Gloomy bloomy oblivion

"toi t'as encore fait des conneries"
Ma mere.10.10.76

   Tiens donc, il ont tout change, je ne reconnais plus rien. Ce long voyage m'a lessive. A la gare, personne ne m'attendait, ca commencait mal. Le pire est que je ne pouvais pas mettre un visage sur la personne susceptible de m'acceuillir. Dans la salle d'attente, j'etais le seul voyageur mais c'est le tableau vide des provenances et destinations qui m'etonnait le plus.
     
Le taxi qui m'emmenait vers le centre ville devait etre etranger, il ne repondait a mes questions que par des grognements et des sons gutturaux.Et la ville defilait,vacillait sans que je puisse reconnaitre une seule facade, un seul monument,une seule rue.
    
Les gens qui marchaient d'un pas presse me semblaient absolument insolites. J'avais bien essaye d'en accoster quelques uns, mais, soit ils m'ignoraient, soit ils repondaient par des cris sourds et indechiffrables. Il me fallait au moins un point de repere; je cherchais l'eglise...pas d'eglise seulement un temple qui n'avait rien de tres orthodoxe...Un tres violent courant d'air m'empecha de m'y approcher.
     
Je me trouvais la, epuise, avec ma valise remplie de presents,des pierres precieuses,des mineraux, des fleurs sechees,des livres interdits...ces choses que j'avais ramenees du bout du monde pour mes amis. Mais ou sont ils maintenant, ont ils seulement jamais existe? je ne me souviens meme plus de leurs visages.
    
Est il possible qu'une armee de bulldozers ait rase la ville en mon absence? ai-je ete victime d'un seisme humain?
     
La nuit tombait et la lumiere verdatre des reverberes ne laissait aucune chance aux flaques d'eau et d'huile de refleter le monde.C'etait un ciel interdit d'etoiles sur la ville  qui avait son pouls au plus bas; ventre repu des camions-benne croisant ceux delivrant l'orgie du lendemain.
      
La tete posee sur ma valise, quelques journaux et cartons pour me proteger du froid, je regardais les arteres qui conduisaient surement quelque part, mais je pensais qu'il me faudrait du temps, une eternite peut-etre pour reconstruire mon edifice...Le sommeil m'enrobait et il y avait en son sein quelque chose de bon et prometteur.                                                             

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