Voyage
en bordelais - Week-end de Pentecôte 5h 45.
Hagards à la gare, yeux bouffis et bâillements rentrés, nous attendons notre monture qui doit démarrer 29 minutes plus tard (ils avaient prévu large). On est venu, on est tous là, bisou bonjour bien dormi etc..? Cette assemblée, assez molle, il faut bien le dire, allait bientôt être réveillée … 6h 14.
Le
train frémit à peine, 6h 16 Manu surgit du fond du wagon avec, amoureusement
lovés au creux de ses bras, deux superbes magnum de champagne brut " Laurent
Perrier " . Le la était donné par le premier bouchon, premier d'une longue série…
L'année dernière j'avais été surpris par la vitesse à laquelle dégainaient mes
compagnons, cette année j'avais pris mes précautions en prévoyant pâté, rillettes
jambon et côte de Bourg mais un p'tit déj au champagne quel luxe !! Pourront-ils
faire mieux l'année prochaine ? Notre Manu prit ensuite les choses en mains
et mit un peu de discipline dans les bouteilles impatientes d'être débouchées..
Dans l'ordre : blancs, rosés, rouges légers, rouges plus corsés…Mais notre Dominique
vint troubler ce bel agencement en nous faisant déguster une queue de charrue
du meilleur cru…Un contrôleur et un enquêteur SNCF durent bien se faufiler entre
les gouttes. Nous partîmes 32 et par un prompt renfort nous nous vîmes 37 à
Saint Pierre des Corps… Accueil chaleureux de Myriam Olivier Frédérique et des
canadiens dry mais pas pour longtemps. Le train traversait la Touraine et ravivait
les souvenirs de l'an dernier…
Mais la Culture n'était pas absente de ce voyage, musique et bouts rimés… un P'tit Quinquin adapté comme pour nous, écrit à 74 mains et interprété avec sensibilité et justesse par les voyageurs qui se découvrirent choristes… 11h 40.
Arrivée à Bordeaux gare Saint Jean, rencontre avec notre chauffeur et notre mentor En route vers notre première visite. Le bus suivait une petite route riante le long de la Garonne bordée de Domaines et de Châteaux (Attention !! c'est pas pareil !), il a frôlé Saint Macaire et rejoint Le Château Terrefort de Jeantieu où nous attendait la famille Castagnet depuis 4 générations : petite exploitation traditionnelle s'appuyant sur les piliers fondamentaux qui semblaient chers à notre guide : Travail, Famille …en effet, du dernier né au pépé ils étaient tous sous le même toit pour veiller au bon fonctionnement de la maison.
Première dégustation de leur palette et cérémonie rituelle de nos voyages :
remise au doyen de la maison d'une bouteille de notre production septentrionale.
Etait-ce une bonne idée d'offrir le Vin de Fives au pépé de 95 ans ? Je ne sais
pas…Imaginons qu'il boive toute la bouteille… Retour à Saint Macaire et installation
dans nos chambres Aux Tilleuls, logement spacieux clair moderne et agréable
et là ça n'a pas été comme l'année dernière : on a pu choisir avec qui on allait
dormir…
Un peu d'histoire maintenant et visite de la ville, son passé encore contenu dans ses murailles, son activité commerciale et portuaire au bord de la Garonne et son déclin quand le fleuve avait choisi de s'éloigner de ses murs…son église Saint Sauveur et ses fresques, sa place du Mercadiou et sa librairie Martinez tristement fermée…Toute l'histoire anglo-française nous fut narrée par le menu par notre guide dont l'érudition était totale puisqu'il a activement participé à la réhabilitation du patrimoine de sa ville. Bon l'histoire c'est bien mais les dégustations c'est pas mal non plus…En route vers le sud, en dessous de la Garonne en plein dans les Sauternes…
Accueil
sympathique et chaleureux par Monsieur Daney de l'Arche Pugneau avec tout d'abord
une visite des parcelles de vignes savamment découpées et amoureusement entretenues…On
a tout appris sur la pourriture noble et sur les vendanges qui nécessitent plusieurs
passages pour cueillir la grappe ( et parfois le grain ) au bon moment, et en
plus on s'est offert un panoramique à 360° : attention au vertige c'est parti
: Château Suduirot…Château Rabaud Promis…Château Lafaurie Peyraguey…Château
Rayne Vigneau…Château Rieussec…et juste en face de nous, seigneur des seigneurs,
le château Yquem toisant tout son monde du haut de sa colline…dommage, il venait
juste de se faire racheter par LVMH sinon je suis sûr qu'en augmentant un peu
la cotisation…Dégustation… dans le chai de notre hôte au milieu des barriques
alignées et surmontées de leur bonde de verre…Et premier poème de Manu : je
n'ai retenu que le début :" Nous sommes sur un vin…" et première lueur d'intérêt
mêlée d'inquiétude dans l'œil de notre hôte … Remise rituelle de notre cru un
peu perdu, il faut le dire, au milieu de ces fines appellations… Le succès de
la dégustation fit évidemment arriver les bons de commande…
Retour ensuite vers St Macaire avec description exhaustive par Joël d'une palombière et de la façon de s'en servir, grincements de dents et petites remarques acides au sein de notre troupe (verte ?) mais comme le droit de chasser la palombe leur avait été donné par Richard Cœur de Lion, pas question de revenir sur cet acquit social…Ah mais!! Un peu de repos a l'hôtel avant le restau du soir où nous ont été servis des spécialités locales : cocktail, amuse gueules, terrines du cru et magret de canard cuisinés avec art…On sentait un peu la fatigue, levés depuis 5H du matin, les dégustations ferroviaire et locale avaient achevé la plupart d'entre nous et il fallait se préparer a la seconde journée qui je vous préviens n'avait strictement rien à voir avec la première.
D'abord lever normal vers 7h30 8h, petit déj avec café, thé, crêpes, œufs, croissants toasts, baguette et tartines…Etonnant non ? Pas un seul petit bouchon qui saute…(ça aurait du nous alarmer, et la suite de la matinée prouva indubitablement que les organisateurs avaient prévu une demi-journée culture et tempérance…
Autre
signe qui aurait dû nous alerter : on a vu Dédé monter dans l'autobus avec un
pack de 6 magnum d'Evian…Si si vous avez bien lu ! Dédé Evian voilà un rapprochement
pour le moins saugrenu auquel on aurait du prêter un peu plus d'attention. Donc
en route vers les grands hommes, d'abord visite de la propriété familiale de
François Mauriac à Malagar (mauvaise garenne dixit Joël) la demeure majestueuse
un peu austère, les jardins et la terrasse dominant la quasi totalité du vignoble
de Sauternes et nous n'avions encore rien bu…
Visite
des locaux ou s'élaborait le vin…et rien pour nous…Visite de la galerie consacrée
à F. Mauriac écrivain et témoin de son temps et…enfin de quoi humecter nos papilles
: deux fontaines nous offraient le choix entre eau froide et eau à température
ambiante (ambiance…) Apparemment tout le monde ne fut pas touché par le sérieux
de l'endroit et on dût patienter un peu pour récupérer Laurette qui surgit de
derrière un bosquet avec son mâle hagard… En route vers Henri de Toulouse Lautrec
qui dernière demeurait à Verdelais (même ça j'en aurais bu!) Joêl nous raconta
la vie de cet homme à la destinée originale et nous fit lecture de son acte
de décès…il était midi et nous n'avions toujours rien bu…C'est à ce moment que
notre guide pu prendre conscience de la nature profonde de notre groupe : quand
il nous proposa le choix entre monter les 117 marches du calvaire et se diriger
vers la prochaine dégustation il avait à peine fini sa phrase que nous étions
tous dans l'autobus…
En
route donc vers Le Château Charreau où nous attendaient Monsieur Girrotti et
sa famille. Accueil chaleureux dans un endroit habitué à recevoir les groupes.
A 12h 30 on sut qu'on était attendu : dans une pièce aux allures de bistrot,
les verres étaient alignés sur les tables et les bouteilles sur le comptoir,
allait-on enfin pouvoir déglutir autre chose que notre salive ? Non ! les impatients
qui avaient déjà pris une place stratégique entre un blanc moelleux et l'assiette
de saucisson durent ressortir pour la photo et les présentations…12h 45 notre
vénéré Président remit à monsieur Girotti, selon la tradition, une bouteille
de chez nous et, perdant tout contrôle, certains d'entre nous enfonçaient déjà
le tire bouchon dans le liège. La délivrance arriva à 12h57 à la fin des discours…
Manu officia " On est sur un vin…" et le portrait qu'il fit des crus dégustés
ravissait manifestement leur producteur. " Un vin ressemble à son viticulteur
! " pouvait résumer l'ambiance chaleureuse et généreuse de cette dégustation.
Le succès de son Cadillac et de ses Côtes de Bordeaux entraîna l'éclosion des
bons de commande. Il fût même convenu que monsieur Girotti viendrait nous livrer
à Lille le jour de la vente aux enchères dont il assurerait la partie liquide
du buffet…c'est dire si le courant passait. La salle du haut nous attendait
pour le pique-nique sauf toutefois Sylvain qui, de son propre aveu, avait déjà
rempli la deuxième partie de ce contrat. Un peu de détente après le repas, visite
des installations et aquarelles…
Le
début de l'après-midi nous emmena chez un couple d'apiculteurs, on a tout su
sur l'élaboration du miel, la difficulté à trouver des endroits sans insecticide
où poser les ruches, les étapes de la récolte : désoperculage, extraction centrifuge,
affinage…(avec démonstration), les différents goûts suivant la saison et les
fleurs butinées…Une fois de plus Manu prit la dégustation en main : " On est
sur un miel…" non je plaisante ! Vint ensuite la dernière visite du séjour chez
monsieur Crampes propriétaire du Château Gayon. Superbe domaine avec une demeure
du XVIII° siècle jouxtée d'installations modernes abritant une armée de fûts
de merrain, un peu en contrebas une piscine surmontée de son deshabilloir octogonal
où paraît-il les belles dames…puis mise en route du rituel désormais classique
: discours, cadeau, dégustation, " On est sur un vin…" mais là je ne suis pas
sûr que notre hôte ait bien apprécié le poème de Manu puisqu'il s'est empressé
d'aller chercher d'autres bouteilles que celles initialement prévues pour la
dégustation, mais il lui fût beaucoup pardonné quand on sût que monsieur Crampes
était fournisseur du commissariat de Lille…
Retour à Saint Macaire et apéro en terrasse. Puis vint le dernier
repas festif plein de bonne humeur de chansons et d'histoires drôles où Michel
exhorta ses troupes à retrousser leurs manches pour les vendanges 1999, où nous
fîmes subir à Joêl la tradition du Vivat Flamand, où Dominique, grand organisateur
de ce séjour, dit tout le plaisir qu'il avait eu à découvrir cette région et
à nous la faire aimer et où nous nous séparâmes en entonnant nos hymnes nationaux
La Marseillaise pour nous God Save the Queen pour notre guide. Lundi matin,
après un petit déjeuner copieux quartier libre dans la ville farniente au bord
de la Garonne, rencontre avec monsieur Daney venu rationaliser la commande de
ses Sauternes et au revoir Saint Macaire, direction Bordeaux avec dans les soutes
du bus le dernier pique nique avant de prendre le train. Dernières informations
sur la répartition des vins au cours d'une soirée brochettes chez les Auxent,
sur le déroulement de la vente aux enchères et de sa troisième mi-temps à la
Ducasse…Je passerai pudiquement sous silence le pique-nique en gare Saint Jean
dans des conditions de confort exceptionnelles pour exprimer deux regrets :
d'abord qu'on n'ait pas rendu visite au Duc de Bordeaux juste pour voir s'il
ressemblait au mien…et qu'on n'ait pas rendu visite non plus à l'Abbesse pourtant
si proche du confluent de la Garonne…
Voilà,
le séjour se termine, en ordre dispersé dans un TGV où nous étions répartis
dans deux voitures, il y avait ceux de la voiture 20 et les autres. Allait-on
se diriger vers une scission de notre association, y aurait-il les Vins Rouges
et les Vins Blancs de Fives ? Il n'en fût (!) rien et après un marathon homérique
pour rejoindre Montparnasse à la gare du Nord le groupe rejoignit sa base lilloise
fourbu mais heureux des trois jours qu'il venait de passer.
Vivement
l'année prochaine
Le chroniqueur G. DUMONT
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