RAPPORT D'INQUISITION SUR ZOSSIMA
Les terres du Nord sont des contrées peu sûres, et les habitants de cette
région ont été meurtris par des années de guerre puis de misère. Rassembler
des renseignements sur la vie d'un homme, peu connu et essentiellement
vagabond, ressemble à une gageure. Nous avons néanmoins rassemblé ici les
éléments les plus significatifs de la vie du dénommé Zossima pour le service
de son Eminence le Grand Inquisiteur de Sigmar.
L'homme a pour seul nom connu Zossima. Il est âgé d'environ 35 ans (sa date
de naissance précise est inconnue) ; taille : 5 pieds 8 pouces ; poids : 82
kg ; yeux noirs ; cheveux blond foncé courts. Les sources de renseignements
que nous avons consultées pour cette enquête sont multiples, mais les
résultats sont toujours très fragmentaires. Les archives administratives
n'évoquent que sa fonction à l'époque où il travaillait comme collecteur
d'impôts ; de tel homme de ses ennemis (car il en a, comme tout collecteur
d'impôts un peu trop zélé.), on apprend l'opiniâtreté, et vraisemblablement
la fidélité à l'Empereur, de Zossima, mais rien d'autre sur sa personnalité
ou ses activités annexes ; nul n'a pu donner une idée un peu plus complète
et synthétique du personnage. Nous nous sommes néanmoins efforcés de
rassembler les morceaux et de comprendre la psychologie et la vie passée et
actuelle de l'ancien collecteur d'impôts Zossima.
Le portrait de Zossima dont nous disposons est un document exceptionnel,
mais il ajoute paradoxalement au mystère autour de sa vie. Comment en effet
un obscur fonctionnaire de basse extraction et au faible traitement a-t-il
pu s'offrir un tel portrait, digne de gens de la plus haute noblesse (si ce
n'est la position peu convenable et les pauvres vêtements) ? Et pourquoi
aurait-il eu besoin d'un tel portrait ? C'est par ce point de la plus haute
importance que nous commencerons notre exposé.
Nous savons avec quasi certitude que le portrait est contemporain de la date
où Zossima a décidé de quitter sa charge de collecteur d'impôts, il y a dix
ans de cela, sans justifier ce changement impromptu. [ Il a depuis, d'après
nos renseignement, adopté une vie d'errance, allant de ville en ville, sans
but apparent ; ses sources de revenus sont inconnues, et en tout cas non
officielles.] Etudions de plus près ce portrait. Nous savons qu'il a été
réalisé par un certain Jérôme Cimatello, originaire du sud, et à l'époque
jeune novice de Sigmar ; artiste au talent confirmé, ses ouvres sont connues
à travers tout le clergé de Sigmar. La caractéristique principale de son
oeuvre, qui tourne essentiellement autour de thèmes religieux, est l'absence
de couleurs, et le traitement du sujet par contraste, privilégiant la forme
par rapport à la substance et à la couleur. Nous passerons sur la portée
religieuse et métaphysique d'une telle vision du monde - qui lui a valu dès
son noviciat l'attention toute particulière du haut clergé de Sigmar - pour
nous attarder plus longuement sur les circonstances particulières du
portrait qui nous intéresse, et sa place dans l'oeuvre et la vie de
Cimatello.
Les ouvres de Cimatello qui précèdent ce changement montre une évolution
rapide d'un art naïf vers des morceaux d'inspiration religieuse, quelques
années seulement après le départ des hordes furieuses vers les Steppes
infinies. A 23 ans ( Zossima en avait alors 25 ), Cimatello a entamé son
virage vers la peinture achromatique grâce à l'apport intellectuel de
Zossima, qui effectuait, lui, son virage vers une nouvelle vie errante. La
possibilité de cette hypothèse est confirmée par des éléments biographiques
concernant Cimatello ; on a notamment fait état de l'existence d'un jeune
orphelin vagabond ayant longtemps fréquenté l'intimité de la famille
Cimatello ; c'est vraisemblablement grâce à Jérôme lui-même, de condition
sociale aisée, que Zossima a pu acquérir une instruction supérieure (il sait
lire, a des connaissance en langues anciennes, possède notablement un don
d'éloquence ; le fait qu'il soit un excellent cavalier s'explique par sa vie
vagabonde dans les forêts du Nord ), et c'est sans aucun doute grâce à
l'aide du père de Cimatello, depuis décédé comme son épouse, que Zossima a
pu obtenir une charge de collecteur d'impôts.
Si nous analysons de plus près la composition du portrait de Zossima, nous
pouvons noter divers éléments intéressants. On peut ainsi remarquer que
Zossima n'a pas revêtu l'uniforme des fonctionnaires de l'Empereur, mais la
tenue qu'il porte selon toute vraisemblance depuis sa démission il y a dix
ans ( il manque seulement un grand manteau, qui a parfois un aspect de toge,
et dont se souviennent parfaitement les gens qui l'ont côtoyé depuis). Cette
tenue de voyage ressemble à la fois à la représentation classique de
certains prophètes de Sigmar, que Zossima a pu admirer dans certains
ouvrages prêtés par Cimatello, et à la tenue de combat (éléments d'armure
exceptés) des troupes d'élite du vieil Empereur durant l'Invasion.
[Rappelons que Zossima était âgé de 15 ans à la fin de la guerre] Notons
encore la présence sur le tableau d'un miroir, élément symbolisant de
manière classique l'interrogation sur la nature humaine, ainsi que la
suprématie divine, le miroir indiquant le chemin de l'âme pour arriver
jusqu'à Sigmar. L'innovation constituée par ce détail dans ce tableau réside
dans le fait que le miroir est tourné vers l'extérieur, et non vers le
spectateur, indiquant la possibilité d'une autre voie vers Sigmar. Nous
terminerons l'analyse de ce tableau en évoquant enfin la position de
Zossima, marquant la manifestation d'une individualité à travers un négligé
très étudié ; la scène montre un état psychique très particulier, à la fois
chez le sujet et chez le peintre : la soumission à l'autorité ne se fait
vraisemblablement chez eux que si cette autorité est ressentie comme
pleinement légitime et conforme à leurs croyances. Si tel n'est pas le cas,
ils reprennent leur autonomie et deviennent incontrôlables, capables de
disparaître et de reprendre leur liberté instantanément.
Forts de cette analyse, dont la vérité nous apparaît pratiquement certaine,
nous pouvons à peu près reconstituer la vie de Zossima dans ses grandes
lignes. Né de parents inconnus, vraisemblablement très pauvres, il y a 35
ans, c'est-à-dire cinq ans après le début de l'Invasion Maudite, Zossima
s'est retrouvé orphelin à l'âge de 5 ans, après une des nombreuses rafles
des Démons dans le Nord-Est. Sur sa vie jusqu'à la fin de la guerre, nous
avons peu de renseignements. Il a probablement été dans un premier recueilli
par des paysans avant de retrouver une vie errante juste avant la fuite de
l'Ennemi, à l'âge de 15 ans. Nous avons de bonnes raisons de penser que ce
premier pas vers le vagabondage a été décidé sous l'influence d'une « vision
» qu'il a attribuée à Sigmar, auquel il s'est promis de se consacrer (sur ce
point, nous avons été renseignés dernièrement dans la région de Kilev, où il
séjourne depuis peu). La rencontre de Jérôme Cimatello, rentré après la
guerre dans le Nord-Est avec sa famille, a également fortement influencé
Zossima, qui ne s'attendait certes pas à trouver quelqu'un ayant eu la même
expérience divine, et donc comprenant son état d'esprit. C'est la période où
Zossima entame sa formation intellectuelle aux côtés de son ami ; tous deux
sont animés d'une même flamme intérieure, mais leurs destins différents
durant la guerre font que leurs chemins vont peu à peu se séparer, même s'il
est vraisemblable que les deux hommes se soient alors jurés une amitié
fidèle (nous n'en savons pas plus sur ce point-là). Cimatello devient
novice, alors que Zossima avait depuis plusieurs années pris la charge de
collecteur d'impôts, première manifestation de loyauté envers l'Empereur. A
25 ans donc, Zossima démissionne et part sur les chemins, sans doute pour
prêcher à sa manière la parole de Sigmar.
Notre avis est qu'il s'agit d'un individu potentiellement dangereux pour
l'Inquisition, à la fois individualiste et fanatique, mais qui, bien
orienté, pourrait au contraire être un pion précieux d'autant qu'il possède
vraisemblablement un lien avec le Haut-Clergé en la personne de Jérôme
Cimatello (sur ce point cependant, nous n'avons pas pu établir la réalité
actuelle de ce lien ; il est possible que les deux hommes aient réellement
cessé toute relation).
Jérôme Cimatello fait aujourd'hui partie d'une branche du clergé proche de
la Sainte Inquisition, quoique parallèle et divergeant notamment dans le
choix de l'application des nouveaux préceptes de Sigmar. Il s'est dès son
plus jeune âge distingué comme l'un des plus brillants Aspirants au
Noviciat, et des rumeurs courent sur son compte parmi ses camarades
admiratifs - ou jaloux - , selon lesquelles il serait inspiré par Sigmar
lui-même. Le portrait de Zossima, comme nous l'avons dit, date du début de
son Noviciat, et est à ce jour la seule ouvre connue n'étant pas la
propriété du clergé de Sigmar. Mais le point fondamental concernant cette
oeuvre est qu'il s'agit de sa première toile achromatique, comme on est venu
à désigner l'art de Cimatello. Le fait que cette ouvre soit de propriété
privée (nous n'en possédons qu'une reproduction acquise fortuitement lors
d'une fouille chez un trafiquant d'ouvres d'art), montre le premier exemple
de peinture achromatique et ait en outre pour sujet Zossima, ne peut
évidemment pas être fortuit et nous apporte des renseignements essentiels
sur la vie de Zossima. Mais il faut bien sûr savoir les déchiffrer. Nous
avons comparé nos hypothèses avec les éléments « légendaires » de la vie de
Zossima et de Cimatello, et nous sommes arrivés à la conclusion que les deux
hommes ont connu un développement intellectuel comparable durant leur
jeunesse, qu'ils ont vraisemblablement passée ensemble, et ont tous deux
l'objet d'illuminations dont nous ne saurions cautionner le caractère divin
avant toute investigation plus poussée.
A surveiller donc.
Inquisition
Zossima