci défend en effet avec bonheur la cage du New Inn et faisait un effort surhumain pour se concentrer sur son match malgré les effluves tentantes qui lui venaient de toutes parts. Au moment du dessert il n'y tint plus et partit rejoindre ses camarades pour s'échauffer. On se mit ensuite en route pour rejoindre les coquettes installations sportives du Ministère des Finances à Strombeek qui fleuraient bon les pâquerettes sous le soleil. Les parents de Laurent étaient déjà là et on fut accueilli on ne peut plus chaleureusement par la déléguée du New Inn, aux petits soins pour les joueurs comme pour les supporters. Les joueurs s'échauffaient, l'US Suisse toute en rouge, le New Inn tout en blanc. Avec un peu d'imagination on pouvait fantasmer un match Liverpool-Real. Le papa de Laurent nous montra alors le classement et on passa aux choses sérieuses. Le match opposait les premiers et visités (l'US Suisse) aux deuxièmes (le New Inn) avec titre à la clé, un point suffisant aux premiers pour être champions. L'affiche était piquante car les premiers étaient chauds au coeur de notre cyber-unioniste Frédéric Neumann établi en Helvétie, dont le père fut un pilier dans les années trente. Mais notre ami Laurent défendait la cage des seconds et, traumatisé par la saison désastreuse de l'Union, il avait exhorté ses camarades à éviter le nul comme la peste. Son entraîneur ne s'appelant pas Smets, le message avait été reçu cinq sur cinq. De fait on n'eut jamais l'impression qu'on irait vers un match nul. Les visités ne voulaient pas jouer le nul non plus et semblaient désireux de plier le match le plus rapidement possible à l'image de leur joueur Ibrahim, très remuant et, le look et le maillot aidant, faisant immanquablement penser à Turkyilmaz. Le match démarra donc de façon rythmée après un quart d'heure académique durant lequel on attendit vainement l'arbitre. Dans un cas de ce genre le règlement prévoit qu'un membre du club visiteur peut arbitrer et c'est ce qui arriva. Tâche délicate dont il s'acquitta équitablement, à défaut de contenter tout le monde. En première mi-temps il ne voulut pas sanctionner d'une carte un tirage de maillot d'un arrière visité et en seconde il ne broncha pas sur une bousculade pas très nette dans le rectangle visiteur. Ce tirage de maillot fut une des rares éclaircies que se procura le New Inn en première période, l'US Suisse dominant les débats de façon décidée. J'eusse aimé écrire qu'elle se heurta à un gardien infranchissable mais la vérité commande de dire que les visités tirèrent la plupart du temps dans les nuages. Ça devait être la taille de Laurent qui les impressionnait. En Abssa les mi-temps sont de 35 minutes et on se retrouva ainsi rapidement au repos après une première période agréable à suivre en raison du rythme imposé par l'US Suisse. On put ainsi prendre le pouls de nos amis tournaisiens, Nicolas et ses parents, qui étaient arrivés en cours de route. On n'était pas fier du sauvetage de l'Union sur le dos des Rats et on avait tenu à les accompagner pour soutenir leur équipe au Lyra. Ça nous paraissait la moindre des choses. La première mi-temps s'était passée dans un bon esprit et les supporters locaux avaient félicité l'arbitre. Le match reprit et les équipes changèrent de camp mais aussi de physionomie. L'US Suisse avait été généreuse dans l'effort en première période et on s'aperçut bientôt qu'elle avait beaucoup puisé dans ses réserves. C'est donc tout naturellement que le New Inn put à son tour faire des incursions dans son camp et peser de plus en plus sur sa défense. Vers le milieu de la mi-temps le coach du New Inn changea deux joueurs, faisant notamment monter le stratège chevronné de l'équipe. Si les supporters approuvèrent cette montée ils comprirent moins le choix des joueurs qui descendirent. Mais comme déjà dit, le coach ne s'appelait pas Smets et deux minutes après le New Inn marquait sous les acclamations de ses fans, les joueurs remplacés se montrant encore plus bruyants que tous les autres, un signe qui ne trompe pas sur l'esprit d'une équipe et qui nous changeait fameusement de l'Union. La meilleure défense étant l'attaque, le New Inn maintint la pression et le gardien de l'US Suisse dut faire un bel arrêt pour éviter le 0-2. On apprit par la suite qu'il préserva ainsi la montée de son club, menacée par un troisième larron au goal average inquiétant. Sous l'impulsion de son stratège le New Inn préserva ensuite le résultat en connaissant encore deux émotions : la bousculade citée plus haut et une dangereuse contre-attaque en profondeur sanctionnée pour hors-jeu et sur laquelle du reste Laurent s'était interposé avec brio. Ce fut alors le hourra final qui enclencha immédiatement une troisième mi-temps mémorable qui se poursuivit tard dans la nuit. Les vestiaires furent aussi bruyants que trempants et la déléguée nous apporta une preuve supplémentaire de son sens de l'organisation en allant chercher les vêtements de rechange qu'elle avait prévus. Les joueurs de la Suisse n'étaient pas heureux, heureux mais ils se consolèrent rapidement lorsqu'ils surent qu'ils montaient quand même et, à défaut de féliciter l'arbitre, ils apportèrent le champagne qu'ils avaient, eux aussi, prévu. On emboîta tout naturellement le pas en montant faire connaissance avec la buvette où nous rejoignit Peter qui avait commencé sa journée par la fête des jeunes de son club. La joie régnait et ne perturba pas trop les joueurs de tennis qui jouaient d'habitude dans une ambiance plus sereine. Après avoir fêté l'évènement comme il convient on partit alors pour Lierre, ceux que Laurent avait dû trouver les quatre goinfres de Bruparck (Michel s'étant soigneusement enquis de l'endroit où retrouver les fêtards au retour), toujours dans la voiture de Danny, et suivis de Nicolas et ses parents. Après avoir longé Malines et Duffel on fit quelques ronds à Lierre avant de trouver le stade mais on finit par y arriver après avoir parqué à proximité le long du canal dont la perspective offrait une jolie vue en cette fin d'après-midi ensoleillée. Peter nous attendait déjà au "fritekot" à côté de l'entrée où on prit quelques portions, histoire de se mettre en voix, tandis que le vendeur nous évoquait l'histoire mouvementée du Lyra. Il joua en première division et fut un des deux premiers montants de la division 2 créée pour la saison 1952-1953 lorsqu'on passa de sept à huit séries nationales, l'autre montant étant... le Lierse ! Ce dernier, déjà champion avant-guerre, fit la carrière que l'on sait tandis que le Lyra redescendit tout de suite. Il végéta puis finit par fusionner avec le Lierse pour s'en séparer par la suite et recommencer au bas de l'échelle pour se trouver maintenant en promotion B où il termina 9ème ex aequo avec Diegem et Wilrijk. L'assistance était franchement maigrichonne et la contenance n'est pas très grande. Le long côté opposé à la tribune ne comporte qu'un simple promenoir sans gradins et seul le goal côté rue a des gradins derrière lui. On s'y mit en ne passant pas inaperçu avec nos écharpes de trois clubs différents et c'est de ce côté que Tournai attaqua en première mi-temps. Par rapport à l'équipe alignée à l'Union en mars il y avait deux changements dans le onze de départ : le gardien titulaire Stéphane Alexandre retrouvait les perches à la place de Sébastien Cousin et Frédéric Carbel, présent mais blessé, était remplacé par Alan Devillers. Après quelques minutes d'adaptation de part et d'autre Tournai prit l'initiative mais en jouant beaucoup plus à l'emporte-pièce qu'à l'Union. Les automatismes cédaient la place à l'inspiration individuelle et celle-ci n'était guère créative, les joueurs étant visiblement crispés. Les Tournaisiens se montrèrent dangereux à deux reprises lorsqu'un joueur s'amena seul par la gauche devant le gardien lierrois Claes mais celui-ci parvint chaque fois à réduire l'angle et capter le ballon à son opposant manquant de lucidité. L'une des deux fois fut sur une impulsion spectaculaire du capitaine Slobodan Pejcic qui eut été gagnante si un équipier avait suivi au centre. Il y eut aussi une tête de Rodrigo Palomino au second piquet sur un centre de la gauche mais elle était bien molle et semblait indiquer un manque de conviction de la part du joueur. De l'autre côté je n'ai souvenir d'aucune action probante du Lyra en cette première mi-temps. Au repos on alla se positionner près de l'autre but en tribune debout. On était plus près du terrain et on ne manqua pas de s'époumonner pour encourager les Rats, Peter faisant merveille avec sa voix de baryton. Toutefois, sur le plan vocal, on fut largement battu par Casimir Jagiello à quelques mètres devant nous qui tout au long de cette seconde mi-temps fit un véritable one man show en houspillant ses joueurs sous l'oeil privilégié de l'arbitre mi-interloqué mi-amusé. Nicolas avait apporté son Sony Mavica numérique mais c'est un caméscope qu'il aurait fallu amener pour immortaliser l'évènement. Il faut dire qu'il y avait de quoi. Le temps qui filait entre les doigts des Tournaisiens augmentait de plus en plus leur fébrilité, que ce soit en attaque ou en défense. Et tout naturellement le Lyra reprenait du poil de la bête. En outre Hakhim Sahli fut blessé et dut être remplacé par Vicu Nescinschi (rassure-toi, Farid, ça allait déjà nettement mieux à la buvette). On sentait de plus en plus que le premier qui marquerait emporterait le morceau et trois occasions très nettes échurent au Lyra en contre. Un gars idéalement placé au second piquet sur un centre de la droite parvint à tirer au-dessus. Et les deux autres fois le cadre et/ou Stéphane Alexandre empêchèrent l'irréparable. Vous connaissez la théorie de Maradona en la matière et Danny la résuma à voix haute au moment du deuxième tir sur la cadre : "Il ne peut rien arriver à Tournai aujourd'hui !". Plus réaliste, Peter dit que c'était plus relax de voir ça avec une autre équipe que la sienne. Nicolas et ses parents n'étaient pas rassurés pour autant et moins encore Casimir Jagiello qui de la voix poussa ses joueurs de façon tonitruante vers l'avant. Ça nous rappelait du déjà vu, quelque part du côté de Mouscron, et heureusement pour les Rats ça nous le rappela jusqu'au bout. Après ses dangereux contres le Lyra tira de plus en plus la langue et ses défenseurs particulièrement terminèrent sur les rotules. Si bien qu'à une minute de la fin il y eut une attaque tournaisienne de trop pour eux. Elle ne paraissait guère dangereuse mais ils étaient lessivés et Leonardo Gaziano en profita pour éviter les prolongations. On vit beaucoup de porteurs d'écharpes jaunes et noires franchement soulagés à la buvette. Le résultat respectait l'équité sportive et les Tournaisiens furent récompensés de leur opiniâtreté. Ils ont retrouvé le chemin de la victoire. Reste à retrouver celui de la lucidité d'autant que les échos en provenance de Tubize (leur prochain adversaire à la roulette russe des barrages) nous apprennent que ceux-ci gagnèrent le lendemain grâce à leur réalisme face à un adversaire qui les dominait. N'empêche qu'on sirota avec délectation notre blanche avant de féliciter Casimir Jagiello au passage (dont l'assistant avait fortement intrigué Michel par sa présence; moi, j'avais noté que son mentor lui avait demandé de... se taire) puis de repartir pour Bruxelles retrouver les joyeux drilles du New Inn. Ceux-ci fêtaient pantagruéliquement leur triomphe chez leur sponsor, le restaurant DE VISBANK au pied de l'imposante église de Grimbergen, encore égayée par une foire. On fut accueilli par des applaudissements de l'assemblée (au sein de laquelle la déléguée avait fait un petit tour chez le coiffeur) charmée par ces nouveaux supporters et on s'intégra tout naturellement au festin qu'on arrosa toutefois sagement. Il était près de minuit quand on partit vers nos pénates respectives en épiloguant qu'on avait en somme porté la poisse à deux équipes toutes de rouge vêtues qui avaient perdu par 0-1 à domicile. Michel, lui, était resté au Visbank avec son frangin et sa bande; il voulait "faire la totale". Paraîtrait qu'il serait question d'un barbecue pour Tubize-Tournai... |