Survie de l'équipe
Chicoutimi doit souvent
jouer un rôle important

par Serge Emond



«Nous avons besoin d'une nouvelle entente avec la ville de Chicoutimi. La survie de l'équipe pourrait en dépendre», lance un dirigeant des Saguenéens de Chicoutimi.

Un commentaire de décembre 1997? Pas du tout. Ces deux petites phrases ont été prononcées par un membre du conseil d'administration de l'équipe en 1974. Eh oui, 1974. La ville de Québec venait alors de consentir une aide aux Nordiques et aux Remparts et les Saguenéens souhaitait Chicoutimi faire de même.

Dans l'histoire des Saguenéens, la ville de Chicoutimi a joué un rôle majeur. A plusieurs reprises, elle a reçu des messages de détresse des dirigeants de l'équipe.

Le plus important est arrivé sur ses bureaux au milieu des années '80, lorsque les Saguenéens semblaient voués à la disparition. La ville a alors accepté de se porter garante de la dette jusqu'à concurrence de 175 000 $. En retour, elle a obtenu la franchise en garantie.

Dans le journal du 1er décembre 1987, la ville annonce cependant son intention de se retirer du dossier des Saguenéens à compter du 31 mai 1988. Elle n'aura même pas la chance de se rendre à cette date. Le 11 avril, les propriétaires de l'équipe remettent les actifs au principal créancier. Après bien des rumeurs de vente, les Saguenéens sont sous la direction de la Corporation de développement économique de Chicoutimi quand débute la saison 1988-89.

La CDEC demeurera à la tête des Saguenéens pendant deux ans. L'aventure coûtera des sous mais permettra également de garder l'équipe en vie. Au printemps 1990, le conseil municipal accepte la vente des Saguenéens à Cegerco, Multisoda et Autocar Jasmin pour la somme de 160 000 $. Elle rachète la formation de la LHJMQ quelques années plus tard pour la revendre aux propriétaires actuels au même prix.

A chaque occasion, la ville a toujours conservé un droit de premier regard. Si les propriétaires de l'équipe veulent la vendre, ils doivent d'abord l'offrir à la municipalité pour le même prix, 160 000 $.

Evidemment, il y a eu des chicanes. Au fil des saisons, les dirigeants des Saguenéens ont souvent cherché à améliorer leurs conditions et à obtenir le contrôle des bars et restaurants du centre Vézina. La ville a laissé aller ce gros morceau quand elle a vendu à Marc Tremblay, Yvon Bouchard et Benoit Boulianne.

Quand il est question de chicanes, les propriétaires actuels sont les rois incontestés de toute l'histoire des Saguenéens. En créant une compagnie à numéros pour administrer les restaurants et les bars, ils ont causé bien des remous. Le maire Ulric Blackburn a répété à de nombreuses reprises que la ville avait cédé les concessions uniquement à la condition que les profits aident l'équipe de hockey.

Dans les relations entre la ville et les propriétaires actuels des Saguenéens, une première crise majeure a éclaté durant l'été 1994 autour de cette compagnie à numéros et de la présentation de bilans vérifiés. Une autre a débuté en août 1995 quand la ville a reçu les états financiers de l'équipe et posé des questions sur quatre points qui lui semblaient particulièrement sombres. Cette deuxième prise de bec mémorable a meublé toute la saison 1995-96 sans jamais trouver une véritable conclusion.

Les Saguenéens et Chicoutimi ont finalement fumé le calumet de la paix le 23 septembre. Dans leur nouvelle entente, ils ont tout simplement effacé le passé et sont repartis à zéro.

 

LE QUOTIDIEN, le Mardi 30 Décembre 1997

 


Des soirées mémorables

Glace au chocolat...

Par Serge Emond

 

Le 13 mars 1980, les Saguenéens de Chicoutimi souhaitent souligner d'un facon particulière la fin du calendrier régulier.  Pour le faire, ils remettent à chaque partisan qui se présente au centre Vézina une tablette de chocolat.

Sans le vouloir, ils donnent naissance à une soirée dont le souvenir a résisté au fil du temps.  Parmi les amateurs de 30 ans et plus, qui n'a pas entendu parler de la fameuse "soirée de la Caravan"

Les problèmes sont apparus après une altercation entre Mike Vautour et Jean-Pierre Dubois, du Junior de Montréal.  Insatisfaits des décisions de l'arbitre Jean Maheux, quelques spectateurs lancent leur petit cadeau sur la glace.  Jusqu'à ce point, tout va encore assez bien.

Un peu plus tard dans la rencontre, Maheux attire encore l'attention après une prise de bec entre Vautour et Eric Morin.  Il n'a pas  la chance de se tromper une troisième fois.

Les amateurs inondent la surface glacée de "Caravan".  Maheux arrête le match pendant 30 minutes et, malgré la présence de policiers, éprouve toutes les misères du monde à reprendre son travail.

Il y a une suite.  Pour Jean Maheux, le contact avec le chocolat ne s'est pas arrêté là.  Le lendemain, il travaille dans un match des Draveurs, à Trois-Rivières.  Les restaurants du Colisée battent des records de vente quand les partisans trifluviens, pour exprimer leur mécontentement envers Maheux, achètent toutes les "Caravan" disponibles avant de les lancer sur la patinoire.

Quelques jours plus tard, Jean Maheux accrochait son sifflet.

Des soirées un peu spéciales, il serait possible d'en trouver des dizaines.   Pour le plaisir seulement, en voici quelques unes:

Le plus vieux vont peut-être se souvenir de la soirée du 13 décembre 1974.   Pendant un match particulièrement tumultueux, un baril de métal fait soudainement son apparition sur la patinoire du centre Vézina.  Lancé par un partisan, il blesse Gilles Corneau, des Éperviers de Verdun.  Le match est marqué par un début d'émeute.

Il est impossible de parler des soirées spéciales sans raconter au moins une anecdote mettant en vedette Rodrigue Lemoyne.  Le 17 novembre 1978, Lemoyne suit le match de la galerie de la presse.  À un certain moment, outré  par le travail de l'officiel, il quitte la galerie de la presse, descend les escaliers à toute vitesse et grimpe sur la baie vitrée pour exprimer ses états d'âme.  Lorsque les policiers cherchent à l'intercepter, il se réfugie derrière le banc des Éperviers avant de se diriger sur la patinoire.  Il la quitte avec ses joueurs.

Vous vous rappelez de la soirée où la surfaceuse du centre Vézina était conduite par un homme masqué entre les périodes?  Les employés de la ville se trouvaient au beau milieu d'un conflit et un homme avait accepté de conduire la Zamboni pendant un match des Saguenéens à condition de porter un masque.  On se demande encore qui c'était.

Orval Tessier a connu plusieurs soirées mouvementées.  À la fin de septembre 1979, il lance un seau de glace en direction de l'officiel Normand Saint-Louis durant un match contre les Castors de Sherbrooke.  Il est suspendu pour trois parties.

Mario Bazinet a passé une saison et demi à Chicoutimi.  Un certain soir, après avoir écopé d'une pénalité mineure pour avoir trop critiqué l'officiel, Bazinet quitte tout simplement sa position habituelle pour aller s'asseoir au banc des pénalités.  Dehors...

Les Saguenéens ont retiré le chandail de trois joueurs au fil des années.  Ils ont tenu des soirées spéciales pour Normand Léveillé, Guy Carbonneau et Félix Potvin.

En voici une bonne.  Au printemps 1986, pendant une série entre les Saguenéens et les voltigeurs de Drummondville, Michel Parizeau perd le contrôle.  Insatisfait du travail de l'arbitre Mario Barabé, celui qui dirigeait alors les voltigeurs met les pieds sur la patinoire.

Pendant plusieurs secondes, il se lance la poursuite de Barabé.  En petits souliers, il n'atteint jamais son objectif et sa présence sur la patinoire est surtout cocasse.  Ce qui a suivi est moins drôle.  Barabé, qui a trouvé refuge devant le banc chicoutimien, est rejoint par les joueurs des Voltigeurs.  Malgré la protection des hockeyeurs chicoutimiens, il encaisse une pluie de coups.  Les Voltigeurs ont gagné la série.

 

Le Quotidien, le 30 Décembre 1997.


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