Le Prabé 2042m Di 1 juin 1997

"Il fait toujours le temps que j'aime, car, j'ai appris à aimer tout ce que je reçois de la Vie" Un berger

Il suffit d'un temps menaçant à la Chassotte, d'un temps pourri entre Bulle et Savièse pour que parmi les 31 inscrits, les infidèles se séparent des fidèles. Parmi eux, ceux qu'on regrette, parce qu'on les apprécie et on aurait aimé vivre une tranche de vie avec eux, mais aussi ceux qu'on ne regrette pas, car leur mines patibulaires, et leurs épaules toutes coincées en dedans ne promettaient rien de bon.

Dix-sept fidèles donc décident de suivre Rose-Marie jusqu'au bout : et ils ne l'ont pas regretté: ils longent d'abord un vrai bisse romantique avec de la belle eau chantante, jusqu'à une chapelle (Sainte Marguerite) où l'un d'eux fait sonner la cloche cristalline, perdue au milieu du silence touffu de la forêt. Puis ils s'attaquent courageusement à la pente bien pentue, en longeant parfois le précipice qui plonge sur la route du Sanetsch. Notre Cheffe, petit bout de femme sympathique et énergique est tantôt devant, tantôt derrière, encourageant l'un puis remontant la file de son pas sportif, sûr et décidé. Il pleuvine de cette fine pluie de brouillard, qui transforme le tout en paysages du mystère. La pente s'adoucit, on traverse des futurs coins à bolets, avec beaucoup de belles fourmilières. On se fait arroser par les petits mélèzes, gorgés de pluie et culottés au point d'empiéter sur notre chemin pentu et glissant. Chut! Un chamois se faufile dans la pente aride du bois. On quitte la forêt, et le vent frais s'est levé, accompagné de flocons de neige glaciaux pour les cuisses de nos 3 super-optimistes. On traverse des coins de rêve pour le camping sauvage, surplombe les pare-avalanches impressionnants et enfin trouvons refuge dans un bijou de chalet de pierre, tout frais en date et aussi en température. L'un a l'onglée et ne peut ouvrir la lame de son couteau, l'autre ne s'assied pas, le banc étant si froid, la troisième se chauffe en fumant une cigarette: on se change, on se frotte, on se partage gants de laine, bonnet douillet, thé chaud à la cannelle, abricots et tomates.

Au départ du chalet, les fidèles à leur tour se divisent en courageux qui attaquent déjà la descente et très courageux qui, menés au pas de charge par Rose-Marie montent en un petit quart d'heure jusqu'à la croix du sommet (Le Prabé, 2042m) pour se toucher les paluches, se faire l'accolade et la bise et poser pour la photo souvenir, dans un de ces petits vents de Groenland, qui transperce toute doudoune. Les sommets sont perdus dans les nuages, il a neigé fraîchement à Anzère, l'air est clair et la plaine est à nos pieds.

Les fidèles à Rose-Marie viennent de partout: Cambodge, Belgique, Zoug, St-Gall, Praroman, Rossens, Fribourg, Villars-sur-Glâne et j'en passe. De méconnus au départ, ils deviennent très proches et admirables au travers des épreuves qu'ils ont déjà traversées et qu'ils évoquent avec beaucoup de pudeur entre Savièse, Le Prabé et le retour: il se crée une vraie chaleur humaine de fraternité. Et lorsque Rose-Marie, au restaurant, nous remercie de l'avoir suivie, nous avons un peu honte, parce que c'est grâce à elle, l'alchimiste aux yeux pétillants de sourires que ce jour gris s'est transformé en un jour d'or. Josy

 

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