La valse des entraîneurs

Tous dans la rue pour appuyer Germain

Par Serge Emond

Changer d'entraîneur a toujours été à la mode au sein de la Ligue de hockey junior majeur du Québec et les Saguenéens ont rapidement emprunté les habitudes des autres formations.

Dès le 17 décembre 1973, face aux difficultés sur la patinoire, les Saguenéens donnent congé au premier entraineur de leur histoire, Germain Munger.  Leur décision ne passe pas comme une lettre à la poste.  Pour exprimer leur insatisfaction, les joueurs descendent dans la rue et refusent de s'entraîner pendant deux jours.  Le directeur général Roger Roy remet sa démission et ils ont l'impression d'avoir fait un gain.

Trois jours après le congédiement de Munger, Yvan Gingras entreprend un séjour à chicoutimi qui s'étendra sur quatre saisons.

Au début de la campagne 1977-78, sa position devient rapidement inconfortable et les Saguenéens lui montrent la porte le 15 novembre.  "Ils ont pris une décision populaire", signalera tout simplement Gingras.

Guy Brassard prend la relève pendant deux semaines et Jean-Charles Gravel fait ensuite son apparition.  Il ne fera que compléter une saison difficile à l'issue de laquelle les Saguenéens ratent les séries éliminatoires.

L'été 1978 permet aux Saguenéens de réaliser un coup d'éclat et de mettre sous contrat Orval Tessier.  Les premiers pas de l'entraîneur ne sont pas toujours faciles.  À certaines occasions, des joueurs ne cachent pas leur mécontentement et des rumeurs circulent au sujet du retour de Tessier.

Ce dernier est toujours en poste quand débute la campagne suivante.  1979-80 est une bonne année pour les Saguenéens qui arrachent une série émotive aux Draveurs de Trois-Rivières et à Michel Bergeron avant de s'incliner devant les Royals de Cornwall.

Cette série contre Cornwall marque la fin du séjour de Tessier avec les Saguenéens puisqu'il annonce sa démission, pendant la saison estivale, au cours d'une conférence téléphonique.

Lorsque l'été prend fin, le vétéran motivateur a été remplacé par un jeune technicien.  Michel Morin est le premier entraîneur à accorder de l'importance aux résultats scolaires de ses hockeyeurs.  Il fait aussi passer le développement avant le spectacle.  Les débuts sont difficiles.  Après douze rencontres, les Saguenéens montrent une fiche de deux victoires et dix revers, le pire début de saison de leur histoire.  Les méthodes de travail de Michel Morin rapporte cependant des dividendes au fil des semaines, ce qui permet aux Saguenéens de terminer au second rang de la division Dilio.

Les Saguenéens sont encore sous la direction de Michel Morin au premier jour de la saison 1982-83.  Les mauvaises foules auront cependant raison de l'entraîneur.   Il est congédié le 6 octobre 1982 et remplacé par Germain Munger.

Ce deuxième séjour de Munger derrière le banc ne sera pas une partie de plaisir.   Dès la fin de novembre, trois joueurs songent à convoquer leurs coéquipiers à une petite réunion au cours de laquelle il sera question de l'entraîneur.  La rencontre n'aura jamais lieu mais la saison se terminera dans l'embarras.  Les Saguenéens sont éliminés par Longueuil dans une série où ils ont utilisé un joueur non-éligible (Armel Parisée).

Les Saguenéens confient leur saison 1983-84 à Michel Parizeau mais l'expérience tourne mal.  L'équipe rate les séries et les jours de Parizeau sont rapidement comptés.  Avant même de le congédier, en mai 1984, les propriétaires de l'équipe ont déjà entamé des démarches avec son successeur, Mario Bazinet.

 

Un séjour mouvementé et fructueux

Bazinet ne passe pas inapercu

 

Une chose est certaine, Mario Bazinet n'est pas passé inapercu.  Entre le moment où il a retourné Yves Héroux à la maison, juste pour faire un exemple, ses nombreuses histoires financières et son désir de voir partir le président Daniel Bédard, Bazinet a tout de même dirigé son équipe à la finale de 1984-85.  Elle perd devant le Junior de Montréal et Claude Lemieux dans une série finale dont Stéphane Richer se fait expulser.

Le 9 janvier 1986, une bombe éclate.  Les dirigeants rachètent le contrat de Bazinet.  Son adjoint, Pierre Sévigny, prend la relève.  Plusieurs mois plus tard, le passage tumultueux de Bazinet fera encore jaser.

Dans un moment particulièrement difficile de l'histoire de l'équipe, le 29 mai 1986, Gaston Drapeau obtient finalement une nouvelle chance d'oeuvrer dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec.  La survie des Saguenéens n'est alors même pas certaine.

"Je connais la situation des Saguenéens et leur survie est importante", lance Drapeau au moment de sa nomination.

Le premier séjour de Gaston Drapeau avec les Saguenéens durera quatre ans et sera marqué d'un premier titre de division et d'une participation à une finale.  À la fin de la saison 1989-90, il doute de son retour.

L'équipe vient alors d'être achetée par Cegerco, Autocar Jasmin et Multisoda.   Il signe tout de même un nouveau contrat le 9 mai.  Quelques semaines avant le début du camp d'entraînement 1990, le 3 août, il démissionne pour se joindre aux Draveurs de Trois-Rivières.  Il affirme alors qu'il aurait été incapable de travailler avec le nouveau président, Yvon Bouchard.

Arrive Joe Canale.  Le séjour de trois saisons de Canale à la tête des Saguenéens est aussi fructueux que tumultueux.

À sa première campagne, il dirige l'équipe vers sa première participation au tournoi de la coupe Memorial.  La saison suivante est beaucoup plus difficile.   Canale et ses trois joueurs de 20 ans, Sébastien Parent, Patrice Martineau et Martin Beaupré, sont à couteaux tirés quand l'entraîneur veut couper la paye ou leur offrir un nouveau contrat.  Des rumeurs de grève chez les joueurs apparaissent et Beaupré quittera finalement l'équipe en disant tout simplement:  "Je ne m'amuse plus...".

Les Saguenéens et Joe Canale divorcent officiellement le 16 avril 1993.

"Je n'ai jamais été à la bonne place.  Cette fois, je pense que le timing est bon", déclare Gaston Drapeau en signant un nouveau contrat à chicoutimi, le 25 mai.  Il ne croyait jamais si bien dire.  Près d'un an plus tard, les Saguenéens sont à Laval et participent pour une deuxième fois au tournoi de la coupe Memorial.

Drapeau dirige l'équipe une autre saison mais l'union se termine le 28 avril 1995.

Nommé le 24 mai 1995, Réal Paiement devient le troisième pilote à diriger les Saguenéens au tournoi de la coupe Memorial.  Il le fait en mai 1997, quelques semaines avant d'accepter un contrat de trois saisons avec les Wildcats de Moncton.

Les Saguenéens ne se battent pas vraiment pour retenir Paiement.  Convaincus d'avoir un successeur de qualité en Christian La Rue, ils lui confient le poste.   C'est là qu'on est rendu...

 

En bref

 

"Alain Côté est le joueur idéal", soutient Yvan Gingras dans son analyse de la saison 1975-76.

"La saison se termine comme elle a commencé.  Toute croche", signale Alain Héroux à la fin de la campagne 1982-83.  Les Saguenéens viennent d'être éliminés par Longueuil dans une série où ils ont utilisé un joueur non-éligible, Armel Parisée.

"S'il faut aller en finale tous les ans pour faire nos frais, c'est dangereux.   Il faut sensibiliser le milieu", disait le président Marcel Dionne en décembre 1985.

"Comme on let's go...stie", laisse tomber Normand Léveillé, le 27 novembre 1983.  Il s'adressait alors aux joueurs de l'équipe, quelques minutes avant une cérémonie en son honneur où les Saguenéens allaient retirer le numéro 16.

"Je n'ai jamais vu autant d'hypocrisie.  Tout est orchestré par le bâton du pitbull", avance le dépisteur chef des Saguenéens, Roland Sallois, durant la saison estivale 1991.  Le "pitbull" en question, c'était le président Yvon Bouchard.  Oui, Sallois a conservé un emploi.

"Trouve moi le téléphone de ce poste de radio.  Je vais les appeler.   Je vais les poursuivre en justice", crie Joe Canale, le 28 janvier 1992, quelques minutes après avoir entendu un journaliste de Montréal avancer qu'il s'imposait physiquement sur ses joueurs.

"Nous allons suivre la volonté populaire", indique le président Gratien Maltais en 1986-87 quand les Saguenéens annoncent qu'ils feront revivre l'uniforme bleu et blanc...

 

Le Quotidien, 27 Décembre 1997.


Retour


1