Club alpin suisse Section Moléson-Fribourg

Semaines clubistiques en Islande 12.7.97 - 3.8.97

 

Semaine 1  Sa 12.7 - Ve 18.7

Semaine 2  Sa 19.7 - Ve 25.7

Semaine 3  Sa 26.7 - Ve 3.8

Semaine 1 

12.7.97, samedi

Départ de Fribourg à 17h par le train jusqu'à Kloten. Embarquement et décollage vers 21h20. Arrivée à Akureyri à 0h55 suisse, soit 22h55 islandaise. Grand jour et beau temps. Formalités douanières: 1 coche par voyageur, sur une feuille blanche, c'est tout. Pas de passeport, rien. Récupération des bagages et départ pour les logements. Un seul taxi en vue. Vu le nombre des personnes (14 participants la première semaine) et la quantité de bagages, huit d'entre nous décident d'aller à pied. Ils ne le regrettent pas. Il fait beau, la route longe la mer. Il est tellement étrange que l'on soit au milieu de la nuit et qu'il fasse grand jour. C'est une première impression d'Islande qui restera gravée dans nos mémoires. Bref, tout le monde finit par prendre ses quartiers. Les derniers s'endorment vers 2 h du matin après avoir planté la tente dans une ambiance bizarre. Il fait toujours plein jour. Anecdote du jour, ou de la nuit, c'est selon: c'est la nuit où nous faillîmes perdre notre Chef de course. Alors que Paul-Henri dormait paisiblement comme à son habitude, un TovNI "Objet volant non identifié" (le Comité Central l'identifia après enquête) venu du ciel lui tomba sur la tête, lui arrachant la moitié du visage. Heureusement, un "Steril-Strip" plus tard, tout était rentré dans l'ordre.

13.7.97, dimanche

Réveil tardif, petit déjeuner sorti du sac, saumon fumé pour certains. Courses pour le ravitaillement et départ en bus confort pour Blönduos. Aux environs de Hraun, arrêt sur la route pour une promenade de 2 à 3 h env. vers le lac de Hraunvatn, (Hraun = lave, Vatn = lac) un joyau bleu grisâtre, encadré de pics escarpés en partie vêtus de mousses vertes et jaunes. Ces pentes d'apparence pelée recèlent une richesse botanique insoupçonnable. Une discussion botanique fait rage entre les deux F. (Françoise et Fridolin) qui découvrent ici des coussinets de dryades, de silènes, de thym, de saxifrages et quelques orchidées jaunes contrastant avec des grassettes violettes. Paysage de l'intérieur: la route longe le bord d'une longue vallée glaciaire presque entièrement occupée par une rivière libre aux méandres capricieux. Re-bus direction Blönduos. Logement dans une maisonnette au camping. Première expérience de piscine pour les uns, préparation du souper pour les autres. Temps du jour: couvert, frais, un peu de pluie l'après-midi. Le temps se lève vers 20 h. Conclusion: En Islande c'est la nuit qu'il y a du soleil.

14.7.97, lundi

Temps couvert, brouillard bas, vent glacial. Tour du Svinavatn, en français: lac des cochons. Pas vu la queue de l'un d'eux. Par contre nous avons eu le temps de nous familiariser avec les animaux domestiques: les chevaux aux couleurs très variées, jouissant de leur liberté, mais aussi des vaches, des moutons: souvent une brebis avec deux agneaux, des oies et des poules ainsi qu'un chien de ferme presque trop apprivoisé ( n'est-ce pas Daniela ?) Impression du jour: les chevaux, le lac miroir d'argent. (Nous ne donnerons pas chaque jour nos impressions. Ce rapport est un simple rappel qui vous permettra de fouiller votre mémoire et d'en tirer vous-même vos propres images). Pour la première fois, nous voyons de près des pluviers dorés, oiseau fétiche de l'Islande où son chant annonce le printemps. Ce seront des compagnons fidèles de toutes nos randonnées.

15.7.97, mardi

Le moral du groupe fléchit un peu sous les assauts conjugués du thermomètre "5° au matin", d'un vent aigre et d'une bruine qui détrempe inexorablement les vestes et les énergies. Départ de Blönduos avec un nouveau chauffeur sympa et un bus plus petit que le précédent et mal chauffé. Journée troisième âge, bus, petites sorties pour voir la mer ou les falaises, bus et rebelotte. Il bruine obstinément, mais l'Islande reste bien belle sous la grisaille. Impression du jour: une baie magique dans laquelle traînaient des arbres échoués, un treuil rouillé et un bateau délaissé, ainsi qu'une vingtaine de phoques qui gambadaient dans la mer en se demandant: mais que font donc tous ces bipèdes sur cette montagne? Puis des ruines de maisons ou étables en tourbe recouvertes de graminées. Les falaises de basalte noir peuplées d'oiseaux blancs, mouettes, sternes arctiques et goélands. La route passe sur une digue: sable noir, eau argentée, la lumière semble venir de la mer. La terre et l'eau se mélangent à l'infini. Poursuite du tour de la presqu'île de Skagaheidi avec visite d'une saumonnerie où nous avons mangé du requin et acheté du saumon. Plus loin de SAUDARKROKUR, oui, oui, cela existe, visite de Glaumbaer, ferme de 16 pièces dont un couloir de 22 m. Entièrement construite en tourbe recouverte de gazon, cette ferme date du XVIII et XIXème siècle. Cet ensemble donne une idée de la vie des habitants à cette époque. Malgré les apparences, cette habitation donne une impression d'un certain confort, inimaginable vu la qualité des matériaux. Avant l'arrivée et prise des cantonnements à Holar, Heidi et Fridolin ont aperçu un renard polaire avec une mouette blanche dans sa gueule.

16.7.97, mercredi

Temps toujours couvert, un peu moins froid, brouillard sur les hauteurs. Départ pour l'île de Fördarhöfdi par une interminable digue de cailloux, Aie les pieds! Ensuite, changement de décor pour les pieds: coussinets de mousse souples, terre tourbeuse qui encrasse les guêtres et les souliers. Promenade jusqu'au bout de l'île et montée sur un petit tas de cailloux (202m), sommet rougeâtre dont les falaises se précipitent dans la mer bleue. Surprise et émerveillement: le ciel se découvre, la mer étincelle, bleu Méditerranée qui se nuance jusqu'au gris argent, de laquelle émerge l'île verte de Malmey et l'îlot magique de Drangey flanqué d'un pilier rocheux, témoignant d'une légende islandaise qui raconte la transformation d'un couple (Karl et Kerling) et de sa vache en pierres... Des kilomètres de côtes vertes découpées. Des falaises et de basses terres. Visite de deux musées à Hofsos, l'un sur la chasse et la pêche, l'autre sur la migration des Islandais au XIXème siècle. Tableau: Eric vous montrera sûrement une superbe vue aérienne de la région, mais, rassurez-vous, il n'a pas fait de deltaplane. Avec la complicité d'Ernest, il a décroché et filmé une photo qui ornait le mur de notre appartement du jour.

17.7.97, jeudi

Départ de Holar après la visite d'une charmante église avec pour guide un jeune Islandais parlant le français, une rareté ici. Holar, évêché fondé en 1106, fut pendant 600 ans le foyer religieux de l'Islande septentrionale. Le dernier évêque catholique, personnage très populaire en Islande, Jon Arason (père de tous les Islandais) fut décapité avec ses deux fils le 7.11.1550 à cause de la Réformation. En 1950, en souvenir de lui, on érigea la tour blanche qui sert de clocher à la petite et charmante église construite en 1763 et dont l'autel date du XVIème siècle. A admirer: La première bible traduite en islandais et 2 retables magnifiques dont l'un, tout en albâtre, magnifiquement ciselé, est d'un artiste inconnu. Le bus nous laisse au début d'une ancienne route qui conduit à Siglufjördur par la montagne, malgré les branlements de tête de notre chauffeur qui ne comprend pas que nous préférons marcher au lieu de rouler par la nouvelle route. Région entièrement solitaire, pas une maison, c'est le domaine des eaux libres et des mousses d'un vert lumineux. Arrivée au col (alt. 603m) enneigé. La vue porte jusqu'au glacier de Dranga au NO de l'île. Surprise: changement avec le climat qui régnait de l'autre côté: vent frisquet, brouillard, des névés à traverser avec prudence, et une persistante odeur de poisson fumé qui nous accompagnera jusqu'à Siglufmachin où nous en trouvons l'explication: une fabrique de farine de poisson qui répand une fumée nauséabonde dans toute la vallée. Gentille attention de notre chauffeur de bus qui vient à notre rencontre afin de raccourcir d'env. 1 h. notre marche "empoisonnée" et nous offre une tournée de... (imprononçable), alcool au goût de réglisse. Qui à pied, qui en bus, la troupe gagne son logement. Au camping pour les uns, en chambre pour les autres. Naturellement, le camping est à un bout du village et les chambres à l'opposé, soit 20 min. à pied, distance que les campeurs feront par trois fois car ce soir, nous mangeons au restaurant. Fait du jour: après le repas, notre chauffeur nous offre une tournée générale de "Brennivin", alcool au cumin. Autre fait: certains ont pu visiter un chalutier sous la conduite experte d'un marin-pêcheur et non pas martin. A propos d'oiseau, nous avons aussi vu aux alentours du camping un courlis corlieu, fort gracieux petit échassier. A signaler aussi: 1er montage de la tente de cuisine, un succès. Temps: beau et agréable, le vent est tombé. L'usine à poissons a vraisemblablement fermé pour le week-end, la fumée si nauséabonde s'en est allée en vacances. Petite précision pour le logement. Certains de nous ont choisi de dormir en chambres, individuelles ou communautaires c'est-à-dire "Sleeping - Bag - Accomodation". Nous les appellerons donc: SBA, c'est moins péjoratif que Club-Méd. Quelques intrépides ont choisi de dormir sous tente. Courageux mais pas téméraires, surtout qu'ils sont très heureux de trouver refuge dans des maisonnettes bien chauffées et confortables, quand le temps est très froid et humide. N'est-ce pas Monique, Françoise et Ernest? Mais vous les comprendrez quand vous connaîtrez le climat de l'Islande.

18.7.97, vendredi

Lever à 0700h. Petit-dèj. à 0800h. Départ à 0900h comme l'habitude est prise depuis quelques jours. Par une pente assez raide et une traversée de ruisseaux, nous cherchons un sentier qui nous mènera sur une selle au-dessus du camping. De cette selle, nous longeons l'arête qui nous mène au sommet du Hafnarfjall (685m). La traversée de son arête finale en partie rocheuse et la vue sur l'église, les maisons, le port, les chalutiers, la fabrique mentionnée, restent inoubliables. Retour au camp de base par une terrasse au-dessus de protections-avalanches récemment construites par des spécialistes autrichiens, démontage des tentes et en route pour Akureyri par une merveilleuse vallée intérieure où dort un lac tranquille. Pentes veloutées, rivières libres, petites fermes disséminées ici et là, éclairages variés. Montage des tentes des campeurs au camping d'Akureyri. Fait du jour ou plutôt de la nuit: Un vacarme inouï les empêche de dormir. A croire que les Islandais ne dorment jamais et font la noce toute la nuit. Même les enfants s'y mettent en jouant au foot au milieu des tentes à minuit passé.

 

Semaine 2 

19.7.97, samedi

Départ comme d'habitude, nous n'y reviendrons donc plus. Malgré le temps humide de ce matin, neuf infatigables sont partis pour l'ascension de notre but capital de la première semaine: le Sulur, sommet qui s'élève à 1144m à quelque 10km au sud d'Akureyri, premier sommet de la chaîne qui culmine à la Kerling (1537m) et qui sépare deux longues vallées glaciaires. Cinq d'entre nous restent et font les courses pour 18 personnes pour deux jours et demi. C'était pas triste. La marche d'approche commençait au parc de Kjarnaskogur où des sentiers pour promeneurs serpentent par une véritable forêt de petits pins, sorbiers et bouleaux. Dans le terrain onduleux, le sommet restait longtemps caché. La visibilité était diminuée par quelques bandes de brouillard et une fine pluie qui, heureusement, ne dura pas longtemps. Mais notre chef, à l'aide de la boussole ajustée, nous a guidé parfaitement le long de terrasses atteintes par de courtes pentes plus raides. Après avoir contourné une immense plaine marécageuse, illuminée par les boules blanches des linaigrettes, nous voilà enfin arrivés devant la pente finale! Celle-ci se présentait d'abord comme vêtue de mousses et de lichens en couleurs éblouissantes - vert phosphorescent, jaune doré, argentin - et sillonnée par des ruisselets clairs. Un peu plus haut, nous avons trouvé un sentier qui facilitait la montée par des éboulis, mais aussi des névés dont un seul était tellement raide que notre groupe a été content de le gravir, aligné dans les marches de notre guide! Le sommet a été atteint après 5h. de marche, pendant que le temps s'améliorait. Grâce à la lumière changeante, la vue était encore plus impressionnante: Akureyri avec son port et son fjord, la verdure des longues vallées arrosées par des fleuves qui coulent sans restrictions imposées par l'homme, les montagnes enneigées. Parmi elles, à une distance de 2h. de marche, le sommet de la Kerling qui, avec ses modestes 1537m, a l'allure fière de haute montagne alpine, inaccessible pour nous, car la descente sera presque aussi longue que la montée! Après le pique-nique et l'inscription dans le livre (qui témoigne quand même de la visite de quelques touristes pendant l'été islandais), nous prenons le chemin du retour qui, à l'exception d'une variante plus directe, donc plus raide, nous conduit à notre point de départ. Le soir: repas exotique concocté par Darami - au fait: savez-vous que Darami veut dire "Soleil"? Cela lui va si bien. - Donc repas grand luxe, riz cantonnais et porc à l'aigre-doux, un délice. Dans la nuit, arrivée des nouveaux, Colette, Gabriel, Jacques et Marianne. A leur grand plaisir, ils découvrent les joies du camping un samedi soir à Akureyri. Fait du jour: transport et déchargement des vivres dans la cuisine de la pension attribuée aux "SBA". Manque de pot, la patronne de l'établissement vient justement mettre son nez dans l'affaire. Pas contente la patronne! Non seulement, tout le monde avait les souliers aux pieds, mais - comble de lèse-propriétaire - le caddy du supermarket trônait au milieu de la cuisine. Courageusement, nous envoyâmes Manuela s'expliquer avec le "Troll" et tout rentra dans l'ordre, sauf que quand nous revînmes dans la cuisine pour dîner, nos oeufs cuits-mous - n'est-ce pas Heidi - avaient disparu avec une caisse de matériel. C'était le Troll qui les avait cachés, car rien ne devait traîner dans la cuisine.

20.7.98, dimanche

Marathon matinal! Transport des vivres de la pension au camping, déjeuner à l'abri du camp, chargement épique du bus - comment y avons-nous fait entrer tout le matériel, tous les bagages et tous les vivres, cela reste un mystère. Et avec tout ça, nous partons à l'heure prévue par le chef. Temps couvert, mais doux, qui s'éclaircit au fil de la journée pour finir en beauté. Arrêt d'une heure environ à Godafoss, impressionnante chute d'eau, où selon la légende, les idoles des anciens dieux germaniques ont été jetés après le choix du christianisme en l'an 1000. Départ pour Husavik où une bonne part d'entre nous s'embarque pour voir les baleines. Les autres marchent vers le petit lac de Botnsvatn. Trois heures plus tard: récupération des baleiniers et en route pour Skùlagardur en contournant la presqu'île de Tjornes. A un moment, la route surplombe l'Oxafjordur et le Vikingavatn. Moment de grande émotion car la couleur des eaux du lac et de la mer au loin, d'un bleu pastel, soulignée d'une frange de sable noir, est si impressionnante que nous en restons muets d'admiration. Des lieues et des lieues de mer et de lac, bordées de montagnes et de basses terres nous offrent un dégradé de couleurs qu'aucun pinceau ne pourrait rendre. Installation au camp de base de Skulagardur. Les "SBA" dans une salle commune où les paillasses sont alignées entre tables et chaises, les autres au camping, agglutinés près de la tente de cuisine.

21.7.97, lundi

Matin, Mâtin, il pleut! Petit déj. un peu chaotique sous la tente de cuisine fort encombrée et départ, avec gamaches et pèlerines, en bus, direction Dettifoss. Il cesse de pleuvoir, mais les embruns de la chute remplacent momentanément la pluie et mouillent tout autant. Dettifoss, impressionnante chute, la plus grande d'Europe, large d'environ 100 m, écoule au rythme d'environ 200 m3/sec. les eaux de la Jökulsa qui vient tout droit (façon de parler) du Vatnajökull (prononcez: Vatnayeukeutl, Vatn.=Lac et Jökull = glacier). Nous restons médusés par le spectacle des eaux qui se jettent en panaches, 45 m plus bas. Le temps de se remettre de ce spectacle grandiose nous reprenons notre marche. A l'aide d'un câble nous descendons jusqu'au fleuve dont les eaux glaciaires ont frayé ce chemin grandiose: ce canyon d'une profondeur d'environ 100 m et d'une largeur de plusieurs centaines de m. Le rythme de marche s'est souvent ralenti à cause de la beauté étrange ou inattendue du paysage: des murs verticaux en basalte, souvent ressemblant à des tuyaux d'orgue, des creux évoquant des souvenirs de cathédrales gothiques, voûtes, arcs et ornements; une deuxième cascade, Hafragilfoss, également impressionnante bien que moins haute, accessible de très près; ou simplement la végétation plus abondante: épilobes, géraniums des bois, angéliques et saules. Parfois, notre sentier balisé exige un pied sûr: soit pour traverser un flanc raide d'éboulis au-dessus d'une baie calme, dans laquelle l'eau émeraude contraste avec l'eau agitée et blanchâtre du fleuve, soit pour surmonter un éperon exposé, détaché par l'embouchure d'un petit ruisseau. La première partie de la randonnée se fait au rythme des pauses-photos, la deuxième à un rythme soutenu pour ne pas dire plus. Question de Marianne un peu angoissée: les autres jours vous avez marché aussi vite? On la rassure, ce n'est qu'aujourd'hui que Paul-Henri a un train à prendre. Belle soirée accompagnée d'un fameux pot-au-feu d'agneau concocté par Tovni et la famille Fischli. Au cours de cette journée, il a semblé que quelque chose se préparait. Nous avons vu Fridolin comploter tantôt avec Toni et Colette, tantôt avec Daniela, Gabriel ou Ernest. Que nous préparent donc ces zigotos? Réponse demain soir.

22.7.97, mardi

Surprise, le jour s'annonce radieux et tiendra ses promesses. Jusqu'à 15h00. Pas un nuage. Un soleil éclatant et une chaleur quasi méditerranéenne. Si! si! ça existe en Islande. Aujourd'hui, nous parcourons un autre tronçon du Grand-Canyon, de Vesturdalur à Asbyrgi. Course non moins intéressante que la veille, nous gravissons le Raudholar, colline rouge dont les pentes d'éboulis noirs descendent jusqu'au fleuve. Nous découvrons de vastes étendues de landes, peuplées de bruyères, myrtilles et autres végétations. Aussi des blocs basaltiques transformés en sculptures bizarres ou structurés géométriquement comme les Hliodarklettar, les falaises de l'écho. Pause de midi, il fait si chaud que nous apprécions l'ombre des rochers. Hélas, le soleil est si haut que nous dînons en plein soleil car ici il ne faut pas compter sur les arbres, sauf Monique qui se trouva un petit coin d'ombre à l'abri d'un rocher, ce qui lui valut de manger toute seule. Notre marche se poursuit à travers la lande et soudain: changement de décors: végétation luxuriante, petites forêts de bouleaux et saules nains, à l'approche du ravin d'Asbyrgi. Le soir: surprise, représentation théâtrale. Depuis la veille, les comploteurs s'occupent à mettre en scène une légende islandaise. Fridolin en récitant, Toni et Colette en mari et femme, Daniela en Ste Vierge (ça ne lui va pas mal), Ernest en St-Pierre et Gabriel en... Jésus, rien que ça! Signalons la très belle performance de Colette en épouse excédée mais néanmoins aimante et de Toni en mourant très convaincant, malgré l'étrange emplacement de son oesophage qui restera dans les annales de la médecine pour le reste des temps. Cette saynète eut lieu après un excellent repas de poisson et de pommes de terre (pour changer). Nous ne voudrions pas que ce rapport de course tourne au journal de carnaval, mais nous ne pouvons pas manquer une mention pour Marie qui se lave les dents avec son produit anti-moustiques.

23.7.97, mercredi

Journée chaude et radieuse qui nous mènera d'étonnements en émerveillements, au fil d'une des plus longues courses de ces vacances, (le bagne! oui!) Bref, petit déjeuner à 08h00, démontage du camp, départ: 09h15. après pliage des tentes, chargement du bus, etc. Jolie performance. Bravo chef. Bus jusqu'à Dettifoss rive-droite. Arrêt-photos et re-bus jusqu'à Hverarönd, fascinant spectacle de solfatares, marmites bouillonnantes et fumerolles, le tout dans un décor et un soleil quasi sahariens. Montée au sommet du Namafjall (427m) et descente dans un décor lunaire de cendres volcaniques et de pierres de lave vers la base du Hverfell (ou Fjall selon diverses appellations locales). Le Hverfjell est un cratère d'explosion. Petite explication scientifique: Les eaux souterraines entrant en contact avec le magma, produisent une vapeur qui lorsque celle-ci atteint une pression que les terres ne peuvent plus contenir, provoque une explosion et expulse ladite vapeur. Vous dire la puissance de l'explosion, seule la vue du cratère peut vous en donner une idée. Le pourtour du cratère a une circonférence d'env. 5 km. C'est pour illustrer l'énormité du phénomène. Cette explosion eut lieu il y a 2500 ans. On dut certainement l'entendre depuis Fribourg. Les plus valeureux d'entre nous firent le tour du cratère qui offre une vue extraordinaire sur une bonne partie du pays. Récupération des super-marcheurs et en route pour notre camp de base en passant par la grande plaine de Dimmuborgir, vaste étendue de cônes de scories. Que dire de cet endroit? Lisez le "Seigneur des Anneaux" de J.R.R. Tolkien et vous comprendrez... Le mystère et la magie de ce lieu furent, pour certains d'entre nous une des meilleures impressions de ce voyage. Changement de décor, nous arrivons aux abords du lac Myvatn. (my = moustiques, Vatn = lac, ça fait trois fois qu'on vous le dit): lac des moustiques, c'est pas peu dire. Les my sont au rendez-vous. Repas préparé par Darami (encore elle) qui a dépiauté et émincé 2 poulets, sans même une planche à découper. Belle soirée, presque sans vent. Nous mangeons sous la tente de cuisine pour échapper aux my. Petite précision: Nous campons au milieu des pseudo-cratères de Skutustadir. Piscine pour les uns, promenade autour du lac pour les autres et bonne nuit pour chacun.

24.7.97 jeudi

Le soleil persiste. Départ en bus vers le Krafla, ancien volcan. (Le Krafla fut actif de 1727 à 1729, mais une faille toute proche fit éruption en 1984 écoulant des km3 de lave sur une étendue de 15 km de longueur et de 3 à 5 km de large.) Nouveau passage près des solfatares et plus loin de l'usine géothermique, avec ses forages cracheurs de vapeur. Escale au cratère de "Viti" qui veut dire: enfer. Sur l'arête, vent effectivement infernal. Dans le fond du vallon, solfatares encore. Puis montée au Krafla et surprise: toujours un vent très fort. Petite pause pour admirer le paysage. Marie en profite pour se réchauffer les fesses sur une fumerolle. Descente du Krafla, traversée d'un champ de lave sous la conduite prudente de Paul-Henri. La ligne de fracture par où s'échappa la lave en 1980, se termine par quelques collines d'où s'élèvent des colonnes de vapeur d'eau chaude. Le vent raccourcissant les pauses, nous voilà de retour au camp de base vers 16h30. Averse! Pour la deuxième fois, Monique prépare ses fameuses pâtes au saumon - fumé s'il vous plaît, - sous la pluie. C'est commode, je vous jure, de faire la cuisine sous une tente encombrée de tables, de pliants, du matos de cuisine et de provisions.

 25.7.97 vendredi

Matin maussade et frais qui n'incite guère aux exploits sportifs. Donc: visite de Dimmuborgir, bus jusqu'à Grjotagja, caverne abritant une nappe d'eau chaude, trop chaude pour le bain. Galipettes par dessus la fissure marquant la séparation des plaques tectoniques Eurasienne et Américaine, qui sépare l'Islande en deux. (Mais ce n'est pas pour demain.) Certains sautent en Amérique, d'autres restent dans la vieille Europe et Gabriel, incapable de choisir, s'installe dans le fossé, entre les deux plaques. (Image de la Suisse?) Ensuite: découverte du jour: une piscine souterraine, bien cachée sous les rochers, nous invite à la baignade. Extraordinaire impression que de nager sous terre dans une eau de 30°C env. L'après-midi, ascension du Vindbergjarfjall, 527m, merveilleux panorama sur le Myvatn. Le temps se gâte, plus de coucher de soleil, tant pis pour les photographes. Soir: souper tranquille, préparation des bagages, car demain c'est le retour, hélas.

26.7.97, samedi

Départ vers Akureyri à 09h15 après pliage du camp et chargement des bagages. Nostalgie de retraverser une dernière fois ces magnifiques paysages vus pendant notre séjour. Aperçu de Godafoss et arrivée à Akureyri. Déchargement du bus, reddition du matériel, du bus etc., etc. Journée libre en ville avec course aux souvenirs. Puis rendez-vous au restaurant pour un dernier repas en commun avant la séparation de ceux qui partent et de ceux qui restent pour la traversée du désert (les courageux). Vers 22h00, départ pour l'aéroport. Ceux qui restent nous accompagnent et nous disent au revoir (très sympa de leur part). Nous sommes un peu inquiets pour eux car le temps est au vinaigre. Nous formulons nos voeux pour que leur voyage soit un succès. Voyage sans problème jusqu'à Fribourg.

Semaine 3

27.7.97, dimanche

Avec notre bus 4WD bien chargé, nous quittons les régions côtières connues pour le centre désertique. La piste longe la Jökuslsa puis serpente au milieu des champs de lave, couverts par endroits de pierres ponces claires, tandis qu'au loin apparaît la silhouette de plus en plus impressionnante du Herdhurbreidh. C'est à son peid que nous allons camper. L'endroit est une véritable oasis de fraîcheur. Les berges de la rivière sont couvertes d'angéliques et de fleurs roses qui contrastent avec le noir du sable et de la lave. Lors de notre balade, nous passons à côté du trou où un fameux bandit a passé tout un hiver, se nourrissant d'angéliques et de son cheval.

28.7.97, lundi

Le temps est superbe et l'Herdhurbreidh sans nuage. Nous sommes décidés à le conquérir. L'approche n'est pas aisée, les embûches sur la piste nombreuses. Jacques marche en éclaireur pour choisir le meilleur passage, Paul-Henri enlève les cailloux, Monique filme, il ne reste plus grand monde dans le bus. Le début de l'ascension est facile grâce aux belles marches faites par Paul-Henri. La pente se fait plus raide et le groupe se scinde en deux. Certains vont vers les rochers en espérant une meilleure tenue du terrain, mais rien ne tient, tout déménage! Après avoir admiré un panorama exceptionnel, nous redescendons, résultat: un coccyx ébréché. Nous poursuivons en direction du massif du Dyngjufjöll et ses sommets enneigés et, après avoir franchi deux gués, arrivons à Dreki. Les couleurs ocres des montagnes sous le soleil donnent une idée de chaleur, mais l'endroit est venteux. Il n'y a qu'à voir comment sont lestés les toilettes et les lavabos. Les tentes prennent des formes bizarres et certains arceaux cassent.

29.7.97, mardi

Le vent est toujours là et c'est emmitouflés et gantés que nous nous rendons à la caldeira d'Askja. Un sentier mène au cratère d'explosion du Viti au fond duquel se trouve un petit lac aux eaux laiteuses. Il faut un peu de courage pour se déshabiller, mais une fois dans l'eau, quel plaisir! La caldeira est occupée par un autre lac bien plus grand mais aux eaux bien plus froides (8°). C'est aussi le plus profond d'Islande (200m). Le soir, nous dressons les tentes à Kverkfjallarani pour deux nuits. Nous sommes proches des glaciers, mais l'endroit est abrité et il y fait doux.

30.7.97, mercredi

Notre randonnée débute sous une petite pluie qui, heureusement, ne dure pas. La brume se dissipe peu à peu, laissant voir des pans de glacier ensoleillés qui tranchent avec la subtilité des tons des montagnes environnantes. Paul-Henri et Gabriel nous ont causé des frayeurs en traversant les crevasses. La soirée se termina sous le soleil avec des beignets aux pommes, savourés sous la salle du refuge.

31.7.97, jeudi

Nous quittons cette superbe région inhabitée pour rencontrer, d'abord, surtout des moutons. A Mödruladur, nous pique-niquons à côté d'une charmante église avec des peintures naïves, puis nous visitons, à Burstarfell, une ancienne ferme en tourbe transformée aujourd'hui en musée. Le soir, sur la plage de Vopnafjördhur, notre promenade fut gratifiée d'impressionnants jeux d'ombres et de lumières.

1.8.97, vendredi

Retour à Akureyri en longeant la côte, un peu dans le brouillard. A Asbyrgi, nous admirons le fameux "fer à cheval" avec sa végétation, luxuriante pour la région. Au bord du petit lac, où barbote un grand nombre de canards, s'élèvent d'imposantes falaises peuplées de goélands; plusieurs petits sont visibles dans leurs nids.

2.8.97, samedi

Après une grasse matinée, la journée se passe à flâner en ville et à faire des achats: belles vestes, pulls, etc. et retour.

3.8.97, dimanche

Vers 11h30, nous arrivons à Fribourg où nous avons la bonne surprise d'être accueillis par les familles Gendre, Fischli et Toni.

Voila, c'est terminé. Non seulement nous regrettons l'Islande et ses fabuleux paysages, mais aussi la compagnie de chaque participant. Il faut dire que ce voyage s'est déroulé dans une harmonie parfaite, sans problème, sans tiraillement. Nous nous devons de souligner la gentillesse et le dévouement de chacun, que ce soit pour la préparation des repas, le montage et le démontage du camp ou pour la vaisselle ou le transport des bagages. Un merci particulier s'adresse à notre chef de course qui sut mener son équipe de main de maître à la découvert des merveilles de ce pays. Nous espérons ne pas vous avoir trop fatigués avec cette relation de voyage. Merci pour votre patience.

Liste des participants: Heidi et Fridolin, Darami, Colette, Mady, Eric, Daniela, ToVni, Marie, Françoise et Ernest, pour les deux premières semaines. Manuela et Paul-Henri, Monique pour les trois semaines. Colette et Jacques, Gabriel, Marianne durant les deux dernières semaines.

Les rédacteurs: Fridolin, Françoise et Ernest pour les deux premières semaines, Marianne pour la troisième semaine.

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Toni, serviable, toujours de bonne humeur, qui nous a cuisiné un super pot au feu, acteur accompli lors de la représentation théâtrale de Skulagardur, en bref apprécié de tous durant ce voyage, a choisi de nous quitter pour un monde qu'on dit meilleur en décembre 1998. J'ai une pensée émue en pensant à lui. Essayons de garder vivant le souvenir que nous avons de lui durant ce voyage. Paul-Henri.

 

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